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Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows

Résultat de recherche d'images pour "mary ann shaffer annie barrows" Mary Ann Shaffer est une éditrice, bibliothécaire puis libraire américaine (Virginie 1932-2008) qui a fini ce livre avec l’aide de sa nièce Annie Barrows (San Diego 1962):un roman épistolaire inoubliable, paru en 2008 sous le titre The Guernesey Literary & Potato Peel Society. Annie Barrows quant à elle,  est une écrivaine américaine auteur de livres pour enfants, détentrice d’un BA à Berkeley sur Histoire Médievale. L’aide d’Annie Barrows a été nécessaire lorsque la santé de Mrs Shaffer devint défaillante. Ce livre reçut le prix du Meilleur Livre par le Washington Post l’année de sa parution. C’est un livre qui a rencontré un grand succès et qui a été traduit déjà dans plus de 32 langues.

Mary Ann Shaffer découvrit Guernesey en 1976 et se décida à écrire sur cette île Anglo-Normande qui fût le seul territoire britannique occupé par les allemands lors de la DGM.

Ceci est une relecture après la sortie, la semaine avant-dernière, du film éponyme du britannique Mike Newell que j’ai trouvé très réussi; en même temps je me rendais compte que j’avais pas mal oublié les détails du livre qui m’avait laissé à l’époque un très bon souvenir. Et quel plaisir de découvrir à l’affiche du film deux excellentes actrices de la série Anglaise Downton Abbey : Lily James (Juliet Ashton) et Penelope Wilton (Mrs Crowley).

Très curieusement cette relecture m’a laissé un peu moins enthousiaste que la première fois, tout en lui conservant des côtés très-très agréables bien que j’ai ressenti certaines longueurs et un côté assez désuet.

Tout d’abord le sujet historique, peu exploité, voire méconnu, est intéressant. Ces îles Anglo-Normandes « oubliées » par Churchill qui n’a pas voulu les ravitailler pendant l’occupation en se disant que ces denrées allaient être confisquées par les allemands et nourrir ainsi les troupes d’occupation. Cette population civile a réellement connu la faim la plus atroce de tous les territoires occupés et si la population n’est pas morte de faim, c’est parce qu’ils mangeaient la croûte des arbres et les pissenlits par la racine ou peu s’en fallait… Hitler avait envoyé pas moins de 16 000 prisonniers de guerre dans ces îles, prisonniers qui étaient traités comme des esclaves pour construire des fortifications.

Puis il y a le côté si Anglais et si charmant du roman, avec cet humour so British, fait de dérision et de détachement (et Bravo! aux auteures américaines d’avoir su imprimer cette ambiance). Il y a aussi la qualité des personnages secondaires, tellement dotés de  profondeur humaine, chacun avec son propre positionnement face à une réalité très dure. L’Occupation est décrite du point de vue exclusif des îliens, sans interférences extérieures. Un autre point de vue intéressant est celui des occupants: à la fin de cette guerre, ces « pauvres » allemands furent « oubliés » et abandonnés à leur sort par leur État Major : ils crevaient de faim et ne savaient pas à quelle sauce ils allaient être mangés, car des deux côtés, il n’y avait pas de communication.

L’histoire est simple. Une jeune écrivaine Anglaise à succès, Juliet Ashton, reçoit de la part de Dawsey Adams, un fermier de Guernesey,  une demande de documentation sur un très bon auteur Anglais (Charles Lamb). Juliet, généreuse et ouverte, lui en envoie un tome via son éditeur londonien. Ainsi, au fil des lettres, va s’instaurer une correspondance suivie entre Juliet et Dawsey. Peu à peu, Juliet Ashton saura qu’il existe un club littéraire sur l’île, qui a été crée dans le but d’abuser les allemands et de se réunir pour ripailler autour d’une rare nourriture cachée aux occupants. Un des membres du club avait imaginé cuisiner une tourte avec les épluchures de patates…(fort dégoûtante, d’ailleurs)… De cette manière, Juliet Ashton a le sentiment qu’il existe un très bon sujet de roman, d’autant plus qu’elle est en manque d’inspiration.

Au lendemain de la guerre Juliet va partir pour Guernesey rencontrer tous ces gens qui ont échangé une correspondance avec elle et nous aurons droit à la deuxième partie du roman qui va s’ourdir de visu avec le groupe. C’est très humain, très bien vu, drôle et triste à la fois comme la vie même.

Ci-après l’affiche du film:

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LE CERCLE LITTÉRAIRE, 10/18 domaine étranger 2009,  ISBN 978-2-264-05351-0

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Le Tour d’Écrou de Henry James

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Henry James est un écrivain américain (New York 1843-Angleterre 1916), naturalisé britannique en 1915. C’est une figure du réalisme littéraire du XIXè  et un maître du roman et des nouvelles.  Il avait reçu une éducation cosmopolite et soignée entre l’Europe et les États Unis, avec notamment des études francophones en France et à Genève. Cette découverte précoce de l’Europe l’a nourri en littérature. Il a commencé des études de Droit à Harvard qu’il a abandonnées pour se consacrer entièrement à l’écriture.  Il fût un voyageur impénitent, un « citoyen du monde » : Angleterre, France, Suisse, Italie surtout. En 1876, après un échec d’installation à Paris, il s’installera à Londres jusqu’à sa mort en 1916.

C’est pendant ces 40 années londoniennes qu’Henry James va écrire l’essentiel de son oeuvre (20 romans et 112 nouvelles !): un auteur prolixe et une œuvre très riche qui s’inspire en partie d’une bourgeoisie raffinée et de la découverte de l’Europe par des riches américains oisifs en formation culturelle dans ce qu’ils appelaient le Grand Tour. De son vivant il a eu un succès d’estime auprès de la riche et cultivée société de Boston, mais limité au cercle familial et aux amis; son théâtre n’a pas connu de succès mais à Londres il fut un écrivain reconnu pour ses qualités littéraires et l’exigence morale de son oeuvre.

L’expert d’Henry James, Franck Aigon (professeur de philosophie) a écrit très justement que la confrontation de la naïveté américaine et de l’expérience européenne n’est qu’un aspect d’une écriture qui s’emploie à sonder les cœurs en donnant toute leur place aux impressions et à la variation des points de vue (un peu à la façon d’un Sandor Márai, je trouve).

J’ai déjà commenté les romans suivants: Confiance en mars 2017, Washington Square en mai 2017,  Les papiers d’Aspern en juillet 2017 et Ce que savait Maisie en novembre 2017.

Le Tour d’Écrou (The Turn of the Screw, 1898) a été publié sous forme de feuilleton dans un magazine populaire américain et aurait été qualifié par l’auteur d’amusette, d’oeuvre alimentaire, mais en 1898 lorsque paraît le livre, la presse se déchaîne et qualifie cette histoire de dépravée voire pire. Il faut dire que Monsieur James a eu le toupet de sortir un brûlot d’allure psychanalytique avant même la sortie du brûlot freudien de 1905 (Trois essais sur la théorie sexuelle).

Le livre fut adapté en opéra en 1954 par Benjamin Britten et plusieurs fois au cinéma et pour la TV. Je garde un très bon souvenir du film Les Autres, adapté de ce livre en 2001 par Alejandro Amenábar avec Nicole Kidman dans le rôle de la préceptrice.

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Le Tour d’Écrou est une oeuvre à part, une histoire de fantômes, un récit fantastique narré à la première personne par la préceptrice de deux enfants qui est la seule à percevoir des choses étranges au manoir et le lecteur vient à douter assez vite sur l’état mental de cette jeune personne quelque peu « exaltée » : fabulation? hystérie?, folie?, poids des responsabilités?, burn-out syndrome?(pour faire moderne), perturbation de l’histoire précédente sur un psychisme fragile? Ce n’est pas une histoire banale de fantômes mais plutôt une histoire de fantasmes très personnels, une histoire menée avec maitrise par James car elle abonde en non-dits et c’est au lecteur de se creuser les méninges pour interpréter ce texte qui aurait plusieurs niveaux de lecture.

LA TRAME :Un riche propriétaire paye les services d’une jeune institutrice pour s’occuper de l’éducation d’un neveu (10 ans) et d’une nièce (5 ans) dont les parents sont décédés en Inde deux ans auparavant. Il installe ce petit monde dans un magnifique manoir, isolé à souhait où ils seront servis et choyés mais où rapidement la préceptrice aura des visions étranges. Il faut dire que la précédente éducatrice ainsi qu’un serviteur du manoir ont eu une affaire qualifiée de « perverse » et que les enfants en ont subi probablement quelques retombées. Le lecteur ne saura jamais le fond de l’affaire et le doute surgit même sur l’innocence des enfants.

C’est un livre sournoisement ambigu, d’une noirceur  certaine sous des aspects de digressions sans fin de la part de la narratrice. Aussi j’ai trouvé que le langage tenu par Miles, le garçon de 10 ans, dépasse largement le cadre de l’enfance, notamment vers la fin de l’histoire, lorsqu’il donne du « ma chère » à sa préceptrice. Quant à sa soeur, Flora, elle est si parfaitement angélique que le lecteur doute de son innocence.

Ce livre est considéré pour certains comme le chef d’oeuvre d’Henry James.

LE TOUR D’ÉCROU, Omnibus 2013, (HJ 1898),  ISBN 978-2-258-09877-0

La symphonie du hasard de Douglas Kennedy

Résultat d’images pour douglas kennedyÉcrivain et journaliste américain (New York 1955), vrai globe-trotter et francophile: Dublin, Berlin, Londres, Paris, New York, etc. C’est un romancier à succès qui vend des millions d’exemplaires, dont 7 millions en France! L’attrait de ses romans réside dans leurs questionnements sur l’Amérique et ses défauts, sur l’humanité en général, sur les relations hommes/femmes, sur l’Art, bref, des topiques universels voire intéressants.

Il a souvent situé  ses romans dans des endroits  différents : par exemple Cet instant là à Berlin, un autre au Maroc; un peu à la manière de Woody Allen qui nous promène d’une ville européenne à une autre avec ses derniers films.

La symphonie du hasard (The Great Wide Open, Book 1) est le premier volet d’une trilogie annoncée dont les prochaines parutions sont pour mars et mai 2018, et ce AVANT même la publication en langue anglaise qui aura lieu fin 2018 seulement; voici un auteur à succès américain qui valorise (et domine parait-il) notre langue. Cette trilogie va donner un roman fleuve d’environ 1300 pages qui a nécessité 18 mois d’écriture intensive.

C’est une lecture aisée avec un roman bien construit qui narre l’histoire d’une famille américaine de classe moyenne dans les années 70. La narratrice est Alice Burns, la seule fille du ménage Burns qui est composé par le père, éternel absent, aux activités mystérieuses, psycho-rigide et irlandais catholique; la mère est d’origine juive, complètement hystérique et dépressive, en lutte permanente avec son mari et ayant de gros problèmes avec ses enfants. Les enfants sont au nombre de trois, l’ainé Peter qui prendra assez vite le large par rapport à cette famille déstabilisante; le cadet est Adam, beaucoup plus malléable, plus fragile, qui ne saura pas échapper aux griffes du père et qui est détenteur d’un secret qui l’accable; il deviendra un loup de la finance à Wall Street avec une chute vertigineuse; et puis notre héroïne et narratrice, Alice Burns.

Il est intéressant de constater que Douglas Kennedy s’est mis une nouvelle fois dans la peau d’une femme dans un roman, ce serait la huitième fois pour le romancier et je trouve que cela est assez bien réussi en superficie mais Alice manque de féminité sentimentale dans le récit. Aussi, ce personnage féminin a beaucoup de points communs avec Douglas, car si l’on regarde de près, elle est née à New York en 1955 comme lui, elle a grandi au sein d’une famille conflictuelle de 3 enfants comme lui; elle aurait un vécu scolaire tel que celui de l’écrivain; elle est un rat de bibliothèque comme lui le fût en son temps et last but not least, elle fréquente l’Université de Bowdoin comme Douglas Kennedy.

Douglas Kennedy se coule tellement bien dans cette peau féminine que, comme Flaubert, il se serait écrié « Alice c’est moi ».

Alice Burns est éditrice à New York et elle visite chaque semaine son frère Adam qui est en prison, c’est le début de ce premier tome où Alice va se remémorer son passé au sein de cette famille de dingues sur fond de seventies : la guerre du Viet Nam, la politique pourrie, les manifestations, les émeutes raciales, le hippisme, la compétivité permanente, la réussite à tout prix,  le début de l’emprise des drogues, le grégarisme, la musique, le Roi-baseball, la vie scolaire et universitaire parfois cruelle (un « campus novel » en partie ce tome 1). Il y a un sens poussé du détail dans ce roman concernant la nourriture, les vêtements, les lieux, etc.

J’ai beaucoup aimé ce descriptif foisonnant de détails variés qui, relativement au descriptif de la vie scolaire aux USA, m’ont rappelé tellement fort mon époque de lycéenne en Amérique.

Tous les personnages centraux de ce roman sont détestables. En commençant par les parents : le père est tout le temps absent, c’est un cachottier qui apparemment travaille pour la CIA au Chili; la mère est simplement insupportable, la vraie mamma juive qui se mêle de tout, agressive, définitivement castratrice. Les enfants sont perdus; l’aîné fuira la maison très tôt et il est « trop bien pensant », éloigné de sa fratrie; le cadet aura une adolescence difficile car il est taraudé par la culpabilité;  Alice aura beaucoup de mal à s’émanciper et partira faire des études universitaires à sa façon, avec beaucoup de succès et un vécu scolaire et universitaire très marquants.

Bonne lecture, très près d’une réalité encore assez proche. De toute évidence je suivrai la saga.

LA SYMPHONIE DU HASARD, Belfond 2017,  ISBN 978-2-7144-7403-2

Mon cœur mis à nu de Joyce Carol Oates

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Joyce Carol Oates est une grande dame des lettres nord-américaines (Lockport, NY 1938), qui possède une très vaste bibliographie et plusieurs cordes à son arc : poétesse, romancière, nouvelliste, dramaturge, essayiste. Son nom circule depuis quelque temps pour un prochain Prix Nobel. Ella a publié aussi des romans policiers sous des pseudonymes : Rosamond Smith et Laura Kelly.

Je suis assez épatée par la variété de sujets abordés par la romancière : chacun des romans lus dernièrement est tellement différent et tellement fouillé, ce qui denote une imagination d’une grande richesse. Les sujets récurrents de Mme Oates tournent autour de la pauvreté rurale, des abus sexuels, des traumatismes de l’enfance, de la satire sociale et de la violence en général. Son style est richement descriptif et me rappelle par moments celui d’Honoré de Balzac. Mais ici les sujets peuvent être assez sombres, profonds, douloureusement psychologiques.

J’ai lu quelques livres de sa très vaste bibliographie, et je les ai trouvés tous bons, assez forts, parfois dérangeants. Par exemple sa biographie de Marilyn Monroe Blonde (2000) est un des meilleurs livres lus sur l’actrice;  La Fille tatouée (2003) est un autre roman sur la violence des sentiments. J’ai publié en janvier 2017, en Anglais, un billet sur Hudson River (2001), encore un excellent livre axé sur la classe « huppée-âgée » nord-américaine avec une note plutôt rare :  de l’humour acide. En juillet 2017, j’ai écrit un billet sur Valet de Pique, un excellent thriller gothique impregné d’influences d’Edgar Allan Poe, un maître pour Mrs Oates.

Mon coeur mis à nu, a été traduit en 2001 (My Heart Laid Bare, 1998); c’est un sacré pavé de plus de 600 pages avec lequel j’ai parfois eu du mal, trouvant certains passages trop denses. Néanmoins, c’est encore un sacré bouquin que l’on pourrait qualifier de roman picaresque : l’histoire d’Abraham Licht un homme assez mystérieux qui va surgir au début du XXème siècle et passera sa vie à jouer au Jeu, un jeu qu’il aura inventé de toutes pièces pour escroquer dans le vaste continent Nord-américain des riches et des moins riches. Pour parvenir à ses fins, il va entraîner ses propres enfants, les obligeant à jouer différents rôles de composition. Le personnage va connaître divers revers de fortune et devra fuir souvent. Il perdra sa fortune plusieurs fois mais rebondira toujours sur une autre affaire, encore plus juteuse, ceci à la façon américaine où les gens ne s’embarrassent pas du passé et repartent à la charge comme de vrais culbutos.

Page 212…Abraham Licht qui, comme Ulysse, est l’homme aux mille tours, l’homme de la ruse, du calcul et de la duplicité, cette sensation de paralysie: ses facultés mentales exacerbées fulgurent comme des éclairs, dans une direction, puis dans une autre, et une autre encore...

L’homme a 5 enfants, nés de trois femmes différentes, plus un fils adopté. Les deux premiers garçons sont des escrocs comme leur père et le deuxième, très brutal, est capable des pires vilenies pour lui plaire et attirer son attention. Le troisième enfant est une fille d’une beauté exceptionnelle qui sera aussi son associée en affaires. Les deux plus jeunes sont différents: l’aîné est un musicien brillant et la dernière, une créature assez facile à vivre et altruiste. Enfin, l’enfant adopté est noir, ce qui va être à l’origine de nombreuses mésaventures dans une société où la couleur de la peau est déterminante. Peu à peu tous les enfants vont se distancer de ce père malveillant qui les utilise comme des pions dans un échiquier et ne se soucie pas d’eux affectivement.

Abraham Licht écrira ses méfaits tout le long de sa vie hasardeuse dans un journal de 2 000 pages sous la forme de Mémoires intitulées Mon coeur mis à nu, l’oeuvre de sa vie, mais sur le tard, acculé par la maladie et la déchéance générale, il les brûlera.

Les aventures d’Abraham Licht et de ses enfants se succèdent et parfois sont très choquantes. Malgré le fond de franche immoralité, par moments l’ironie pointe dans le texte ce qui le rend plus supportable.

Le modus operandi de l’auteur dans ce livre est un peu particulier, c’est à dire qu’elle annonce un fait  important mais les explications ne viennent qu’après et tout n’est pas expliqué, des choses vont rester ambiguës.  Est-ce un effet voulu de la part de l’écrivain ?

Lecture assez copieuse avec quelques longueurs pour moi et une admiration sans bornes pour cet écrivain nord-américaine multifacétique qui a largement la carrure d’un Nobel.

 

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MON CŒUR MIS À NU, Stock 2001 (JCO 1998),  ISBN 2-234-05397-8

La descente de Pégase de James Lee Burke

Résultat de recherche d'images pour "james lee burke"   James Lee Burke est un écrivain nord-américain (Houston 1936) connu par ses romans policiers, surtout pour la série avec le shérif David Robicheaux. L’écrivain est détenteur de nombreux prix et au moins deux adaptations pour le cinéma.

La descente de Pégase 2010 (Pegasus Descending 2006) est le premier roman que je lis de lui et je dois dire que j’ai été séduite par l’épaisseur humaine du shérif Robicheaux. C’est encore un policier très désabusé, ancien alcoolique, bagarreur et très solide. Il est marié en deuxième noces avec Molly, une ancienne religieuse, ceci pour la note originale, mais pas tant que cela dans une région comme La Louisiane, anciennement française où la plupart des gens ont encore des noms à consonance française et sont catholiques.

La descente de Pégase a une trame assez  complexe. Il y a trois meurtres à élucider et Robicheaux est persuadé qu’ils ont un point commun. Tout le livre va se passer à la recherche d’indices et il sera opposé à sa supérieure ou à un juge véreux qui ne pense qu’à sa prochaine candidature politique et qui met tous les bâtons dans les roues possibles à Robicheaux.

Les trois meurtres servent à mettre en valeur les anomalies locales en matière de collusion, prévarication et surtout blanchiment d’argent. Aussi, Robicheaux nous explique combien cet État s’est corrompu depuis l’irruption de la drogue et les casinos à profusion avec la mainmise de la pègre. Le tableau dressé est assez consternant: la violence règne et atteint des sommets, les gens sont armés et les armes circulent avec une aisance ahurissante, les conflits raciaux sont permanents.

D’autre part le shérif Robicheaux ne cesse de culpabiliser après l’assassinat d’un ancien camarade du Vietnam qui fut abattu devant son nez et qu’il n’a pas pu défendre parce qu’il était sous l’emprise de l’alcool…ce meurtre le hantera et il ne cessera de penser à se venger car des ramifications vont surgir avec les nouveaux cas à résoudre.

Le descriptif de la nature de La Louisiane est somptueux, on s’y croirait dans les bayous avec les citations de la flore et de la faune locales. Il y a aussi pas mal de réflexions sur la politique et les moeurs locales ou nationales qui sont intéressantes. En voici un exemple (page 196)…la légalisation des jeux d’argent sur la majeure partie du territoire des États-Unis était un rêve érotique devenu réalité. L’argent qu’ils ramassaient grâce au traffic juteux des jeux d’argent, et qu’ils avaient toujours du mal à blanchir, n’était rien comparé aux sommes que rapportaient les casinos, les champs de courses et les loteries qu’ils géraient avec la bénédiction des services d’attribution des licences de jeux, à l’échelon fédéral comme à celui de l’État. En fait, non seulement le gouvernement avait offert à la pègre un cadeau royal qui allait bien au-delà de ses rêves les plus fous, mais les mafieux étaient en outre parvenus à subordonner le financement des services éducatifs aux taxes perçues sur les jeux d’argent sur le territoire des États-Unis, faisant ainsi des professeurs de la nation tout entière leurs supporters les plus fidèles…

Un polar à découvrir !

Il me faudra lire d’autres livres de Lee Burke pour consolider cette bonne impression.

LA DESCENTE ,Rivages/Thriller 2010 (JLB 2006),  ISBN 978-2-7436-2104-9

Les Cygnes de la Cinquième Avenue de Melanie Benjamin

Résultat de recherche d'images pour "melanie hauser the swans of 5th avenue" Melanie Benjamin est le nom de plume de l’écrivain nord-américaine Melanie Hauser née Miller, auteur de nouvelles et de fictions historiques. Elle a dû changer son nom de plume après ses deux premiers romans en raison d’une homonymie avec la journaliste sportive Melanie Hauser devenant alors Melanie Lynne Hauser puis Melanie Benjamin à partir de 2010. Elle fait partie de la Maison d’édition Random House.

Les Cygnes de la Cinquième Avenue 2017 (The Swans of Fifth Avenue, 2016) est son cinquième roman historique. Il retrace surtout la vie de l’écrivain Truman Capote entre les années 55-68 autour de la vie d’une poignée de belles femmes riches et amies qu’il nomma « ses cygnes ».

C’est un livre que j’ai lu avec intérêt car il est très bien documenté sur le sujet: ces femmes de la post guerre qui furent des icônes incontestés de la mode et de bonnes manières, tout spécialement l’héroïne de ce roman, la très belle et inégalée Babe Paley née Barbara Cushing.

Babe Cushing faisait partie des trois fabuleuses soeurs Cushing qui avaient été formatées par leur mère pour devenir les épouses parfaites d’hommes riches, de véritables faire-valoir de maris riches et puissants enviés de tous, car possédant des épouses de rêve dévouées à leur ego.

Babe Cushing, après un premier divorce épousa William S. Paley, un magnat des médias, propriétaire de CBS, très bien introduit dans les milieux politiques huppés et dans les milieux artistiques et financiers malgré des origines juives. Elle lui donna deux enfants mais elle ne s’en est jamais occupée.

C’est le sémillant Truman Capote qui nomma ce groupe de femmes amies « les cygnes », car elles étaient toutes élancées et ultra minces, vêtues avec une élégance parfaite, ayant des codes vestimentaires stricts et des habitudes immuables comme par exemple de s’habiller pour se retrouver à déjeuner à La Côte Basque, un restaurant huppé de la 5è Avenue. Ces femmes menaient une vie sociale trépidante chaque jour de la semaine mais en réalité se morfondaient dans une solitude et un vide existentiels inimaginables.

Truman Capote fit la connaissance du groupe vers 1955, il avait alors un peu plus de 30 ans et il était assez séduisant : un blondinet de petite taille aux traits fins, soigné de sa personne, assez « intello » et possédant la langue la plus acérée et mortifère de tout Manhattan.

Babe Paley sera séduite par ce compagnon amusant qu’elle croisera dans des évènements mondains; elle l’introduira au sein de son groupe d’amies et très vite Truman Capote deviendra le compagnon inséparable de ces dames oisives, leur bouffon, leur amuseur, leur « rémora » aussi car il se fera inviter par tous. Son homosexualité affichée rassurera les maris. Truman Capote et Babe Paley deviendront des amoureux platoniques très proches, dépositaires chacun des secrets les plus intimes et inavoués de l’autre. Babe est complètement délaissée par son mari qui l’utilise comme faire valoir et Truman souffre d’un complexe qui lui vient de l’abandon affectif de la part de sa mère.

Truman Capote connut la gloire après la publication en 1965 de son roman phare De  sang froid, mais après ce succès immense, il connut la panne d’inspiration et il entama la lente dégringolade vers l’alcool et les drogues. C’est au cours de cette période qu’il va publier des chapitres de son prochain livre dans l’élitiste magazine Esquire et qu’il se servira de toutes les confidences que ses amies, les cygnes, avaient déposé au fil du temps et notamment celles de sa chère Babe Paley.

La trahison fut de taille. La chute de Capote fut retentissante et à la hauteur.

Voici un livre écrit avec beaucoup de grâce et d’élégance que j’ai eu plaisir à lire. Il mêle une bonne dose de faits historiques à une fiction si bien menée que le lecteur est embarqué dans une autre époque, aujourd’hui révolue, celle de l’élégance innée, celle d’une certaine insouciance, celle de l’Amérique du Nord comme parangon du confort matériel.

J’ai dans mes tablettes les oeuvres complètes de Truman Capote, lues il y a longtemps (1990 ?) publiées par Gallimard-Biblos. J’avais trouvé à l’époque que l’oeuvre de Capote était inégale et que notamment les nouvelles qui décrivaient La Louisiane, son État d’origine, étaient admirables et riches en couleur locale. Capote fut un ami intime d’enfance de Harper Lee dans leur patelin de Monroeville et il existe une légende comme quoi Capote est impliqué dans l’écriture du roman phare de Harper Lee Ne tirez pas sur l’Oiseau moqueur où il apparaît d’ailleurs sous les traits de Dill; aujourd’hui ce roman est un classique aux USA.

LES CYGNES, Albin Michel 2017,  ISBN 978-2-226-39213-8

Ce que savait Maisie d’Henry James

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Henry James est un écrivain américain (New York 1843-Angleterre 1916), naturalisé britannique en 1915. C’est une figure du réalisme littéraire du XIXè  et un maître du roman et des nouvelles.  Il avait reçu une éducation cosmopolite et soignée entre l’Europe et les États Unis, avec notamment des études francophones en France et à Genève. Cette découverte précoce de l’Europe l’a nourri en littérature. Il a commencé des études de Droit à Harvard qu’il a abandonnées pour se consacrer entièrement à l’écriture.  Il fût un voyageur impénitent, un « citoyen du monde » : Angleterre, France, Suisse, Italie surtout. En 1876, après un échec d’installation à Paris, il s’installera à Londres jusqu’à sa mort en 1916.

C’est pendant ces 40 années londoniennes qu’Henry James va écrire l’essentiel de son oeuvre (20 romans et 112 nouvelles !): une œuvre très riche qui s’inspire en partie d’une bourgeoisie raffinée et de la découverte de l’Europe par des riches américains oisifs en formation culturelle et dans ce qu’ils appelaient le Grand Tour. L’expert d’Henry James, Franck Aigon (professeur de philosophie) a écrit si justement que la confrontation de la naïveté américaine et de l’expérience européenne n’est qu’un aspect d’une écriture qui s’emploie à sonder les cœurs en donnant toute leur place aux impressions et à la variation des points de vue (un peu à la façon d’un Sandor Márai, je trouve).

J’ai déjà commenté ici Confiance en mars 2017, Washington Square en mai 2017 et Les papiers d’Aspern en juillet de la même année.

Ce que savait Maisie ( What Maisie knew, 1897) est le roman le plus « dense » psychologiquement parlant de tous ceux que j’ai lus jusqu’à maintenant. Ce roman fut publié en 1896 sous la forme de feuilleton et en 1897 sous forme de volume; c’est le 14ème roman du prolifique H. James et peut-être le plus célèbre. Le roman fut traduit en français en 1947 par Marguerite Yourcenar; il a été adapté au cinéma en 2012 par David Siegel et Scott McGehee, une version moderne avec Julianne Moore et en 1995 pour la télévision française par Édouard Molinaro.

Le sujet du livre est assez hardi pour l’époque : imaginez les turpitudes du monde des adultes observées par une petite fille dont l’âge exact ne sera jamais précisé, mais que le lecteur peut situer entre les 8 et 10 ans. Elle observe le comportement des adultes, le réduit à sa capacité d’interprétation, mais le lecteur voit bien qu’elle est manipulée et que ces adultes se fichent d’elle comme d’une guigne. Une telle situation dans la société corsetée victorienne du  XIXè siècle était probablement exceptionnelle mais devenue banale un siècle plus tard.

La grande nouveauté dans le texte est d’introduire cette vision de la petite fille avec ses moyens psychologiques limités et de laisser deviner au lecteur l’amplitude des turpitudes et l’égoïsme inouï qui se cachent derrière les actions des adultes qui l’entourent. C’est aussi un plaidoyer de la part de l’écrivain contre le relâchement moral au sein d’une société victorienne réglée sur le respect des convenances et des apparences avec cette peur bleue de déchoir de sa caste, de faillir à son rang…

Maisie Farange est une petite fille assez délurée, assez fine mouche, non dépourvue de malice, au sein d’un ménage qui se déteste et qui a divorcé. Elle partage une garde alternée entre la mère et le père, avec une gouvernante-préceptrice qui s’occupera de son « éducation » dans chaque foyer. Elle est ballotée d’une maison à une autre, parfois de façon inopinée, et on se sert d’elle pour colporter des ragots ou semer la zizanie. Comme on l’écoute beaucoup, Maisie est très bavarde.

Le père et la mère vont se « remarier » rapidement : elle, avec un homme plus jeune; lui, avec la préceptrice de Maisie qui deviendra donc sa belle-mère. Très vite, les couples vont dysfonctionner à nouveau : le père de Maisie est de plus en plus absent. La mère de Maisie fréquente d’autres hommes… Maisie est l’exutoire de la haine respective que se vouent les deux parents, et sa solitude et le manque d’affection sincère font qu’elle s’attache à tout adulte qui l’approche un peu, liant ainsi des liens de substitution.

Le fond psychologique est traité avec la prescience d’un psychiatre ou d’un psychologue. Ceci est d’autant plus remarquable qu’Henry James ne s’est jamais marié et n’a pas eu d’enfants pour en étudier aussi finement le comportement. Admirable.

Ce que j’ai moins supporté est le style lourd et répétitif par moments de l’écrivain, dans un roman un peu plus long que ceux déjà lus (292 pages) et qui aurait gagné a être un peu plus aéré sans rien perdre de son acuité.

CE QUE SAVAIT MAISIE, OMNIBUS 2013, (HJ 1897),  ISBN 978-2-258-09877-0