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La fenêtre panoramique de Richard Yates

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Richard Yates fût un romancier et nouvelliste américain (New York 1926-Alabama 1992) connu pour sa description des classes moyennes américaines de la deuxième moitié du XX siècle. Sa fiction serait aussi en grande partie autobiographique, l’auteur ayant connu une enfance difficile, une maladie bipolaire et  des relations ardues avec la gente féminine. C’est un grand écrivain tombé dans l’oubli et que le film de Sam Mendes va relancer en 2009. C’est un auteur salué par ses pairs: T. Williams, Raymond Carver, J.C. Oates, Richard Ford, etc.

La fenêtre panoramique (Revolutionary Road, 1961) est son premier roman; un livre finaliste pour le National Book Award 1962 et considéré dans la liste The American Scholar de juillet 2014 comme faisant partie des 100 meilleurs romans américains. J’ai lu quelque part que ce livre aurait changé la vie de l’auteur contemporain Douglas Kennedy.

Le film éponyme tiré du roman en 2009 par Sam Mendes, et projeté en France sous le nom Les noces rebelles, interprété par Leonardo DiCaprio et Kate Winslett dans les rôles principaux; le rôle valut a Winslett le Golden Globe de la meilleure actrice. C’est un film excellent, dévastateur, très proche du livre mais quasi exclusivement axé sur les confrontations du couple protagoniste, ce qui le rend assez négatif; ce film peut devenir déprimant pour des personnes en détresse émotionnelle au moment du visionnage.

Quant au  livre, il est excellent, ravageur, dérangeant, violent, et d’un réalisme qui résulte presque douloureux. Sa lecture laisse KO. Mais quelle force et quelle pertinence du texte qui démolit littéralement le conformisme américain des années 50 et dresse un portrait peu flatteur de l’american way of life à travers l’histoire d’un couple banal confronté à leurs problèmes existentiels.

L’histoire narre le délitement du mariage de Frank et April Wheeler, l’histoire de leur mariage raté et de leur chronique conjugale. Ils ont tout juste 30 ans et « l’air » d’être le couple parfait, deux enfants et une vie tracée au cordeau par l’ennui. Elle voulait devenir comédienne, mais elle est tombée enceinte et s’est mariée. Lui, il ne sait pas trop ce qu’il voudrait devenir, il n’a pas poursuivi des études parce qu’il a manqué d’assiduité et il a tout délaissé. Tous les deux couvent des déceptions car dès le premier enfant ils vont faire une croix sur leurs rêves.

Nous sommes en Amérique en 1955 dans le Connecticut de l’Ouest à une époque où les banlieues se développent. C’est l’époque bénie de l’Amérique conquérante, l’Amérique florissante de la post guerre, avec l‘american dream de l’aisance matérielle, le consumérisme à tout va.  Richard Yates va gratter le vernis et cela crisse.

April et Frank vont acheter une charmante maison dans une morne banlieue de New York, grâce au travail de bureau de Frank et construiront ainsi leur propre prison. La maison à une baie vitrée sur le devant, ce qui donne le titre à la version française du livre, car c’est à travers cette large fenêtre que les Wheeler perçoivent leur quartier, leur entourage et même s’épient entre eux. Le titre en anglais est plus subtil, c’est le nom de la rue qu’ils habitent: Revolutionary Road. Tous les couples qu’ils côtoient ont des secrets non dévoilés car leur vie à tous est comme un spectacle dans lequel il faut faire bonne figure, il faut paraitre et ce n’est pas par hasard que ce livre commence par une représentation de théâtre d’amateurs.

Mais Frank hait son travail, déteste ses collègues, déteste sa maison et les transports en train AR pour se rendre chaque matin au travail à Manhattan. April n’aime pas non plus être femme au foyer avec des tâches répétitives; elle n’apprécie pas non plus ses amies, d’autres mères au foyer. En fait les Wheeler méprisent un peu tout le monde.

Les Wheeler sont seuls, très seuls, esseulés dans leur cocon et sans aucun intérêt dans leur vie. Ils sont assez égotistes car ils ont deux enfants et jamais ils ne s’intéressent à eux, à leur devenir. Leur frustration mutuelle ne les motive pas pour construire leur vie de famille et se donner un peu de stabilité.

Voici Frank qui réfléchit…et pour prouver encore, il avait épousé une femme qui s’était plus ou moins arrangée pour le maintenir constamment sur la défensive, qui l’aimait quand il était gentil, qui vivait selon ce qu’elle avait envie de faire, et qui pouvait à n’importe quel moment (c’était bien le comble !) à n’importe quel moment du jour ou de la nuit avoir envie de partir et de le quitter. C’était aussi grotesque, et aussi simple que cela.

Deux détails sont surreprésentés dans le livre : la consommation d’alcool et de tabac.  Frank en boit même pendant le travail et dès qu’il arrive chez lui, April l’accueille selon cette tradition de préparer un cocktail au mari qui rentre le soir. Ce n’est pas propre aux Wheeler, c’est assez général et plusieurs personnages dans le livre ont un problème avec l’alcool. Il y a aussi la consommation concomitante de tabac: on fume au travail, on fume dans les transports, on fume à la maison, on fume partout.

Et April va décider vers la trentaine, de partir à l’étranger, de tout plaquer pour entamer une nouvelle vie à Paris. Elle s’imagine travaillant comme secrétaire et pourvoyant aux nécessités de la famille pendant que son mari chercherait sa voie.

Mais le sort décide autre chose : April retombe enceinte et Frank obtient une promotion de façon tout à fait inattendue.

La construction de ce roman est intéressante avec ces divers couples qui alternent les points de vue et qui se croient supérieurs les uns des autres, cette succession de rituels quotidiens immuables, cette vie basée sur des apparences et, in fine, une autopsie féroce du rêve américain. Il y a un personnage clé dans le roman, c’est John le fils schizophrène de l’agent immobilier qui leur a trouvé la maison, car cet homme nous signifie clairement que la folie ne réside pas forcément là où nous le pensons.

Il y a une finesse dans l’analyse psychologique qui est rare, les scènes du livre sont aussi bien cadrées que dans un tableau de Edward Hopper. Et cet auteur me fait penser beaucoup à des écrivains désenchantés comme Robert Goolrick,  Evan S. Connell, Joyce Carol Oates. Un excellent auteur. Ce livre est une pépite.

LA FENÊTRE PANORAMIQUE, Robert Laffont 1962, (RY 1961),  ISBN 978-2-221-10208-4

Le nouveau de Tracy Chevalier

Résultat de recherche d'images pour "tracy chevalier new boy" Tracy Chevalier est une écrivaine nord-américaine (Washington 1962) spécialisée  dans les romans historiques . Elle réside à Londres depuis 1984.

J’ai lu plusieurs de ses livres et ma lecture la plus mémorable fût La jeune fille à la perle (1999) qui m’a littéralement enchantée: la trame du roman est construite autour d’un tableau éponyme de Johannes Vermeer; le film tiré du livre en 2004 avec Peter Webber comme directeur fût aussi beau qu’un tableau du maître flamand, un film riche en clairs-obscurs avec les couleurs mordorées de l’Europe du Nord. Un pur régal, une féerie.

Autres livres lus : Le récital des anges (2001) un roman victorien qui se passe presque entièrement dans un cimetière avec tous les poncifs de l’époque victorienne et la rigidité des mentalités; je l’ai trouvé quelque peu rasoir; La dame à la licorne (2003) une histoire de lissiers en Belgique en même temps qu’une histoire d’amour entre un peintre de cartons servant à fabriquer des tapisseries et la fille aveugle d’un maître lissier; Prodigieuses créatures (2009) un livre délicieux au ton austenien par la finesse dans la description des traits de caractère et des situations psychologiques : le livre relate la vie d’une vieille fille Elizabeth Philipot, collectionneuse de fossiles et de Mary Anning, sauvageonne et illettrée mais qui connait mieux que personne la science des fossiles.

Le nouveau ( New Boy, 2017) est un livre dont la lecture ne m’a pas intéressé du tout. La publication  a un rapport avec la commémoration des 400 ans de la mort du barde anglais William Shakespeare. L’Éditorial Hogarth Press a lancé un défi d’écriture autour de thèmes shakespeariens  et plusieurs plumes très connues ont relevé le défi.

Voyons cela de plus près: autour de La Tempête, Margaret Atwood a écrit Graine de Sorcière (Hag Seed, 2016);  autour du  Marchand de Venise Howard Jacobson a écrit en 2016 Shylock is my Name; Jo Nesbø en 2018 a publié Macbeth; autour du Conte d’Hiver Jeanette Winterson a publié  La faille du Temps (The Gap of Time, 2015); autour de La Mégère Apprivoisée Anne Tyler en 2018 a publié Vinegar Girl; autour du Roi Lear Edward Saint Aubyn en 2019 a sorti Dunbar et ses filles...d’autres suivront peut-être.

Le nouveau se base sur Othello et se passe en une seule journée de 1974; le livre comporte 5 chapitres comme dans le drame de Shakespeare: un garçon noir de 11 ans arrive un mois avant la fin de l’année scolaire dans une école où il est  le seul enfant noir. (Et quand on apprend que cette école est située en banlieue de Washington DC, cela me paraît déjà trop invraisemblable, même en 1974 qu’il n’y ait pas d’élève de race noire). Le garçon se prénomme Osei Kokote et il a déjà beaucoup roulé sa bosse car le père est diplomate ghanéen (étrange qu’on balade un gamin en fin d’année scolaire du primaire surtout s’ils viennent de New York…on aurait pu éviter à Osei ce stress juste en attendant un mois…).

Il est évident que Osei tombera comme un cheveu sur la soupe et que très vite les animosités contre lui vont se déchainer y compris de la part des enseignants !

Le thème du roman est la jalousie et la trahison, version culottes courtes avec en plus un fond de racisme. Dans les rôles titres du drame nous avons Othello-Osei, Desdémone-Dee, Iago-Ian et Rod dans le rôle du factotum de Iago, etc.

Osei débarque dans cette école et réveille la curiosité et l’empathie de la plus populaire des filles :Dee. Cela va réveiller les foudres de certains et Iago-Ian, la personnification du mal, va ourdir un plan machiavélique pour compromettre sérieusement Othello-Osei.

La fin du court roman est digne de Shakespeare.

J’ai trouvé que ces enfants en fin d’Éducation primaire, âgés d’à peine 10-11 ans s’expriment comme des adultes et ont des comportements inappropriés pour leur âge et leur expérience de la vie. Cela enlève beaucoup de crédibilité au récit.

Tracy Chevalier aurait vécu une expérience similaire dans son enfance puisque j’ai lu quelque part qu’elle aurait fréquenté une école dans l’état de Washington où elle était presque la seule blanche . Cela a dû la marquer dans l’autre sens.

LE NOUVEAU, Phébus 2019, (TC 2017),  ISBN 978-2-7529-1163-6

À genoux de Michael Connelly

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Michael Connelly est un très grand auteur de polars nord-américain (Philadelphie 1956) ; c’est le « père »  du  detective de LAPD Hyeronimus Bosch, alias Harry Bosch, que j’affectionne particulièrement parce que sa personnalité taciturne me plait. Connelly est un écrivain très prolifique avec une publication par an et parfois jusqu’à deux !  Je crois qu’à la date d’aujourd’hui il arrive à plus de 28 publications depuis 1992.

C’est le sixième livre de Connelly commenté dans ce blog après : La lune était noire (2000) en juillet 2013, Le cinquième témoin (2011) en février 2015, Mariachi Plaza (2014) en août 2017, Le dernier Coyote (1995) en juillet 2018, Deuil Interdit (2005) en septembre 2018, Wonderland Avenue (2002) en novembre 2018. D’autres suivront, c’est sûr car pour certains ce sont des relectures et c’est un plaisir renouvelé où je m’attarde sur des détails concernant la vie de Bosch plus que sur les cas policiers. (Ce serait tellement mieux de les lire dans un ordre chronologique pour suivre la vie privée et professionnelle du detective).

La série Bosch (5 saisons) a été aussi une agréable découverte sur Amazon Prime avec des visages à mettre sur des personnages récurrents et un Harry Bosch plus vrai que nature dans la personne du comédien Titus Welliver que je ne connaissais pas et que maintenant je ne peux dissocier de mon imaginaire.

À genoux (The Overlook 2006) est un bon Harry Bosch que j’ai relu avec plaisir bien qu’il laisse des zones d’ombre.

Harry a changé de coéquipier, maintenant son binôme est un blanc bec prénommé  Ignacio Ferras qu’il se doit de former, mais ce dernier prend vite panique  avec les méthodes de cet électron libre et un peu démodé qui est Harry. On va croiser aussi Jerry Edgar, l’ancien coéquipier de Bosch aux Homicides et qui occupe aujourd’hui son poste. L’histoire démarre sur les chapeaux de roue avec l’assassinat par 2 balles dans la nuque d’un brave médecin dans un quartier huppé de LA. Très vite la police va soupçonner une affaire de vol de césium radioactif au sein de la clinique où travaille le docteur assassiné à des fins terroristes, sur un territoire américain en état de choc après l’attaque des Twin Towers; c’est l’occasion pour apprécier l’espèce de paranoïa qui se développe au niveau de la police fédéral. Cet opus est très intéressant parce qu’il livre à nu le modus operandi entre la police de LA et le FBI qui se croit tout permis, possède des moyens logistiques considérables, n’écoute personne tout en snobant tout le monde (de vrais cow boys resurgis du Far West, les mecs). Page 131 on lit…quand il est question de partager, le FBI dévore tout comme un éléphant et chie comme une petite souris…

Intéressant aussi cette confrontation professionnelle entre Harry et son ancienne maitresse du FBI Rachel Walling, dont l’histoire sentimentale a capoté après l’épisode relaté dans l’opus Echo Park (2006).

Comme chaque fois, Harry Bosch aura des intuitions qui le mèneront à la vérité et pour une fois le FBI succombera à ses propres démons et c’est bien fait pour eux et leur arrogance.

J’ai mentionné des zones d’ombre; par exemple, la femme du docteur assassiné se prénomme Alicia et dès le premier contact Harry Bosch lui trouve un petit accent. Ceci n’est jamais approfondi dans le roman: je ne pense pas que cela ait une valeur d’explication dans le livre, mais en raison de l’importance de l’enquête, l’origine de cet accent aurait dû être abordée, il me semble.

On retrouve dans cet opus l’ancien chef de Bosch, Irvin Irving, mis de côté comme chef de LAPD et qui n’attend que la plus petite gaffe de Harry Bosch pour lui sauter dessus. Un coyote.

À GENOUX, Points Policier P2157 2009 (MC 2006),  ISBN 978-2-7578-1379-9

Famille parfaite de Lisa Gardner

Famille Parfaite de Lisa Gardner Format Poche  Lisa Gardner est une auteure américaine de polars (Oregon 1956) ayant aussi publié sous le nom de plume « Alicia Scott ». A son actif plusieurs séries : la série FBI profiler (8 titres), la série du Détective D.D. Warren (12 titres) et la série avec le Détective Tessa Leoni dont Famille Parfaite (Touch & Go, 2013) est le deuxième opus  pour le moment (sur 3).

Ce thriller m’a été chaudement recommandé mais je dois avouer que je ne suis pas très emballée par cette lecture. J’ai trouvé que les personnages étaient très antipathiques, très « cliché », caricaturaux et dénoués de valeur morale. J’ai ressenti aussi quelques longueurs dans le texte qui m’ont un peu exaspéré. Puis j’ai trouvé que le tout était un peu gros, peu vraisemblable.

En revanche, par moments le récit devient palpitant, c’est à dire qu’il y a un savoir faire certain de la part de l’auteure. Il y a du rythme et quelques revirements de situation qui captivent l’attention du lecteur.

L’histoire tourne autour de la famille Denbe, une famille américaine modèle et en apparence parfaite : ils sont beaux, ils sont riches, ils donnent l’impression d’être heureux. Lui est un ponte des BTP, à la tête d’une entreprise importante héritée de son père; un homme qui travaille beaucoup et s’absente souvent. Elle est une belle femme qui a fait un excellent mariage qui crée des bijoux en argent et s’occupe beaucoup de sa famille et de sa maison. La fille est une adolescente bien dans sa peau, pas idiote du tout. A la suite d’un adultère commis par le père tout l’édifice va s’écrouler. Peu de temps après ils seront pris en otage par un commando et ce sera la descente aux enfers et le démarrage du thriller.

Les personnages autour de la Police sont peu fouillés, juste esquissés. Par contre la détective Tessa Leoni  et le sheriff Wyatt sont des personnages intéressants; en particulier le sheriff Wyatt qui est un homme du cru,  a du charme et connait sa place. On sent que Leoni et lui se sentent attirés l’un vers l’autre.

C’est intéressant de découvrir l’arrière du décor des grandes entreprises de BTP nord-américaines qui travaillent pour l’État, cela sent la magouille à petite et grande échelle.

Ce polar m’a paru assez longuet et j’ai eu envie d’arrêter la lecture par moments.

FAMILLE PARFAITE, Livre de Poche 34819 (LG 2013),  ISBN 978-2-253-23708-2

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows

Résultat de recherche d'images pour "mary ann shaffer annie barrows" Mary Ann Shaffer est une éditrice, bibliothécaire puis libraire américaine (Virginie 1932-2008) qui a fini ce livre avec l’aide de sa nièce Annie Barrows (San Diego 1962):un roman épistolaire inoubliable, paru en 2008 sous le titre The Guernesey Literary & Potato Peel Society. Annie Barrows quant à elle,  est une écrivaine américaine auteur de livres pour enfants, détentrice d’un BA à Berkeley sur Histoire Médievale. L’aide d’Annie Barrows a été nécessaire lorsque la santé de Mrs Shaffer devint défaillante. Ce livre reçut le prix du Meilleur Livre par le Washington Post l’année de sa parution. C’est un livre qui a rencontré un grand succès et qui a été traduit déjà dans plus de 32 langues.

Mary Ann Shaffer découvrit Guernesey en 1976 et se décida à écrire sur cette île Anglo-Normande qui fût le seul territoire britannique occupé par les allemands lors de la DGM.

Ceci est une relecture après la sortie, la semaine avant-dernière, du film éponyme du britannique Mike Newell que j’ai trouvé très réussi; en même temps je me rendais compte que j’avais pas mal oublié les détails du livre qui m’avait laissé à l’époque un très bon souvenir. Et quel plaisir de découvrir à l’affiche du film deux excellentes actrices de la série Anglaise Downton Abbey : Lily James (Juliet Ashton) et Penelope Wilton (Mrs Crowley).

Très curieusement cette relecture m’a laissé un peu moins enthousiaste que la première fois, tout en lui conservant des côtés très-très agréables bien que j’ai ressenti certaines longueurs et un côté assez désuet.

Tout d’abord le sujet historique, peu exploité, voire méconnu, est intéressant. Ces îles Anglo-Normandes « oubliées » par Churchill qui n’a pas voulu les ravitailler pendant l’occupation en se disant que ces denrées allaient être confisquées par les allemands et nourrir ainsi les troupes d’occupation. Cette population civile a réellement connu la faim la plus atroce de tous les territoires occupés et si la population n’est pas morte de faim, c’est parce qu’ils mangeaient la croûte des arbres et les pissenlits par la racine ou peu s’en fallait… Hitler avait envoyé pas moins de 16 000 prisonniers de guerre dans ces îles, prisonniers qui étaient traités comme des esclaves pour construire des fortifications.

Puis il y a le côté si Anglais et si charmant du roman, avec cet humour so British, fait de dérision et de détachement (et Bravo! aux auteures américaines d’avoir su imprimer cette ambiance). Il y a aussi la qualité des personnages secondaires, tellement dotés de  profondeur humaine, chacun avec son propre positionnement face à une réalité très dure. L’Occupation est décrite du point de vue exclusif des îliens, sans interférences extérieures. Un autre point de vue intéressant est celui des occupants: à la fin de cette guerre, ces « pauvres » allemands furent « oubliés » et abandonnés à leur sort par leur État Major : ils crevaient de faim et ne savaient pas à quelle sauce ils allaient être mangés, car des deux côtés, il n’y avait pas de communication.

L’histoire est simple. Une jeune écrivaine Anglaise à succès, Juliet Ashton, reçoit de la part de Dawsey Adams, un fermier de Guernesey,  une demande de documentation sur un très bon auteur Anglais (Charles Lamb). Juliet, généreuse et ouverte, lui en envoie un tome via son éditeur londonien. Ainsi, au fil des lettres, va s’instaurer une correspondance suivie entre Juliet et Dawsey. Peu à peu, Juliet Ashton saura qu’il existe un club littéraire sur l’île, qui a été crée dans le but d’abuser les allemands et de se réunir pour ripailler autour d’une rare nourriture cachée aux occupants. Un des membres du club avait imaginé cuisiner une tourte avec les épluchures de patates…(fort dégoûtante, d’ailleurs)… De cette manière, Juliet Ashton a le sentiment qu’il existe un très bon sujet de roman, d’autant plus qu’elle est en manque d’inspiration.

Au lendemain de la guerre Juliet va partir pour Guernesey rencontrer tous ces gens qui ont échangé une correspondance avec elle et nous aurons droit à la deuxième partie du roman qui va s’ourdir de visu avec le groupe. C’est très humain, très bien vu, drôle et triste à la fois comme la vie même.

Ci-après l’affiche du film:

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LE CERCLE LITTÉRAIRE, 10/18 domaine étranger 2009,  ISBN 978-2-264-05351-0

Le Tour d’Écrou de Henry James

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Henry James est un écrivain américain (New York 1843-Angleterre 1916), naturalisé britannique en 1915. C’est une figure du réalisme littéraire du XIXè  et un maître du roman et des nouvelles.  Il avait reçu une éducation cosmopolite et soignée entre l’Europe et les États Unis, avec notamment des études francophones en France et à Genève. Cette découverte précoce de l’Europe l’a nourri en littérature. Il a commencé des études de Droit à Harvard qu’il a abandonnées pour se consacrer entièrement à l’écriture.  Il fût un voyageur impénitent, un « citoyen du monde » : Angleterre, France, Suisse, Italie surtout. En 1876, après un échec d’installation à Paris, il s’installera à Londres jusqu’à sa mort en 1916.

C’est pendant ces 40 années londoniennes qu’Henry James va écrire l’essentiel de son oeuvre (20 romans et 112 nouvelles !): un auteur prolixe et une œuvre très riche qui s’inspire en partie d’une bourgeoisie raffinée et de la découverte de l’Europe par des riches américains oisifs en formation culturelle dans ce qu’ils appelaient le Grand Tour. De son vivant il a eu un succès d’estime auprès de la riche et cultivée société de Boston, mais limité au cercle familial et aux amis; son théâtre n’a pas connu de succès mais à Londres il fut un écrivain reconnu pour ses qualités littéraires et l’exigence morale de son oeuvre.

L’expert d’Henry James, Franck Aigon (professeur de philosophie) a écrit très justement que la confrontation de la naïveté américaine et de l’expérience européenne n’est qu’un aspect d’une écriture qui s’emploie à sonder les cœurs en donnant toute leur place aux impressions et à la variation des points de vue (un peu à la façon d’un Sandor Márai, je trouve).

J’ai déjà commenté les romans suivants: Confiance en mars 2017, Washington Square en mai 2017,  Les papiers d’Aspern en juillet 2017 et Ce que savait Maisie en novembre 2017.

Le Tour d’Écrou (The Turn of the Screw, 1898) a été publié sous forme de feuilleton dans un magazine populaire américain et aurait été qualifié par l’auteur d’amusette, d’oeuvre alimentaire, mais en 1898 lorsque paraît le livre, la presse se déchaîne et qualifie cette histoire de dépravée voire pire. Il faut dire que Monsieur James a eu le toupet de sortir un brûlot d’allure psychanalytique avant même la sortie du brûlot freudien de 1905 (Trois essais sur la théorie sexuelle).

Le livre fut adapté en opéra en 1954 par Benjamin Britten et plusieurs fois au cinéma et pour la TV. Je garde un très bon souvenir du film Les Autres, adapté de ce livre en 2001 par Alejandro Amenábar avec Nicole Kidman dans le rôle de la préceptrice.

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Le Tour d’Écrou est une oeuvre à part, une histoire de fantômes, un récit fantastique narré à la première personne par la préceptrice de deux enfants qui est la seule à percevoir des choses étranges au manoir et le lecteur vient à douter assez vite sur l’état mental de cette jeune personne quelque peu « exaltée » : fabulation? hystérie?, folie?, poids des responsabilités?, burn-out syndrome?(pour faire moderne), perturbation de l’histoire précédente sur un psychisme fragile? Ce n’est pas une histoire banale de fantômes mais plutôt une histoire de fantasmes très personnels, une histoire menée avec maitrise par James car elle abonde en non-dits et c’est au lecteur de se creuser les méninges pour interpréter ce texte qui aurait plusieurs niveaux de lecture.

LA TRAME :Un riche propriétaire paye les services d’une jeune institutrice pour s’occuper de l’éducation d’un neveu (10 ans) et d’une nièce (5 ans) dont les parents sont décédés en Inde deux ans auparavant. Il installe ce petit monde dans un magnifique manoir, isolé à souhait où ils seront servis et choyés mais où rapidement la préceptrice aura des visions étranges. Il faut dire que la précédente éducatrice ainsi qu’un serviteur du manoir ont eu une affaire qualifiée de « perverse » et que les enfants en ont subi probablement quelques retombées. Le lecteur ne saura jamais le fond de l’affaire et le doute surgit même sur l’innocence des enfants.

C’est un livre sournoisement ambigu, d’une noirceur  certaine sous des aspects de digressions sans fin de la part de la narratrice. Aussi j’ai trouvé que le langage tenu par Miles, le garçon de 10 ans, dépasse largement le cadre de l’enfance, notamment vers la fin de l’histoire, lorsqu’il donne du « ma chère » à sa préceptrice. Quant à sa soeur, Flora, elle est si parfaitement angélique que le lecteur doute de son innocence.

Ce livre est considéré pour certains comme le chef d’oeuvre d’Henry James.

LE TOUR D’ÉCROU, Omnibus 2013, (HJ 1898),  ISBN 978-2-258-09877-0

La symphonie du hasard de Douglas Kennedy

Résultat d’images pour douglas kennedyÉcrivain et journaliste américain (New York 1955), vrai globe-trotter et francophile: Dublin, Berlin, Londres, Paris, New York, etc. C’est un romancier à succès qui vend des millions d’exemplaires, dont 7 millions en France! L’attrait de ses romans réside dans leurs questionnements sur l’Amérique et ses défauts, sur l’humanité en général, sur les relations hommes/femmes, sur l’Art, bref, des topiques universels voire intéressants.

Il a souvent situé  ses romans dans des endroits  différents : par exemple Cet instant là à Berlin, un autre au Maroc; un peu à la manière de Woody Allen qui nous promène d’une ville européenne à une autre avec ses derniers films.

La symphonie du hasard (The Great Wide Open, Book 1) est le premier volet d’une trilogie annoncée dont les prochaines parutions sont pour mars et mai 2018, et ce AVANT même la publication en langue anglaise qui aura lieu fin 2018 seulement; voici un auteur à succès américain qui valorise (et domine parait-il) notre langue. Cette trilogie va donner un roman fleuve d’environ 1300 pages qui a nécessité 18 mois d’écriture intensive.

C’est une lecture aisée avec un roman bien construit qui narre l’histoire d’une famille américaine de classe moyenne dans les années 70. La narratrice est Alice Burns, la seule fille du ménage Burns qui est composé par le père, éternel absent, aux activités mystérieuses, psycho-rigide et irlandais catholique; la mère est d’origine juive, complètement hystérique et dépressive, en lutte permanente avec son mari et ayant de gros problèmes avec ses enfants. Les enfants sont au nombre de trois, l’ainé Peter qui prendra assez vite le large par rapport à cette famille déstabilisante; le cadet est Adam, beaucoup plus malléable, plus fragile, qui ne saura pas échapper aux griffes du père et qui est détenteur d’un secret qui l’accable; il deviendra un loup de la finance à Wall Street avec une chute vertigineuse; et puis notre héroïne et narratrice, Alice Burns.

Il est intéressant de constater que Douglas Kennedy s’est mis une nouvelle fois dans la peau d’une femme dans un roman, ce serait la huitième fois pour le romancier et je trouve que cela est assez bien réussi en superficie mais Alice manque de féminité sentimentale dans le récit. Aussi, ce personnage féminin a beaucoup de points communs avec Douglas, car si l’on regarde de près, elle est née à New York en 1955 comme lui, elle a grandi au sein d’une famille conflictuelle de 3 enfants comme lui; elle aurait un vécu scolaire tel que celui de l’écrivain; elle est un rat de bibliothèque comme lui le fût en son temps et last but not least, elle fréquente l’Université de Bowdoin comme Douglas Kennedy.

Douglas Kennedy se coule tellement bien dans cette peau féminine que, comme Flaubert, il se serait écrié « Alice c’est moi ».

Alice Burns est éditrice à New York et elle visite chaque semaine son frère Adam qui est en prison, c’est le début de ce premier tome où Alice va se remémorer son passé au sein de cette famille de dingues sur fond de seventies : la guerre du Viet Nam, la politique pourrie, les manifestations, les émeutes raciales, le hippisme, la compétivité permanente, la réussite à tout prix,  le début de l’emprise des drogues, le grégarisme, la musique, le Roi-baseball, la vie scolaire et universitaire parfois cruelle (un « campus novel » en partie ce tome 1). Il y a un sens poussé du détail dans ce roman concernant la nourriture, les vêtements, les lieux, etc.

J’ai beaucoup aimé ce descriptif foisonnant de détails variés qui, relativement au descriptif de la vie scolaire aux USA, m’ont rappelé tellement fort mon époque de lycéenne en Amérique.

Tous les personnages centraux de ce roman sont détestables. En commençant par les parents : le père est tout le temps absent, c’est un cachottier qui apparemment travaille pour la CIA au Chili; la mère est simplement insupportable, la vraie mamma juive qui se mêle de tout, agressive, définitivement castratrice. Les enfants sont perdus; l’aîné fuira la maison très tôt et il est « trop bien pensant », éloigné de sa fratrie; le cadet aura une adolescence difficile car il est taraudé par la culpabilité;  Alice aura beaucoup de mal à s’émanciper et partira faire des études universitaires à sa façon, avec beaucoup de succès et un vécu scolaire et universitaire très marquants.

Bonne lecture, très près d’une réalité encore assez proche. De toute évidence je suivrai la saga.

LA SYMPHONIE DU HASARD, Belfond 2017,  ISBN 978-2-7144-7403-2