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Un cheval entre dans un bar de David Grossman

Résultat de recherche d'images pour "david grossman"  David Grossman est un écrivain israélien (Jérusalem 1954), auteur de romans, d’essais et de livres pour la jeunesse. C’est un auteur reconnu, détenteur de plusieurs prix.

Un cheval entre dans un bar (2014) a reçu le prestigieux prix britannique Man Booker International Prize 2017. C’est le premier roman de l’écrivain après la mort de son fils Uri, 20 ans, pendant son service militaire en 2006, lors de la deuxième guerre du Liban.

 C’est le premier livre que je lis de cet auteur et je salue ici la prouesse du traducteur français, Nicolas Weill, qui a su donner toutes les nuances à ce récit qui est en fait un spectacle en direct appelé « stand-up » ou « one man show » avec un langage très spontané et qui change tout le temps.

Tout le livre tourne autour d’un spectacle offert un soir par un comique, assez sardonique et de deuxième zone, G. Dovalé  dans la petite ville de Netanya à quelques Kms de Jérusalem. Mais ce soir là précisément Dovalé a invité le juge Avishaï Lazar,  à la retraite depuis 3 ans, mais qui 43 ans auparavant, était le compagnon de Dovalé dans un camp d’entraînement pour jeunes de la Gadna, à Beer Ora.

Et 43 ans auparavant ce bon juge avait été sans aucune humanité pour Dovalé, âgé alors de 13 ans à qui on venait d’annoncer la mort d’un parent sans lui préciser lequel des deux parents il s’agissait…

Peut-on imaginer ce qu’une telle nouvelle peut provoquer chez un jeune adolescent qui se demande s’il préfère l’une ou l’autre mort… mais il n’y a pas de réponse valable pour un tel dilemme…

L’assistance, dans ce cabaret miteux, est venue pour rigoler  des blagues du comique Dovalé, mais cette assistance sera médusée par le déballage que va faire ce clown triste qui est devenu Dovalé; bien entendu presque tout le public va décamper indigné car on l’a volé sur la marchandise; à l’exception d’une poignée de spectateurs qui restera jusqu’au bout, saisis par le récit de la vie de cet homme qui a colporté ses souffrances toute une vie. Quant au juge, il est tenté de prendre la poudre d’escampette, bien sûr, comme tout lâche qu’il fût, mais il restera jusqu’au bout de ce véritable règlement de comptes.

Ce n’est pas un cheval qui entre dans un bar, mais un éléphant dans un magasin de porcelaine, tellement Dovalé est lourdingue et sans aucun tact avec ses blagues, beaucoup en dessous de la ceinture, mais il est aussi cruel et sans tact vis-à-vis des personnes qu’il connaît, comme cette pauvre femme naine qu’il invective publiquement.

Le scénario est génial, brillant, mais la teneur est au vitriol. J’ai eu du mal avec le texte au début car il m’insupportait par sa lourdeur frôlant le sans gêne et la logorrhée, mais peu à peu j’ai compris que il y avait autre chose sous ce langage excessif et ordurier. Par moments, je ne savais pas lequel des deux personnages pérorait: Dovalé ou le juge, car leurs discours s’entremêlent dans le récit.

Au delà du scénario du livre, c’est un portrait de la société israélienne qui vit entourée de violence et menacée de terrorisme de façon permanente. Ce roman donne une deuxième chance à « l’amitié » que ces deux adolescents ont eu 43 ans auparavant.

Ce livre rend compte de façon intéressante de la complexité dans laquelle vit l’État d’Israël.

UN CHEVAL…, Seuil 2015,  ISBN 978-2-02-122480-1