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Mr Bridge d’Evan S. Connell

Résultat de recherche d'images pour "evan s connell"  Evan Shelby Connell fut un romancier, poète et scénariste américain (Kansas City 1924-Santa Fe 2013). Sa biographie par George Amstrong Custer, parue en 1984, fut un best seller qui a été adapté en mini-série pour la TV en 1991,  remportant des prix.

Mr Bridge (1969) est le deuxième volet du diptyque avec Mrs Bridge de 1959, ce tome comporte un peu plus de petits chapitres que Mrs Bridge : 141 au lieu de 117 .

Chaque chapitre narre des faits sur une journée de Mr Walter Bridge, un bon avocat de Kansas City; on sent tout de suite que les préoccupations du père de famille n’ont rien à voir avec celle de sa douce épouse India. Sa première préoccupation est celle de sa profession d’avocat avec la hantise de faire un maximum d’argent pour protéger sa famille; pour réussir ce pari, il travaille trop avec des horaires qu’il s’inflige lui même, avec une secrétaire juridique qui lui est complètement dévouée. Il arrive tard chez lui, très souvent éreinté et il doit résoudre, tel le roi Salomon, les conflits de la maison, alors qu’il a très peu de contact avec ses enfants. Ici, la devise nord américaine du time is money gagne toute sa sacro sainte signification.

Sinon Mr B. lit les journaux, s’intéresse à la politique, écoute de la musique. Il regarde peu sa femme, qui est quasi invisible et inexistante pour lui, c’est la mère de ses enfants, mais pas une compagne avec qui l’on peut discuter. En revanche, il est un peu trop sensible à la beauté de sa fille ainée, Ruth, lorsque celle-ci devient adolescente. Ceci est le côté très inattendu de ce roman, avec une allusion à peine voilée au désir incestueux, même subliminal et inimaginable dans le cadre de cette société saxonne ultra puritaine. La vie sociale ne l’intéresse pas non plus, il la subit parce que cela correspond à leur rang social, mais il n’a d’affinités avec personne. Il peut être d’un jugement assez sévère vis-à-vis des gens qu’il côtoie, notamment vis-à-vis des amies qui fréquentent sa femme. Il est passablement xénophobe aussi.

Bref, Mister Bridge et Madame Bridge sont deux êtres solitaires enfermés chacun dans leur monde cloisonné, ne communiquant pas entre eux ce qui les rend très insatisfaits ou plutôt pas tout à fait heureux ni épanouis, même s’ils ont l’apparence de la parfaite réussite sociale: un beau mariage, des enfants magnifiques, une très belle situation, une magnifique demeure avec une employée à plein temps, etc, etc.

Plus tard ils seront déçus par leurs trois enfants : Ruth, Carolyn et Douglas. Les trois enfants m’ont semblé odieux, mal élevés, inintéressants, déboussolés dès leur âge tendre, ne sachant pas profiter de la chance matérielle si durement gagnée par leur père; assez perturbés dans leur affect.

Aujourd’hui, on qualifierait Monsieur Bridge de sociopathe,  incapable d’exprimer normalement ses émotions, il regarde les gens autour de lui comme des objets y compris sa femme et ses trois enfants.

Le film de 1990 de l’Américain James Ivory  Mr & Mrs Bridge, est un mix des deux livres et une libre adaptation du diptyque, avec Paul Newman et Joanne Woodward (couple dans la vie réelle) dans les rôles titres. Mrs Woodward a été nominée comme meilleure actrice pour l’Academy Award. Un accueil mitigé a été fait au film à l’époque car certains faisaient le reproche d’une excessive répression émotionnelle chez les deux personnages principaux.

J’ai visionné deux fois ce film (durée 2:04 heures) et je l’ai beaucoup aimé. Dans le film il m’a semblé que Mrs Bridge est « plus vivante » que dans le livre, on arrive à la comprendre par moments alors que dans le livre on a envie de la secouer et de la rudoyer pour qu’elle se réveille. En revanche le mari m’a semblé nettement plus rigide et j’oserais dire « plus frigide » que dans le livre, il illustre pour moi le parfait sociopathe et son fils Douglas en prend le même chemin… Les deux acteurs sont tout à fait remarquables.

 

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MR BRIDGE, Belfond 2016 (Evan S. Connell 1969),  ISBN 978-2-7144-5958-9

Mrs. Bridge d’Evan S. Connell

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Evan Shelby Connell était un romancier, poète et scénariste américain (Kansas City 1924-Santa Fe 2013). Sa biographie par George Amstrong Custer, parue en 1984, fut un best seller qui a été adapté en mini -série pour la TV en 1991,  remportant des prix.

Mrs Bridge (1959) fait partie d’un diptyque avec Mr Bridge (1969) et le roman fait l’objet d’un véritable culte aux USA, certains estimant qu’il s’agit d’un chef d’oeuvre en raison du style narratif de Connell : 117 chapitres dont chacun constitue le descriptif d’une tranche de vie de Mme Bridge, chapitres livrés dans un style sans aucune fioriture et sans aucune interprétation. Ce livre Connell l’a dédié à sa soeur Ruth. Dans le deuxième volet le romancier reprend le même nombre de chapitres avec cette fois, le point de vue de Mr Bridge sur les évènements.

Un film fut tourné en 1990 par l’Américain James Ivory sous le titre de Mr & Mrs Bridge, un mix des deux livres et une libre adaptation du diptyque, avec Paul Newman et Joanne Woodward (couple dans la vie réelle) dans les rôles titres. Mrs Woodward a été nominée comme meilleure actrice pour l’Academy Award. Un accueil mitigé a été fait au film à l’époque car certains faisaient le reproche d’une excessive répression émotionnelle chez les deux personnages principaux. J’ai visionné ce film de presque deux heures et je l’ai beaucoup aimé, mais n’ayant pas encore lu Mr Bridge, je ferai la critique du film lorsque j’aurai lu les deux. On peut le voir au complet et en VO sur Youtube. Dans le film il m’a semblé que Mrs Bridge est « plus humaine » que dans le livre, on arrive à la comprendre par moments alors que dans le livre on a envie de la secouer et de la rudoyer. En revanche le mari m’a semblé nettement plus rigide et j’oserais dire « plus frigide » que dans le livre. Les deux acteurs sont remarquables.

C’est un très bon livre, bouleversant, émouvant, dérangeant. Il raconte par petites touches la vie d’India Bridge à Kansas City, dans le Missouri des années 30-40 au sein d’une bourgeoisie rigide et bien pensante. India est marié à un avocat qui travaille beaucoup trop, arrive épuisé chez lui, renfermé et ne veut surtout pas s’épancher ni avec sa femme ni avec ses enfants qui sont trois : deux filles et un garçon. India Bridge est tellement momifiée dans ses actions qu’elle a perdu jusqu’au sens maternel; elle ne communique pas avec ses enfants, elle égrène à longueur de journées des diktats de conduite à ses enfants, elle ne les touche plus jusqu’à provoquer un sentiment de répulsion si jamais par mégarde elle frôle son fils. Et les trois enfants dans ce contexte sans chaleur vont devenir aussi ternes et fermés que leurs parents.

India Bridge a une vie oisive, elle se fait servir et elle a tout le temps pour entreprendre toute sorte de choses : cours de peinture, lectures, sorties, réceptions, amitiés. J’ai lu quelque part une appréciation très juste sur India Bridge : elle est la reine absolue de la procrastination, avec cette manie qu’elle a de pousser toujours à plus tard toutes ses actions.

Et les années passent, les enfants grandissent, les amis vont et viennent, et elle est toujours là à attendre que les choses se présentent à elle sans que jamais elle s’immisce de prendre une décision ou un parti. Terne de terne, comme femme et malheureuse, bien sûr. Sa belle vie lui aura glissé dessus sans que jamais elle se soit laissée aller à la vivre avec passion ou une détermination émanant d’elle même.

Un portrait sans concession d’une certaine Amérique aujourd’hui révolue. Grandiose, très bon.

On peut rapprocher ce livre d’un Stoner de John E. Williams (1965) que j’ai lu et commenté en janvier 2015 (excellent !), et de La fenêtre panoramique (1961) d’un Richard Yates  et de La Conjuration des Imbéciles d’un John Kennedy Toole qui se déroule en 1963 et qui a été publié à titre posthume en 1980. Ces deux derniers je me dois de les lire.

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MRS. BRIDGE, Belfond 2016 (E. Connell 1959),  ISBN 978-2-7144-5959-6