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La traversée amoureuse de Vita Sackville-West

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Vita Sackville-West est le nom de plume de Lady Nicolson (née Victoria Mary Sackville-West) née  dans le Kent le 9 mars 1892 et décédée en 1962: une poétesse, romancière, essayiste, biographe, traductrice et jardinière anglaise. Elle nous a laissé une œuvre littéraire riche et abondante. Elle fut une femme étonnante, avant-gardiste, moderniste.  Elle a été la première et unique écrivain a avoir reçu deux fois le Hawthornden Prize,  en 1926 pour The land et en 1933 pour Collected poems. Son nom est associé au Groupe Bloomsbury (groupe qui réunit un certain nombre d’artistes et d’intellectuels britanniques depuis les premières années du XXè siècle jusqu’au début de la Seconde Guerre Mondiale) en raison de son lien avec Virginia Woolf, fondatrice du Groupe, bien que certains soutiennent qu’elle n’a jamais été membre actif.

Elle fut très connue pour sa vie aristocratique exubérante, son mariage solide avec le diplomate Harold Nicolson, a qui elle a donné deux fils, mais aussi par ses amours saphiques passionnées avec des femmes romancières comme Violet Trefusis (fille bâtarde du roi Edward VII)  et Virginia Woolf, entre autres.

La traversée amoureuse (No signposts in the Sea, 1960) est le dernier roman de Vita Sackville-West, paru moins d’un an avant sa mort. Ce livre avait été traduit il y a déjà 50 ans par Nadine Korobetsky et publié sous le titre de Escales sans nom; la traductrice a revu sa copie avec émotion 50 années après et c’est la version que j’ai lu.

C’est une auteure que j’apprécie beaucoup car la finesse psychologique de ses analyses est stupéfiante de modernité et d’audace. J’ai publié deux billets dans ce blog sur deux de ses romans : Au temps du Roi Edouard en janvier 2013 et Toute passion abolie en novembre 2013. Les deux courts romans sont bluffants.

La traversée amoureuse est d’un tout autre registre. Ici nous sommes loin des frivolités et des marivaudages de la High Society; le petit livre est une succession de réflexions sur des sujets très sérieux : l’amour, la mort, l’amitié, la jalousie. J’ai eu du mal à me raccrocher au récit, mais une fois l’histoire bien lancée, j’ai été séduite. Le narrateur est un homme et l’écrivaine a su imprimer à son personnage une dimension hautement crédible. Ce personnage s’appelle Edmund Carr, un célèbre éditorialiste politique britannique, la cinquantaine, vieux garçon maniaque, épris de Laura Drysdale qu’il a croisée lors des diners à Londres. C’est une veuve autour de la quarantaine, élégante et discrète, réservée,  qui sait tenir une conversation; elle représente pour Edmund tout ce qu’il a vainement cherché chez une femme, la quintessence de la femme qu’il aurait aimé épouser.

Lorsque Edmund apprend que Laura va entamer une longue croisière autour du monde et que lui même est atteint d’une maladie fatale à brève échéance, il se décide à tout plaquer et à s’embarquer sur le paquebot afin de pouvoir l’approcher. Edmund et Laura seront forcément très proches et vont se découvrir de nombreuses affinités; mais il y a à bord d’autres hommes, notamment le beau et intéressant colonel Dalrymple (ah, ces noms anglais…). Le colonel, un homme érudit et mondain va tourner autour de Laura ce qui va déclencher un sentiment d’extrême jalousie chez Edmund, ceci servira à le rattacher furieusement à la vie sur Terre.

Au cours de cette traversée, nous avons un véritable huis clos avec des personnages qui vont se révéler plus ou moins intéressants, mais tout est remarquablement décrit sans aucune mièvrerie et avec une folle élégance. La fin du livre est aussi assez surprenante et je laisse aux lecteurs la possibilité de la découvrir par eux mêmes.

On sent au fil de la lecture que les personnages d’Edmund et de Laura comportent beaucoup de la propre personnalité de Vita Sackville-West.

 

LA TRAVERSÉE AMOUREUSE, Livre de Poche 34239,  ISBN 978-2-253-06949-2

Au temps du roi Edouard de Vita Sackville-West

File:Laszlo - Vita Sackville-West.jpgVita Sackville-West est le nom de plume de Lady Nicolson (née Victoria-Mary Sackville-West),  dans le Kent le 9 mars 1892 et décédée en 1962: poétesse, romancière, essayiste, biographe, traductrice et jardinière anglaise. Elle nous a laissé une œuvre littéraire riche et abondante. Elle fut une femme étonnante, avant-gardiste, moderniste.  Elle a été la première et unique écrivain a avoir reçu deux fois le Hawthornden Prize,  en 1926 pour The land et 1933 pour Collected poems.

Elle fut très connue pour sa vie aristocratique exubérante, son mariage solide avec le diplomate Harold Nicolson, a qui elle a donné deux fils, mais aussi par ses amours saphiques passionnées avec des femmes romancières comme Violet Trefusis (fille bâtarde du roi Edward VII)  et Virginia Woolf, entre autres.

La liaison avec Virginia Woolf date de la fin des années 20 et dura un an; à la fin de cette liaison tumultueuse, Virginia Woolf écrivit son roman Orlando qui a été décrit par l’un des fils de Vita Sackville-West comme « la plus longue et la plus charmante lettre d’amour de la littérature ».  Ce livre, Orlando, a été publié à titre posthume par Leonard Woolf, mari de Virginia.

Christine Orban a écrit  sous le titre de Virginia et Vita,  un excellent livre retraçant cette liaison orageuse,  livre qui a été   commenté dans ce blog en février 2012 (une première version de ce livre datant de 1990 avait été écrit sous le titre de « Une année amoureuse de Virginia Woolf »  par Christine Duhon).  Aussi, depuis la lecture du livre, j’avais le vif désir de lire Vita Sackville-West, c’est chose faite.

Au temps du roi Edward ( The Edwardians, 1930) est l’un des romans les plus connus de Vita avec un autre, publié en 1931, Toute passion abolie ( All passion spent).

Ce livre est excellent,  court mais riche en descriptions acérées sur le mode de vie de cette aristocratie anglaise du début du XXème siècle, oisive et assez dépravée, mais avec un sens hyper aigu des convenances. Nous sommes dans l’Angleterre d’Édouard VII qui vient de s’installer sur le trône; la noblesse et les classes dirigeantes s’affranchissent des sévérités victoriennes. La richesse du roman vient de cette analyse si critique et grinçante de la société « edouardienne » avec des personnages si divers qui permettent une vision sur l’époque (1905) , avec des points de vue très  différents et avec un style élégant, cynique et nerveux. Cette période qui précède la Première Guerre Mondiale est pour la Haute Société un paradoxe entre le respect obsessionnel des convenances et des traditions et en même temps, une décadence avec une recherche effrénée des plaisirs autant par les hommes que par les femmes: les nobles vivent des passions mais ils n’osent les avouer, ils sont immoraux, mais respectent les étiquettes. Il semblerait que la vie des gens bien nés n’était qu’une longue traversée des apparences, mais Vita Sackville-West fait craquer sous les passions, le vernis des bonnes manières.

Ici, Sébastien est le cinquième duc de Chevron, héritier du titre et du château, il évolue dans la meilleure société anglaise et vit des amours clandestines avec des femmes de son rang mais en respectant les apparences. Il ne peut pas échapper à sa destinée qui est de devenir la maître de Chevron et d’assurer une parfaite continuité de son rôle de maître  et de seigneur de tous ceux qui dépendent de lui. Le regard porté par Vita Sackville-West est sans concession et parfaitement juste. Sébastien est un personnage charnière entre ce passé figé dans ses rites et traditions et une modernité qui s’annonce.

Voici quelques passages choisis:

À propos de la domesticité: […] la domesticité de Chevron était admirablement organisée. Celui qui n’avait pas dix ans de service était considéré comme un intrus; au bout de dix ans, il était appelé devant Sa Grâce (Lucie, la duchesse mère de Sébastien) et recevait en cadeau une montre en or avec son nom et la date gravée au dos; Sa Grâce leur adressait quelques paroles d’encouragement, et on les considérait désormais comme de la maison. Mais en dehors de cette entrevue unique, rapide, intimidante, les domestiques subalternes ne voyaient Sa Grâce que très rarement. Tous ne la connaissaient pas de vue et il est certain qu’un grand nombre étaient complètement ignorés d’elle (pg 23).

À à propos de cette société: […]Thérèse (une  bourgeoise, parachutée au milieu de cette meute d’aristocrates) enviait, au lieu de la mépriser, leur prodigieuse suffisance, leur exclusion tacite de tout ce qui n’était pas leur cercle intime. Elle s’émerveillait de l’uniformité de leur apparence: grandes ou petites, grosses ou maigres, jeunes ou vieilles, il y avait une ressemblance indéfinissable dans leurs regards métalliques, dans la ligne dure de leurs bouches, dans le mouvement de leurs mains chargées de bagues et de bracelets. Ces regards, bien que pénétrants, avaient l’apathie d’un oeil de poisson,  de plus, les paupières, à peine ouvertes, enlevaient encore aux yeux un peu de la franche générosité qu’ils avaient peut-être possédée un jour. Thérèse pensait que toutes ces dames auraient dû être dans des vitrines de musée, tellement elles avaient l’air figé. Rien ne viendrait sans doute jamais troubler leur belle assurance; aucune tempête ne pourrait écheveler ces coiffures architecturales, aucune passion ne viendrait ravager ces bustes corsetés. Elle songeait qu’elles ressemblaient à tous les portraits de Sargent qu’elle avait vus, hôtes divines d’un monde à part, pour qui rien de sordide, de mesquin ni de douloureux n’existait, servies par d’innombrables domestiques,par d’innombrables femmes de chambre, coiffeurs, manucures, spécialistes de beauté, pédicures, tailleurs et couturières, sortant de leurs cabinets de toilette parfumées et équipées pour parler aux « Grands de ce monde » (pg 193).

À propos des mariages :  on savait malheureusement que toutes les jeunes filles ne pouvaient faire de brillants mariages et que certaines devaient se contenter de gentlemen fort honorables dont l’Angleterre est pourvue en quantité très satisfaisante. Les soeurs de Lord Roehampton s’étant rendu compte, vingt ans plus tôt, que les couronnes et les plus haut titres ne leur étaient pas destinés, avaient suivi l’exemple de beaucoup d’autres soeurs bien nées, mais trop nombreuses, et, l’une après l’autre, avaient accordé leur main à des gentlemen terriens qui n’étaient pas fâchés d’épouser une fille titrée, et qui, en retour, les faisaient maîtresses d’un agréable château construit sous le roi George, et d’une maison à Londres avec, si possible, un porche dorique (pg 103).

Ce roman me fait penser aussi à l’excellente série télévisée Downton Abbey dans l’Angleterre de 1912 et autour du Domaine de Downton Abbey avec Lord Grantham. Mêmes personnages évoluant dans le même cadre.  Excellente série.

Sur la couverture de l’ édition de Poche de Au temps du roi Edward, figure le tableau intitulé Farewell, de l’impressionniste nord américain Edward Cucuel ( 1875-1954) et qui rend bien cette atmosphère opulente de l’époque. Voici un lien avec quelques tableaux, dont le splendide Farewell:

http://www.edwardcucuelpaintingexpert.com/edwardcucuelpaintings.htm

Et si vous souhaitez voir quelques videos sur Vita Sackville-West:

http://www.babelio.com/auteur/Vita-Sackville-West/3141/videos

AU TEMPS DU ROI EDOUARD, Poche N°32617 ( Bernard Grasset 1933)ISBN 978-2-253-16653-5