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Rouge-gorge (3) de Jo Nesbø

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Jo Nesbø est un écrivain et scénariste norvégien (Oslo 1960), auteur de polars et de livres pour la jeunesse. Son héros récurrent est l’inspecteur Harry Hole, un stéréotype d’inspecteur entre ours-alcoolo-tabagique et loup solitaire qui utilise des méthodes peu orthodoxes pour résoudre les cas, mais qui néanmoins est le meilleur dans sa branche. Les épisodes peuvent se dérouler en Norvège ou à l’étranger.

L’auteur Jo Nesbø a vendu plus de 34 millions d’exemplaires de par le monde et il a été traduit dans plus de 50 langues. C’est tout à fait impressionnant.

Un film est sorti en novembre 2017 sur son livre Le Bonhomme de neige (2007) avec Michael Fassbinder dans le rôle d’Harry Hole: cela correspond au septième opus avec ce détective.

J’ai commenté en mars 2018 mon premier Jo Nesbø: La Soif (2017),  le 11ème de la série et je suis restée pas mal impressionnée  souhaitant en lire d’autres mais dans l’ordre: L’homme chauve-souris (1997) est le premier de la série, commenté en avril 2018, un livre qui m’a plu moyennement car j’ai trouvé qu’il faisait un peu catalogue touristique sur l’Australie, brodé autour de l’assassinat d’une jeune norvégienne; dans le livre on comprend pourquoi l’inspecteur Hole est envoyé aux antipodes par sa hiérarchie: c’est pour se faire pardonner une bourde professionnelle énorme qui a valu la mort d’un collègue alors que l’inspecteur était passablement imbibé d’alcool. En juillet 2018 j’ai commenté le N°2 Les cafards 1998), qui se déroule en Thaïlande où Harry Hole doit résoudre un cas délicat de meurtre d’un diplomate norvégien dans des conditions plus que louches.

Rouge-gorge (2000) est le N°3 avec Harry Hole et cette fois nous sommes en Norvège. Cela a été pour moi une lecture plus que laborieuse car je me suis ennuyée par moments. Disons que j’ai dû lire une centaine de pages avant de comprendre clairement les tenants et aboutissants, puis 300 pages pour ressentir que la lecture devenait palpitante.

Et pourtant le sujet est intéressant: la Deuxième Guerre Mondiale et les soldats norvégiens engagés dans les troupes allemandes, partis faire la guerre avec les allemands. Beaucoup en sont morts et les rescapés ont soit déserté à Leningrad, soit regagné la Norvège où ils furent considérés comme traitres à la Patrie et emprisonnés. Dans ce contexte de nazisme s’insère la trame de Rouge-Gorge qui navigue entre 1944 et l’année 2000 autour de l’existence de groupes néonazis en Norvège et en Suède.

Le pauvre Harry Hole, trois ans après l’affaire thaïlandaise et qui n’est pas tout à fait guéri de son alcoolisme intrinsèque, tout en étant un policier hors pair, va être embarqué dans ces milieux interlopes de néonazis après une bavure (encore une!) avec les services secrets américains à l’occasion d’une visite du président des USA en Norvège et aussi après la terrible mésaventure de sa coéquipière Ellen. La hiérarchie va l’assigner au SSP (Service de Surveillance de la Police) comme une façon de le mettre à l’abri. Au sein de cette branche de la police, il fera la connaissance de Rakel Fauke, une belle femme qui travaille dans le même service et avec qui il se trouvera très vite des atomes crochus. Mais c’est sans compter que Berndt Brandhaug, un conseiller aux Affaires Étrangères (qui ressemble comme une goutte d’eau à DSK…), a jeté aussi son dévolu sur la belle et dans ce cas, la hiérarchie ne trouve rien de plus normal que de délocaliser Hole et de l’envoyer au fin fond de la Suède « surveiller » des groupes néonazis…

Mais le pauvre Harry reviendra très vite à Oslo car l’affaire se complique et on a tellement besoin de lui…

J’ai trouvé toute cette affaire tellement compliquée, tarabiscotée, avec beaucoup trop de personnages qui surgissaient à l’improviste, porteurs de noms difficiles à mémoriser et à différencier. Bref, par moments je pédalais dans la choucroute et cela m’a été désagréable. Le côté sympa du roman tient aux chapitres ultra courts, mais tout de même il faut tenir 600 pages en édition de poche !

Et Rouge-Gorge dans tout cela ? C’est le surnom de Gudbrand Johansen quelqu’un que l’on recherchera longtemps dans le roman et qui pensait que la façon « la plus humaine » de tuer, c’était à la baïonnette en coupant la carotide. Le seul moment jouissif du roman, c’est quand il dégomme Berndt Brandhaug, le magnifique salopard.

Attendons le N°4 et la rédemption avec ce cher Harry Hole.

ROUGE-GORGE, Folio Policier 450, 2018 (JN 2000),  ISBN 978-2-07-270809-1

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows

Résultat de recherche d'images pour "mary ann shaffer annie barrows" Mary Ann Shaffer est une éditrice, bibliothécaire puis libraire américaine (Virginie 1932-2008) qui a fini ce livre avec l’aide de sa nièce Annie Barrows (San Diego 1962):un roman épistolaire inoubliable, paru en 2008 sous le titre The Guernesey Literary & Potato Peel Society. Annie Barrows quant à elle,  est une écrivaine américaine auteur de livres pour enfants, détentrice d’un BA à Berkeley sur Histoire Médievale. L’aide d’Annie Barrows a été nécessaire lorsque la santé de Mrs Shaffer devint défaillante. Ce livre reçut le prix du Meilleur Livre par le Washington Post l’année de sa parution. C’est un livre qui a rencontré un grand succès et qui a été traduit déjà dans plus de 32 langues.

Mary Ann Shaffer découvrit Guernesey en 1976 et se décida à écrire sur cette île Anglo-Normande qui fût le seul territoire britannique occupé par les allemands lors de la DGM.

Ceci est une relecture après la sortie, la semaine avant-dernière, du film éponyme du britannique Mike Newell que j’ai trouvé très réussi; en même temps je me rendais compte que j’avais pas mal oublié les détails du livre qui m’avait laissé à l’époque un très bon souvenir. Et quel plaisir de découvrir à l’affiche du film deux excellentes actrices de la série Anglaise Downton Abbey : Lily James (Juliet Ashton) et Penelope Wilton (Mrs Crowley).

Très curieusement cette relecture m’a laissé un peu moins enthousiaste que la première fois, tout en lui conservant des côtés très-très agréables bien que j’ai ressenti certaines longueurs et un côté assez désuet.

Tout d’abord le sujet historique, peu exploité, voire méconnu, est intéressant. Ces îles Anglo-Normandes « oubliées » par Churchill qui n’a pas voulu les ravitailler pendant l’occupation en se disant que ces denrées allaient être confisquées par les allemands et nourrir ainsi les troupes d’occupation. Cette population civile a réellement connu la faim la plus atroce de tous les territoires occupés et si la population n’est pas morte de faim, c’est parce qu’ils mangeaient la croûte des arbres et les pissenlits par la racine ou peu s’en fallait… Hitler avait envoyé pas moins de 16 000 prisonniers de guerre dans ces îles, prisonniers qui étaient traités comme des esclaves pour construire des fortifications.

Puis il y a le côté si Anglais et si charmant du roman, avec cet humour so British, fait de dérision et de détachement (et Bravo! aux auteures américaines d’avoir su imprimer cette ambiance). Il y a aussi la qualité des personnages secondaires, tellement dotés de  profondeur humaine, chacun avec son propre positionnement face à une réalité très dure. L’Occupation est décrite du point de vue exclusif des îliens, sans interférences extérieures. Un autre point de vue intéressant est celui des occupants: à la fin de cette guerre, ces « pauvres » allemands furent « oubliés » et abandonnés à leur sort par leur État Major : ils crevaient de faim et ne savaient pas à quelle sauce ils allaient être mangés, car des deux côtés, il n’y avait pas de communication.

L’histoire est simple. Une jeune écrivaine Anglaise à succès, Juliet Ashton, reçoit de la part de Dawsey Adams, un fermier de Guernesey,  une demande de documentation sur un très bon auteur Anglais (Charles Lamb). Juliet, généreuse et ouverte, lui en envoie un tome via son éditeur londonien. Ainsi, au fil des lettres, va s’instaurer une correspondance suivie entre Juliet et Dawsey. Peu à peu, Juliet Ashton saura qu’il existe un club littéraire sur l’île, qui a été crée dans le but d’abuser les allemands et de se réunir pour ripailler autour d’une rare nourriture cachée aux occupants. Un des membres du club avait imaginé cuisiner une tourte avec les épluchures de patates…(fort dégoûtante, d’ailleurs)… De cette manière, Juliet Ashton a le sentiment qu’il existe un très bon sujet de roman, d’autant plus qu’elle est en manque d’inspiration.

Au lendemain de la guerre Juliet va partir pour Guernesey rencontrer tous ces gens qui ont échangé une correspondance avec elle et nous aurons droit à la deuxième partie du roman qui va s’ourdir de visu avec le groupe. C’est très humain, très bien vu, drôle et triste à la fois comme la vie même.

Ci-après l’affiche du film:

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LE CERCLE LITTÉRAIRE, 10/18 domaine étranger 2009,  ISBN 978-2-264-05351-0

Sigmaringen de Jean-Paul Cointet

Résultat de recherche d'images pour "jean paul cointet" Jean-Paul Cointet est un historien français (Moulins, 1939), agrégé d’Histoire, spécialisé dans la France de Vichy.

Sigmaringen raconte l’installation du gouvernement de Vichy en Allemagne via Belfort en août 1944. Le Maréchal Pétain et sa suite quittèrent Vichy le 20/08/44 à 7 heures du matin et firent une première halte à Belfort. Le Maréchal quitta la France sur ordre des Allemands et donna à son départ des allures de bousculade afin de donner l’image d’un prisonnier malmené et quelque peu rudoyé, mais c’était une mascarade ourdie par son état major pour se donner  un peu de dignité.

Sigmaringen est le nom de l’immense et hétéroclite château de la seconde branche des Hohenzollern-Sigmaringen (la branche catholique et souabe). Le prince Hohenzollern et sa famille ont été arrêtés le 20 août 1944, le même jour du départ de Pétain de Vichy et ils seront confinés 3 mois dans le château de Wilflingen, pas très loin (12 Km). Le château de Sigmaringen est un monstre de laideur enclavé dans une petite ville de carte postale de 7000 habitants, sur un méandre du Haut Danube.

Le château de Sigmaringen arborait le drapeau français à partir du 7 septembre 1944 et il avait le statut d’extraterritorialité, ce qui enlevait à tous ses résidents la condition de prisonniers. Mais ces français étaient dans une situation ambiguë car l’entretien de la colonie française au château était assuré par une avance faite par le clearing des échanges économiques entre la France et l’Allemagne. À Sigmaringen, Pétain adopte une prétendue position de prisonnier et refuse tout acte qui le mettrait en contradiction avec cela et Laval fuit toute action ayant un air d’acte de gouvernement. Les Allemands, à défaut de pouvoir utiliser Pétain et Laval dans leurs fonctions politiques, pensaient se donner au moins une impression de légalité.

Pour mémoire, au mois d’août 44 la France allait mal, les français souffraient de privations depuis 4 années de guerre, mais l’Allemagne allait mal aussi car l’armée allemande commençait à cumuler les défaites.

A la suite  des manigances de Ribbentrop, l’ancien Ambassadeur allemand pour la France, Otto Abetz, était tombé en disgrâce et Laval a dû alors quitter Sigmaringen, en décembre 1944. Laval, par son attitude en retrait, était un frein, un facteur de démotivation et de démoralisation parmi la colonie française et l’autorité allemande l’a désavoué.

Quant aux autres vichystes (Jean Luchaire, Fernand de Brinon, Marcel Déat, Jacques Doriot, Joseph Darnand, le docteur Bernard Ménétrel, l’amiral Bléhaut,  le général Debeney, Jean Bichelonne, Maurice Gabolde, Paul Marion, etc) ils complotaient en permanence, se querellaient et n’avaient que des ambitions personnelles contrariantes et ce jusque tard dans le conflit.

A la fin de la guerre il y aurait eu pas loin de 2 millions de français sur le sol allemand  : prisonniers de guerre, travailleurs du STO, détenus politiques et raciaux, volontaires en uniforme. Ce contingent d’hommes se répartit en divers groupes inégaux. Les « malgré-eux » qui comptent principalement les prisonniers de guerre et les travailleurs du STO. Les prisonniers de guerre représentent la moitié de l’effectif total de ces Français soit presque 1 million d’hommes (ils étaient 2 millions lors de l’armistice!).  Les travailleurs du STO étaient environ 600 000 hommes. Il faut ensuite ajouter le groupe issu des membres des Chantiers de jeunesse (mouvement fondé en juin 40 par le général de La Porte du Theil): en 1942 les Chantiers mobilisèrent 32 000 jeunes Français : 16 000 furent envoyés en Allemagne et sur les 16 000 autres, 7 000 disparurent dans la nature et 9 000 furent astreints au STO en France. Et puis il y avait aussi les déportés raciaux et politiques, environ 140 000; plus environ 50 000 déportés de droit commun. Et aussi il ne faut pas oublier les « malgré-nous » c’est à dire Alsaciens et Lorrains, mosellans, enrôlés sous l’uniforme allemand (100 000 jeunes hommes en Alsace et 30 000 en Lorraine) qui ont été envoyés majoritairement sur le front de l’Est. Une dernière catégorie de Français sous autorité allemande était composée de ceux qui, à la faveur d’engagements sciemment pris, étaient partis volontaires, militants ou sympathisants de la cause allemande. Puis, en France, sous uniforme français, il y a les miliciens, jusqu’à 24 000 membres en comptant les familles.

Au printemps 45 Hitler vivait sa défaite terré dans son bunker de la Chancellerie. De sa politique avec la France, il aurait dit…c’est à l’égard de la France que l’erreur de notre politique a été la plus complète. Il ne fallait pas collaborer avec eux. Cette politique qui les a servis nous a desservis. ..Notre devoir était de libérer la classe ouvrière, d’aider les ouvriers de France à faire leur révolution. Il fallait bousculer impitoyablement une bourgeoisie de fossiles, dénuée d’âme comme elle est dénuée de patriotisme...

En avril 45 le Maréchal reprend la route vers la France via la Suisse. Il refusera de rester en Suisse comme l’aurait souhaité De Gaulle et se rendra directement en prison en attendant son jugement par la Haute Cour de justice. Une question qui a pesé lourdement lors des procès de Pétain et Laval, était l’incertitude suivante: étaient-ils partis de France en août 1944, en complices, en otages ou en victimes? La propagande allemande avait travaillé une partie de l’opinion vers une version tendant à propager l’idée que Pétain et Laval avaient suivi librement les Allemands.

L’avis de l’historien Cointet à la fin de l’ouvrage est intéressant…c’est l’acharnement à tenter de maintenir du sens à ce passé qui explique l’étonnant activisme déployé par les naufragés du temps de Sigmaringen. Seuls, Pétain et Laval ont fait exception, par leur abstention même. Leur erreur: penser pouvoir justifier ce passé dans la lumière aveuglante des temps nouveaux.

Une lecture très intéressante à faire, l’histoire d’un passé peu connu à découvrir. Les faits vieux de 80 ans sont encore douloureux et font état d’un passé très sombre.

SIGMARINGEN, Éditions Perrin (Tempus)2003,  ISBN 978-2-262-03300-2

Inavouable de Zygmunt Miloszewski

Résultat de recherche d'images pour "zygmunt miloszewski"  Zygmunt Miloszewski est un écrivain, journaliste et scénariste polonais (Varsovie 1976), connu par sa série de romans policiers avec le procureur Teodor Szacki.

Inavouable (2017), paru en Pologne en 2013, est un titre choc pour un copieux polar de plus de 600 pages, mené tambour battant autour d’un sujet véritablement intéressant : la spoliation d’oeuvres d’art à la Pologne lors de la Deuxième Guerre Mondiale (DGM).

Le noeud du sujet est croustillant : rechercher un tableau de Raphaël disparu, le Portrait de jeune homme. Pour traiter cette affaire, la Pologne va constituer une équipe de choc de quatre personnes : Zofia Lorentz spécialisée dans la récupération d’oeuvres d’art pour la Pologne au sein du Ministère des Affaires étrangères, Karol Boznański, marchand d’art et ancien amant de Zofia, Lisa Tolgorfs, suédoise,  une voleuse d’oeuvres d’art intrépide et Anatol Gmitruk, colonel à la retraite des Services Secrets polonais. C’est une équipe de choc, prête à tout, n’ayant peur de rien et au langage très libre, tout au moins pour la torride et très drôle (car une vraie délurée), Lisa. En plus de l’inestimable (et invendable par la même occasion) tableau de Raphaël, Zofia Lorentz les mettra sur la piste d’une série de tableaux de maitres impressionnistes français, inconnus car commandés directement aux artistes et d’une valeur colossale.

Mais non contents d’avoir trouvé une piste de recherche incroyable, le groupe des quatre vont tomber sur des secrets « défense » américains datant de la DGM de la première importance et qui bouleversent l’ordre du monde !

Le sujet est intéressant, voire passionnant, mais j’ai trouvé que le livre était par moments très fouillis. Les quatre personnages principaux, à mon avis, ne sont pas assez bien caractérisés et j’ai eu du mal à les cerner, ne sachant pas bien clairement qui était Karol et qui était Anatol. Entre les filles, la difficulté était moindre parce que Lisa est un tel morceau que on ne peut la confondre avec quiconque. Aussi, dans le texte apparaît page 491 une Joanna Banaszek comme un diable de sa boîte, impossible à la situer de prime abord.

C’est sur que c’est une lecture divertissante, pleine d’humour, d’auto dérision « made in Pologne »  (un Américain moyen prenait tout pour argent comptant, dans un premier temps du moins. Un Polonais moyen était d’emblée persuadé que tout le monde voulait lui faire des crasses, lui planter un couteau dans le dos et lui déclarer la guerre) et défiance patente envers ces « grands enfants » que se veulent les américains, mais où le calcul le plus impitoyable est le primum movens…

Il y a aussi des informations fort intéressantes sur les procédés de laboratoire et les appareils utilisés pour établir l’authenticité d’une oeuvre d’art comme le spectromètre de fluorescence à rayons X portatif ou XRF, ou l’appareil qui détecte l’absence de plomb ou les lampes à infrarouge qui permettent de détecter des traces de charbon dans la peinture noire ou dans le fusain ou le crayon utilisé pour les esquisses.

Au final ce livre m’a procuré plus d’amusement que d’agacement, mais je l’ai perçu assez fouillis quand même.

INAVOUABLE, Fleuve-noir 2017 (ZM 2013),  ISBN 978-2-265-11623-8

Le dernier des nôtres d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre

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Adelaïde de Clermont-Tonnerre est un écrivain et journaliste française (Neuilly -sur- Seine 1976), ancienne normalienne.

Le dernier des nôtres est son deuxième roman, trois fois primé : prix du roman à la Forêt des Livres, prix des libraires Filigranes en Belgique et Grand Prix du roman de l’Académie Française.

Voici un roman polyphonique et populaire qui se laisse lire, la trame est envoûtante avec une enquête policière bien articulée, mais les deux personnages principaux m’ont semblé antipathiques.

La temporalité du récit navigue entre deux époques : New York dans les années 70 et l’Allemagne de 1945 en pleine déflagration de la DGM.

A New York, le prototype du self made man à l’américaine se prénomme Werner Zilch; il est au début de sa fortune immobilière; c’est un coureur de jupons hors catégorie parce qu’il est beau, irrésistible. Dans un restaurant il aperçoit la cheville d’une très jeune femme et décide sur le champ qu’elle est la femme de sa vie, pardon, « LFDSV » comme s’est écrit dans le roman. A partir de cet éblouissement, il part à la chasse de la belle et tous les moyens sont bons. La belle, Rebecca Lynch, est née avec une cuillère d’argent dans la bouche (pardon, avec une ménagère) et elle est insupportable, imbue de sa personne. Il faut dire pour sa défense qu’elle est fille unique et de père richissime (une des grosses fortunes nord-américaines). Mais sa mère est très névrosée et fragile. On saura pourquoi.

En Allemagne et particulièrement à Dresde c’est la déconfiture. L’armée du III Reich se délite, la population erre dans les décombres et n’a pas de quoi s’alimenter. Les blessés se comptent par milliers. Dans ce chaos naît Werner Zilch qui sera sauvé par la meilleure amie de sa mère, dont le mari Johann Zilch est le bras droit de Wernher von Braun, le père des missiles V2. Ici intervient l’Opération Paperclip, vaste et secret projet nord-américain qui a exfiltré plus de 1500 scientifiques allemands travaillant autour des V2 et les a installés à Fort Bliss au Texas. Les nord-américains voulaient certes, s’approprier des connaissances, mais aussi damer le pion aux russes qui avaient les mêmes desseins. Mais Johann Zilch a un frère qui lui ressemble beaucoup et qui fait partie aussi des SS, Kasper Zilch,  et c’est un sujet vil qui hait son frère.

La clé du roman est dans la relation violente et houleuse entre les deux frères : Johann le scientifique bon et doué et Kasper, sadique et tyrannique, jaloux de son frère.

C’est ainsi que le bébé Werner Zilch regagna les USA, dans les bras de sa tante Marthe Engerer qui se faisait passer pour sa mère, Werner étant le filleul de von Braun. Il sera adopté à trois ans par un couple d’américains moyens en mal d’enfant. En grandissant, Werner Zilch voudra connaitre ses origines et fera des recherches poussées (et payées) pour aboutir.

Quant à LFDSV, après des débuts passionnés et prometteurs de la relation, elle va s’éclipser sans donner d’explications pendant un an pour réapparaitre, très perturbée, et pourrir à nouveau la vie de ce pauvre Werner.

Mais ces deux amoureux, Werner et Rebecca, traînent des casseroles : lui avec son adoption et l’incertitude de savoir exactement d’où il vient et elle, avec la névrose de sa mère qui ne lui a pas dit qu’elle a réchappé aux camps de la mort en ayant été utilisée dans le Block A d’Auschwitz.

Il est vrai que c’est une lecture absorbante, trépidante, assez smart puisque ce beau monde côtoie le gratin de Manhattan ( y compris le sémillant  Donald Trump à ses débuts, toujours aussi insupportable), les meilleurs hôtels et demeures, les meilleurs restaurants, etc.

Le livre aborde aussi deux sujets peu connus et incroyables : le plan Paperclip aux USA et l’existence du Bloc 24A à Auschwitz Birkenau, un bordel pour les prisonniers « méritants » entre 1943 et 1945 : l’exploitation de quelques 200 femmes au service sexuel de prisonniers pour augmenter la productivité des forçats.

Lecture facile qui par moments m’a rappelé Cinquante nuances de Grey de E.L. James, tout en étant incomparablement mieux écrit. A d’autres moments je l’ai trouvé assez cucul la praline.

LE DERNIER DES NÔTRES, Grasset 2016,  ISBN 978-2-246-86189-8

La vie aux aguets de William Boyd

William Boyd est un écrivain, scénariste et réalisateur britannique (Ghana 1952) qui, après avoir suivi des études à l’université de Glasgow,  a enseigné la littérature à Oxford. Actuellement il vit entre Londres et la France (Dordogne). C’est un écrivain que je suis depuis ses premiers livres et que j’apprécie toujours; ce sont ses premières publications qui m’ont surtout marquée (Un Anglais sous les tropiques, Comme neige au soleil…).

Dans ce blog, j’ai publié en anglais un billet sur son livre Orages ordinaires (Ordinary Thunderstorms, 2009) en décembre 2012; c’est un  un thriller captivant autour de la recherche « effrénée » de profits  de la part de l’industrie pharmaceutique même quand cela est au détriment des vies humaines, mais c’est aussi  un roman passionnant sur la dépossession d’identité, un thème récurrent chez Boyd : https://pasiondelalectura.wordpress.com/2012/12/22/ordinary-thunderstorms-by-william-boyd/

La vie aux aguets (Restless, 2006) est un roman d’espionnage construit autour du besoin qu’éprouvaient les Anglais à compromettre les Américains afin qu’ils rentrent dans le conflit armé Européen de 1939. Aujourd’hui les révélations sur cette « guerre de désinformation » et de propagande qu’ont mené les Services Secrets britanniques au sein même du sol américain, permettent d’accorder de la véracité à la fiction imaginée par William Boyd. Le roman m’a paru assez captivant, mais j’ai du attendre au moins 50 pages pour me sentir intéressée,  ensuite je n’ai pas pu lâcher le livre, bien que la fin m’ait paru un peu bâclée. À peine un paragraphe pour nous expliquer « l’énormité » commise par Lucas Romer, le boss d’Eva Delectorskaya: Lucas Romer avait dit à Eva un jour qu’il y avait trois raisons pour trahir son pays :l’argent, le chantage et la vengeance; mais en observant le comportement de Romer, Eva avait conclu que c’était plus naturel de haïr l’Angleterre que de l’aimer parce que Romer possédait tout (argent, position sociale, titre, pouvoir) et sa vengeance était d’en rire. C’est aussi un roman sur l’usurpation d’identité et le boulet que cela signifie de passer toute une vie d’usurpateur dans le mensonge.

C’est l’histoire d’Eva, une jeune femme mi-russe mi-anglaise qui est enrôlée par les services secrets britanniques afin d’infiltrer les Américains via la contre-propagande anti nazie. J’ai trouvé fascinante la formation que la jeune femme avait suivie à Manor Lyne en Écosse avec tous les petits détails qui ont conditionné à jamais les synapses de son cerveau, le dotant d’un esprit analytique, déductif, mnémotechnique et définitivement méfiant. C’est un enseignement que nous devrions avoir tous afin de déjouer beaucoup d’aléas malfaisants dans notre vie courante.

La trame du livre est assez bien balancée entre les souvenirs de l’espionne Eva Delectorskaya (1939-1942) et la vie actuelle de sa fille, Ruth Gilmartin à Oxford. Eva, alias Sally Gilmartin donne à sa fille un manuscrit lui révélant sa véritable identité parce que après toutes ces années de camouflage, elle sent à nouveau que sa vie est en danger. Et le lecteur, tout en apprenant la vérité sur le rôle qu’Eva a joué lors de la deuxième guerre mondiale, sera confronté au doute pour démêler le vrai du faux de la paranoia de persécution d’Eva, paranoia que ses maitres ont si bien su lui inculquer .

Une série pour la BBC en deux parties a été filmée et dirigée par Edward Hall avec parmi les acteurs Hayley Atwell, Rufus Sewell, Michael Gambon et Charlotte Rampling et  avec la participation de William Boyd dans le script. Ils ont changé beaucoup de choses dans le film: par exemple, rien n’est dit sur le gagne pain de la fille d’Eva alors que dans le livre, elle donne des cours d’anglais aux étrangers à Oxford. Aussi, je ne sais pas pourquoi, ils ont changé le nom du président de thèse de Ruth qui s’appelle Bobby von Arnim dans la série alors que c’est Bobbie York dans le livre  ; et encore c’est Sylvia, une collègue espionne de Ruth, qui fait passer Eva au Canada dans la série alors que dans le livre c’est un homme, et ensuite elle est tuée mais à un autre moment que dans le livre,  et en outre plein d’autres changements. Voici un lien pour voir la série de presque deux heures de durée et en langue anglaise, avec une première partie sous titrée en italien. Je préfère le livre, plus explicite.

https://www.youtube.com/watch?v=f-pLr7JD8Sw

 

LA VIE AUX AGUETS, Seuil 2007,  ISBN 978-2-02-087232-4

Le confident d’Hélène Grémillon

Hélène Grémillon est un écrivain français (Poitiers 1977) avec une maîtrise de lettres et un DEA d’Histoire.

Le confident est son premier livre, ayant obtenu cinq prix et ayant été vendu à plus de 250 000 exemplaires. Belle réussite pour un premier roman. Un deuxième livre est déjà paru: La garçonnière.

C’est un roman épistolaire dont la lecture me laisse perplexe. J’ai trouvé cette histoire de mère porteuse particulièrement mélodramatique, surchargée de clichés, surabondante en complications scabreuses. Il est vrai que parfois la vraie vie dépasse la fiction , mais ici je n’ai pas mordu totalement à l’histoire. Sur un fond de « drôle de guerre » qui ne sert qu’à cadrer le récit, à lui donner une temporalité, nous avons l’histoire d’Annie à travers l’histoire de Camille (Louise) Werner. Annie a servi autrefois, malgré elle, de mère porteuse à une femme riche et stérile. Mais les choses n’étaient pas aussi limpides et la vérité est bien plus tordue et monstrueuse.

L’histoire que nous raconte Hélène Grémillon est bien construite , mais le style du roman n’est pas extraordinaire, c’est juste que la trame est riche en évènements.

Un livre bouleversant sur des faits hautement rocambolesques; il faut croire que ce livre a beaucoup plu, au vu du nombre d’exemplaires vendus…

LE CONFIDENT, Collection Folio N° 5374,  ISBN 978-2-07-044509-7