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Marie Laurencin, la féerie d’Isaure de Saint Pierre

Afficher l’image source Isaure de Grosourdy de Saint Pierre est une écrivaine et journaliste française (Paris 1944), auteure de plus de 60 romans…

Marie Laurencin, la féerie (2019) est le premier ouvrage que je lui lis, attirée par cette nouvelle biographie d’une artiste que j’apprécie.

J’avais déjà lu l’intéressante et intimiste biographie écrite par sa filleule, Benoîte Groult, intitulée simplement Marie Laurencin (1987) enrichie de nombreuses illustrations. Puis je possède aussi la biographie de Bertrand Meyer-Stabley , intitulée aussi Marie Laurencin (2011), illustrée de nombreuses photos de l’artiste et fourmillant de détails sur sa vie:

(https://pasiondelalectura.wordpress.com/2014/06/29/marie-laurencin-de-bertrand-meyer-stabley/).

L’ouvrage de Madame de Saint Pierre se lit avec plaisir car elle retrace sans parti pris ce que fut la vie mouvementée de cette artiste si originale et caractéristique. J’aime ses évocations de femmes évanescentes, aux yeux de biche, éthérées et toujours élégantes, attifées de perles et/ou de fleurs et ce « rose laurencin » si évocateur, si pastel. Souvent dans ses tableaux et lithographies, figure la petite guitare offerte par Guillaume Apollinaire, son compagnon durant 5 ans, qu’elle n’oublia jamais malgré leurs fréquentes et violentes disputes.

Marie Laurencin (1883-1956) était une fille naturelle dont le père, un notable, lui fit donner une bonne éducation. Sa mère était une femme plutôt distinguée, couturière et brodeuse reconnue. Depuis son jeune âge, Marie va se dédier à la peinture et subir une solide formation auprès d’artistes connus. Assez vite elle va trouver son chemin artistique au milieu d’une époque très riche en talents.

Elle se mariera une seule fois, en juin 1914, avec un peintre allemand, le baron Otto von Wätjen et deviendra automatiquement allemande, ce qui lui vaudra des ennuis sérieux lors de la Première Guerre Mondiale. Le couple devra se réfugier en Espagne afin de faire oublier le fait d’être allemands; Marie Laurencin voudra très vite divorcer pour cause d’incompatibilité de caractères, mais la formalité sera très longue et ne sera effective qu’en 1921.

Elle redeviendra la Parisienne en vogue et va s’entourer d’écrivains tels que André Gide, Max Jacob, Marcel Jouhandeau, Jean Paulhan, Lewis Carroll, Henri-Pierre Roché, Jean Cocteau et d’autres. La vie de Marie Laurencin fut riche et tumultueuse, elle connut le succès de son vivant, mais son style est devenu démodé après la DGM.

Pendant la DGM elle aura une attitude ambivalente se montrant égoïste et futile pour elle même, ne cachant pas son admiration pour l’occupant allemand mais ruant dans les brancards lorsqu’on touchait à ses amis juifs. Néanmoins, malgré ses contacts haut placés, son appartement fut réquisitionné et elle sera logée par des amis; vingt-huit de ses tableaux auraient pu être volés par Göring si elle n’avait pas été alertée à temps. Elle sera détenue par l’armée française de libération, parquée à Drancy puis libérée 11 jours plus tard.

Elle n’a pas eu de descendance mais a adopté Suzanne Moreau, sa dame de compagnie et a legué son oeuvre à la Fondation des orphelins d’Auteuil. A sa mort son ami Marcel Jouhandeau écrit « elle est morte, quelle féerie s’achève », ce qui a dû inspirer le titre du livre?  Elle a réalisé durant sa vie quelques 1 800 peintures, aquarelles, décors de théâtre et illustrations de livres.Résultat de recherche d'images pour "marie laurencin"

MARIE LAURENCIN, Albin Michel 2019,  ISBN 978-2-226-44096-9

Pamela de Stéphanie des Horts

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Stéphanie des Horts est une romancière française, journaliste et critique littéraire (Tours 1965) auteure de quelques 8 livres et  elle serait spécialisée en littérature anglo-saxonne (Shakespeare, Jane Austen).

Pamela (2017) est une biographie romancée de Pamela Digby, fille du onzième baron Digby, une lignée de hobereaux désargentés du comté de Hampshire, au sud de l’Angleterre, une jeune fille de bonne famille devenue une courtisane de haut vol et qui a mené une vie trépidante et aventureuse à la « recherche du grand amour » si possible riche et glamoureux (pour employer un anglicisme). C’était une belle rousse intelligente avec un grain de peau magnifique et de bonnes manières, ayant le don des relations.

Pamela Digby se maria en premières noces avec le fils unique de Winston Churchill, Randolph Churchill, et ce fut un échec rapide et retentissant. De ce mariage très court naquit son seul enfant: Winston Jr. Randolph Churchill était alcoolique et joueur invétéré. En revanche, le beau père de Pamela, Winston Churchill, « dear papa« , l’appréciait beaucoup et recherchait sa compagnie. Cet homme politique a contribué à sa formation et ils sont restés en contact bien au delà du divorce.

Par la suite elle cumulera les amants aux noms prestigieux : Charles Fulke Greville, Ali Khan, Ed Murrow (son premier amant « pauvre »), Gianni Agnelli, Frank Sinatra, Maurice Druon, Stávros Niárchos, Porfirio Rubirosa, Élie de Rothschild, Leland Hayward qui l’a épousée, Averell Harriman (son dernier mari)…Elle a su garder le contact avec presque tous les hommes qu’elle a aimé car chaque fois elle croyait qu’elle tenait un vrai amour et se donnait entièrement avec chaque relation.

D’après le roman, l’homme qu’elle aurait le plus aimé ce serait Gianni Agnelli qui n’a pas voulu l’épouser.

A la fin de sa vie elle a réussi à se faire épouser par Averell Harriman et, devenue veuve à Washington, elle s’est montrée sans égal pour orchestrer des diners afin de récolter des fonds pour le parti démocrate. Elle a contribué ainsi à l’élection de Bill Clinton qui l’a nommée Ambassadeur des EEUU à Paris, en remerciement des services rendus.

Et c’est à Paris qu’elle est morte d’un AVC, dans la piscine du Ritz où elle se rendait chaque matin pour y faire ses longueurs…

Quel tempérament cette femme ! Quelle vie elle a mené ! Quelle ambition démesurée !

Le roman est dans un style assez télégraphique avec des phrases courtes et percutantes, c’est efficace pour raconter le personnage de Pamela Harriman, son dernier patronyme. Et l’on retrouve presque les mêmes personnages que dans le livre de Melanie Benjamin, Les cygnes de la Cinquième Avenue (2016).

PAMELA, Livre de Poche N° 35295, (SdH 2017),  ISBN 978-2-253-23799-0

Des Éclairs de Jean Echenoz

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Jean Echenoz est un écrivain français (Orange 1947) qui a fait des études de Sociologie et de Génie civil. On vient de lui décerner le huitième Prix BnF (2016) pour l’ensemble de son oeuvre. Sa technique d’écriture est particulière car il alterne les figures de style, les jeux de mots, l’ambiguïté et use d’un symbolisme autour des noms propres de personnages. On dit aussi qu’il écrit des romans géographiques car on voyage beaucoup en le lisant. Il a su décaler son univers romanesque vers la sotie ou vers les récits excentriques à la façon d’un Sterne ou d’un Diderot, d’un Perec ou d’un Queneau. C’est un romancier inventif, un champion de la toponymie, un « nouveau romancier » mais pas  un romancier nouveau.

C’est le sixième livre d’Echenoz dans ce blog, la lecture a été toujours un plaisir renouvelé, car ses sujets varient beaucoup.

Je commence à lui trouver une petite ressemblance avec Jean-Paul Dubois, tous les deux très éclectiques et pince-sans-rire, avec une petite nuance il me semble : Dubois approfondit un peu plus la psychologie de ses personnages. Je les apprécie énormément tous les deux.

Des Éclairs (2010) est le dernier volet du cycle romanesque de 3 vies : une biographie basée sur la vie de l’ingénieur serbo-croate Nikola Tesla et le troisième après Ravel (2006) et Courir (2008) (sur le coureur tchèque Emil Zátopek). Je n’ai pas lu ni le premier ni le deuxième mais le troisième m’a intéressé à cause du nom Tesla porté par la voiture Tesla Model 3 que j’ai eu la chance d’essayer aux USA. Étonnante voiture. Et ce nom, qui a été invoqué par le propriétaire de la voiture a piqué ma curiosité, je ne savais rien sur lui.

Mais attention, le lecteur est prévenu par le romancier, il s’agit d’une « fiction sans scrupules biographiques » ! Et pour commencer, Jean Echenoz l’a prénommé Gregor tout court à la place de Nikola.

Nikola Tesla est né au sein de l’empire austro-hongrois, en terre croate bien que de famille serbe en 1856  et il est mort en 1943 à New York. Il a été très tôt brillant et a initié des études d’ingénieur, jamais achevées pour des raisons d’argent. Il n’empêche qu’il a été très tôt repéré et a pu partir aux USA directement dans le laboratoire de Thomas A Edison, patron de la General Electric qui l’a mal utilisé. Ensuite, il a atterri chez Georges Westinghouse, patron de la Western Union, éternel rival d’Edison et richissime homme d’affaires qui va le prendre sous son aile pour aussi l’exploiter et, notamment devenir encore plus riche grâce aux retombées de l’application du courant alternatif développé par Tesla. Les épisodes où Edison essaie de se venger de Tesla sont d’un comique supérieur notamment la supposée invention de la chaise électrique par un coup de marketing publicitaire absolument génial.

Mais ce Tesla était un homme hors du commun, au physique comme au mental. Au plan physique, il mesurait 2 mètres et il était très bel homme. Au mental, c’était une intelligence supérieure, polyglotte, ayant le don de l’éloquence voire du baratin, inventeur-né mais un peu fou en plus d’antipathique, maniaque, mauvais caractère, asexué et dépensier. Aujourd’hui on le qualifierait de sociopathe (mais c’est le sort inéluctable de tout vrai génie, non?).

Il fût un inventeur incroyable, un concepteur du courant alternatif, un précurseur du tout électrique mais un piètre homme d’affaires. Il a déposé quelques 300 brevets, mais mal défendus et il se les a fait voler. On l’a traité de génie mais aussi d’imposteur car il excellait à parader et montait des numéros pour l’épate, dignes d’un cirque et loin de la science pure.

Il était bourré de manies et de phobies comme l’aversion aux microbes. Mais il était fasciné par les oiseaux et notamment par les pigeons qu’il nourrissait, chérissait, soignait.

Le livre fourmille d’anecdotes, de nature scientifique ou tout à fait pédestres. Celle qui m’a fait le plus fait rire mais en même temps presque pleurer de compassion, c’était lorsqu’il tombe amoureux d’une pigeonne, assez racée mais pigeonne quand même. Cela jouxte le pathétique.

C’est un petit livre (175 p.) qui se lit très bien mais qui ne va pas en profondeur du personnage singulier que fut cet homme. En revanche c’est d’une grande drôlerie voire d’une cruauté certaine par moments. Un petit bijou.

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Le beau et ténébreux Nikola Tesla. Quel regard.

DES ÉCLAIRS, L’Éditions de Minuit 2010,  ISBN 978-2-7073-2126-8

Gala de Dominique Bona

Résultat de recherche d'images pour "gala dominique bona" Dominique Bona (de apellido de soltera Conte) est una escritora francesa (Perpiñán 1953), galardonada con varios premios, miembro de la Academia Francesa desde 2013 (octava mujer inmortal desde la creación de la Academia en 1635).

De Dominique Bona había leído Berthe Morisot (2002) una excelente biografía sobre la única pintora francesa perteneciente al grupo de los impresionistas; su vida y su lucha para lograr ser pintora reconocida, algo difícil para una mujer que supo conservar su vida burguesa y casarse, muy a lo tarde, con el hermano de Eduardo Manet, una pasión ocultada y sobre la cual no existe ningún documento escrito. El libro sobre Berthe Morisot obtuvo el Premio Bernier de la Academia de Bellas-Artes.

Gala (1995) es otra biografía excelente, esta vez sobre una mujer secreta que fue la musa de artistas de primer plano.

Elena Diakonova nació en Rusia en 1894; a los 18 años, conoció en un sanatorio suizo en Davos al aspirante poeta que era en ese tiempo Paul Eluard, de su verdadero apellido Paul Eugène Grindel. El apodo de Gala data de esta época y ya no lo dejará más. A pesar de la oposición de ambas familias los dos jóvenes se casarán y vivirán estrechamente en Paris, ayudados por la familia Grindel; la pareja tendra una hija, Cecilia, de la cual Gala no se ocupará nunca, cerrándole incluso la puerta de su casa. El poeta en ciernes ve en Gala la imagen de una torre, inaccesible, altiva e imposible de tomar. La personalidad de Gala no conlleva dulzura alguna. Más bien es una sensación de fuerza, de invulnerabilidad. La melancolía constituye en Gala su naturaleza profunda. La gobierna con un fondo de humores lúgubres. El matrimonio no la ha cambiado: la mujer se asemeja a la muchacha, se muestra con mucho más frecuencia sombría, inquieta, incluso angustiada, que alegre o feliz. Es una mujer atormentada que, con haber conseguido lo que quería-casarse con su poeta francés-sigue buscando su camino. Gala no es una artista. No escribe, no pinta, no dibuja. No crea. Pero lo que la interesa guarda siempre relación con el arte: la pintura, la escritura, la decoración, el sueño.Gala e Paul Éluard

Rápidamente conocerán a un grupo de poetas formado por André Breton, Luis Aragon y Philippe Soupault, grupo al cual Eluard quedará fuertemente unido(a la derecha una foto de Gala con Eluard).

Vivirán intensamente el movimiento de los dadaistas nacido en Zurich en 1916, un movimiento subersivo: son pacifistas que rechazan la guerra. En Paris es Guillaume Apollinaire quien revela el movimiento a André Breton; este movimiento ha creado émulos en Barcelona con Picabia que se afincará en Paris. A Gala y a Eluard Dadá se les aparece como una diversión, una ocasión de armar bulla. En el café El Certá se reúnen los dadaistas y durante horas juegan a conceder notas, de -20 a +20, a escritores, científicos o políticos, pero también a sentimientos, abstracciones, actitudes…Porque Dadá lo ordena formalmente: hay que huir del tedio, huir de la gente seria, de la gente razonable…Hay que ser ligero, fútil, y sobre todo no hacer nada útil, obligatorio o necesario…Ser poeta, estar loco, y, si posible, apostar por todo, tal es el ideal de la vida.

Es de notar que a pesar de ser un libro dedicado a Gala, se lee más sobre sus hombres que sobre ella misma. Hay páginas y páginas sobre Eluard, Ernst, Dalí y muy poco sobre ella que nunca expresó sus sentimientos y que aborrecía mirar hacia atrás.

En 1921 la pareja conocerá al pintor alemán Max Ernst allegado al movimiento dadaista. Harán un viaje hasta el Tirol para conocerlo, es guapo y robusto, lo que impresiona a la pareja Eluard que son más bien enfermizos. Pero la pintura de Ernst constituye un verdadero viaje a los infiernos porque su arte brota del subconsciente, desconocido y misterioso. La amistad entre Eluard y Ernst será un verdadero flechazo. Gala no es algo que esté en juego entre ambos hombres. Ernst y Eluard, que se entienden de maravilla, no son rivales. Ella es la prenda misma de su amistad, es su mutuo intercambio, es su mujer en común. Se quieren a través de ella.Image associée

Max Ernst llegará a Paris a convivir bajo el mismo techo con la pareja Eluard que lo alberga, lo nutre y lo incita a pintar. Harán durante un buen tiempo un « ménage à trois » sin ningún problema de rivalidad hasta el año 1922 cuando Eluard comienza a dar signos manifiestos de sufrimiento. El poeta desaparecerá en marzo 1924 sin dar señales hasta 4 meses más tarde desde Saigón. Gala y Ernst partirán a su encuentro.

Gala ha hechizado literalmente a estos dos hombres, pero ha enaltecido los genios creadores : su marido con la poesía y Ernst con su pintura (a la derecha una foto de Max Ernst).

Y mientras Eluard huía del ménage à trois, nacía en Paris el surrealismo con André Breton a la cabecera; los poetas se reúnen ahora en otro café. Surrealismo= automatismo psíquico puro mediante en cual se propone uno expresar, ya verbalmente, ya por escrito, ya de cualquier otro modo, el funcionamiento real del pensamiento.

Paul Eluard se lanza a la batalla firmando un texto colectivo. Gala se aburre. La pasión por su marido no la colma como antaño y tiene aventuras paralelas a las de Eluard. Viajan mucho. En 1929 Eluard conoce a Dalí en una galería, es un joven pintor desvalido y tímido, pero que lo invita a visitar su taller en Cadaquès. La descripción del Dalí de 1929 : desgarbado, bronceado como un árabe, pelo muy negro y engominado, camina dando saltitos con unos andares tan poco naturales como su indumentaria: con su pantalón blanco y estrecho, su camisa de seda con pechera en la que sobresale un collar de perlas, se asemeja más a un bailarín de tango argentino que a cualquiera de los autóctonos que se cruza uno por la calle. Eluard y Gala divorciarán en 1932.

La pareja Dalí (25 años)-Gala (35 años) está hecha. No se quitarán más, se casarán en 1934. Otra vez Gala en el papel de musa absoluta, de iniciadora, sin jamás revelar sus secretos de pareja. Dali se convierte de inmediato en un admirador, un loco de amor, es aún un niño que necesita protección y a Gala le gusta dominar. Tendrá bajo su férula a un hombre como los que a ella le gustan, es decir, un artista a quien brindarle su tiempo, su energía, su concentración como una madre con su hijo, exigente, perfeccionista, pero utilizando con él todos sus poderes de mujer, utilizando su cuerpo, utilizando su hechizo, podrá estimularle, animarle, mimarle, para hacerlo digno de todos sus dones, de todos sus sacrificios.

Dalí ama a Gala, que alienta su narcisismo. Se ama a si mismo a través de Gala. El amor no es para él sino una forma sublimada del amor a si mismo.

Gala será el orfebre de la ascensión fulgurante de Dalí en el mercado del arte. Ella es la negociadora de contratos y pedidos. Los primeros clientes del pintor serán los norteamericanos ricos y la pareja Gala-Dalí volverá rica en millones tras la estadía de 8 años en EEUU (1941-1949) al final de la SGM. La estadía americana valdrá al pintor el anagrama de Avida Dollars, pero es a Gala a quien se lo deben dar porque ella es la ávida negociadora.

Es un libro sobre Gala; pero hay muy poco de Gala. Se la adivina más que se la cierne. Un libro más que interesante, rico en datos sobre esta época en Paris que marcó la evolución del Arte moderno.Image associée

Gala y Dalí en la época de su encuentro.

GALA, Tusquets Editores 1996 (DB 1995),  ISBN 84-7223-964-0

Balzac (Le roman de sa vie) de Stefan Zweig

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Stefan Zweig ( Vienne 1881-Brésil 1942) est un immense écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien; il fait partie des grands littérateurs du XXème siècle, à la hauteur d’un Musil, un Márai, un Joseph Roth et d’autres. Il faisait partie de l’intelligentsia juive viennoise, mais il a dû fuir son pays en 1934, en raison des évènements politiques.  Avec son épouse Lotte, ils s’étaient exilés au Brésil où ils se donneront la mort en 1942 à l’aide d’une dose létale de barbituriques par désespoir et avec l’intuition profonde de la fin de leur monde culturel.

Son oeuvre est vaste, peu de romans mais beaucoup de nouvelles et quelques biographies qui sont devenues des références incontournables.

J’ai déjà commenté ici en février 2014 sa nouvelle Le voyage dans le passé qui date de 1929 et qui fait partie d’un lot de documents retrouvés à Londres. C’est une histoire d’amour assez tragique et romantique d’où Patrice Leconte tira le film Une promesse sorti en avril 2014, un beau film.

Stefan Zweig excelle dans la biographie, avec un travail très fouillé. Je garde un souvenir ébloui de la biographie de Marie Antoinette avec un portrait très humain de cette reine de France si mal aimée. La biographie sur Balzac, un de mes auteurs préférés, est un autre monument qui aurait coûté 10 années de travail à Zweig et qui ne fût publiée qu’en 1946, soit 4 années après le suicide de l’écrivain, un livre qui a été fini par l’éditeur londonien de Zweig, Richard Rosenthal, lequel s’explique dans la post-face du livre datant de 1945.

Dans Balzac, le roman de sa vie nous suivrons la vie de Balzac pas à pas. Son enfance malheureuse car privée de la présence et de l’affection de sa mère, ce qui va déterminer l’affect du romancier. Et le fait qu’à peine sorti de l’adolescence, il a dû gagner sa vie afin de ne rien coûter à ses parents qui n’approuvaient pas son inclinaison pour la littérature.

Cette pression économique sera telle que très vite, l’écrivain  a fait de « l’alimentaire » en littérature. Ce n’est qu’autour de sa trentième année que la production littéraire gagnera en qualité.

Honoré de Balzac a laissé une oeuvre immense, il a crée une cathédrale avec sa Comédie Humaine: en seulement 20 ans il nous a laissé 74 romans dont plusieurs chefs-d’oeuvre avec des centaines des paysages, de maisons, de rues et 3 000 personnages/études psychologiques dont une centaine sont inoubliables, représentant tous les types sociaux; c’est une oeuvre d’un grand réalisme, une « histoire complète de la société française au XIXè siècle » au dire de Balzac lui même. Le génie balzacien c’est celui d’une puissance créatrice hors normes.

Mais cette surproduction forcée a nécessité une force physique colossale avec un emploi du temps reglé et sévère et la consommation de litres de café fort qui ont fatigué et usé son système nerveux. On pense aujourd’hui que cette écriture forcée était l’oeuvre d’un monomaniaque et cette monomanie restera chez lui la condition de tout succès.

Son cadre de travail était sa petite table rectangulaire à quatre pieds qu’il a sauvé des ventes aux enchères et aux catastrophes, à gauche de sa table un tas de feuilles blanches bleutées et bien lisses pour ne pas trop fatiguer les yeux et ses plumes de corbeau affutées soigneusement par lui même. A droite de la table, un carnet où il note ses trouvailles et ses idées pour les chapitres à venir. Et le café, qu’il consommait sans modération et préparait lui même, était fait d’un mélange de trois espèces de grains. On a calculé qu’au bout de 20 ans, ce sont 55 000 tasses de café que Balzac a du ingurgiter pour se tenir éveillé et fournir cette production infernale afin de régler ses dettes.

Malgré une rapidité de production des publications, cet homme n’a jamais connu l’aisance économique, mais bien au contraire, il a tiré le diable par la queue sa vie durant. Son premier grand succès fut Le colonel Chabert et le second, Eugènie Grandet. Et c’est après la publication de son Médecin de campagne qu’il a eu l’idée de relier tous ses personnages pour en former une société complète.

La personnalité de Balzac était démesurée, tout en lui était surdimensionné. Il dépensait l’argent sans compter et avant même de l’avoir gagné. Il vivait en permanence dans des chimères qu’il montait lui même et toutes les entreprises qu’il mena, furent un échec cuisant : l’imprimerie, la fonderie de caractères, sa maison des Jardies à Ville d’Avray, etc.  C’est un homme de la perpétuelle démesure : quand il admire, il faut qu’il tombe en extase; quand il travaille, il peine comme un galérien; quand il s’épanche auprès de quelqu’un, il faut que ce soit une surabondance, une orgie de confessions. Balzac ne peut respirer que dans une atmosphère embrasée; la démesure reste l’unique mesure à sa taille. son tempérament sanguin est étrangement porté à oublier les désagréments, et les obligations, si elles ne sont pas pressantes, sont comme si elles n’étaient pas.

Sa vie sentimentale ne fut pas très heureuse. Son premier amour fut une voisine de ses parents, Mme de Berny, la Dilecta, âgée de 45 ans alors que lui avait un peu plus de 20 ans; de toute évidence il a cherché cet amour maternel si  bienveillant et protecteur, tel qu’il lui fit défaut et cet amour lui valut une phrase devenue immortelle « il n’y a que le dernier amour d’une femme qui satisfasse le premier d’un homme ». Son dernier amour, Eva de Hanska, qu’il a épousé à Metz,  n’en voulait qu’à sa gloire d’ écrivain et lui, qu’à ses titres et ses millions.

Physiquement Balzac était un molosse de petite taille, trapu, lippu et édenté, mal fagoté, mais avec un regard d’une rare acuité. Ses manières laissaient à désirer et son goût vestimentaire était totalement kitsch. Il se voulait un dandy parfait, mais les gens se moquaient de lui par derrière sans que cela le perturbe car il avait trop de vitalité, de tempérament, il voyait les choses de trop haut et aux sourires railleurs il répondait par un gros rire rabelaisien.

Le docteur André Jeannot, psychiatre, a écrit une excellente monographie sous le titre Balzac, le forçat de la gloire (ce qui lui colle très bien) sur l’anomalie mentale bénigne de Balzac ou hypomanie, compatible avec le génie. Il explique la tachypsychie ou la « fuite des idées » de Balzac avec son débit cérébral accéléré qui entraine sa « pure pensée » dans une festivité verbale à laquelle participe la triomphale saturnale de tout son être, y compris « son sang et ses muscles ». Le docteur Jeannot cite amplement à Zweig dans son ouvrage.

Balzac avait l’habitude de ne pas tenir ses engagements. Dans ses opinions politiques comme dans ses opinions littéraires, dans ses amours, dans ses amitiés, il est toujours prêt à se renier, affiche un parfait manque de constance et de scrupule. L’écrivain qui sera toujours en imminence de planter l’oeuvre pour un emploi plus lucratif, qui a abandonné le roman populaire pour l’édition, l’édition pour l’imprimerie, l’imprimerie pour le roman, aurait abandonné le roman pour le théâtre, le journalisme, la politique, la prospection des mines, la concession des canaux, la plantation d’ananas à Ville d’Avray!, et dans les dernières années, n’ambitionne plus rien qu’une autre fonction, un autre métier: celui de prince consort d’une comtesse milliardaire !

Le docteur Jeannot remarque justement le caractère monomaniaque de la convoitise qui entraine les héros balzaciens : quelle passion les mène? Ils ne le savent pas eux-mêmes. Toujours plus de titres pour Rastignac, de faiblesses paternelles pour le père Goriot, de sensualité pour Hulot, d’or pour Grandet. Le désir du héros balzacien n’a pas de fin. La fin du roman dans lequel il s’incarne n’est, elle même, jamais que la fin d’un chapitre de La Comédie Humaine. Chez Balzac, toujours en projection au-delà de l’impossible présent, le mot « Fin » ne fait pas partie du vocabulaire.

L’homme qui, au long de sa vie, démontra son incapacité à ordonner le sens et le courant de son vécu,  a dirigé avec une sûreté rare l’existence de ses héros. L’homme a buriné des figures éternelles. L’homme qui n’obtint que la ruine dans ses activités commerciales, réussit magnifiquement son entreprise littéraire. L’homme qui ne fut fidèle à rien, fut d’une inflexible fidélité pour son oeuvre. La grandeur de Balzac est d’avoir vécu souverainement à l’intérieur de sa Comédie.

Page 249 le docteur Jeannot écrit que pour donner la mesure de la vie relationnelle de Balzac, il suffit de rappeler que nul de ses personnages n’est inventé, que tous, fût-ce le plus secondaire, furent examinés, écoutés, scrutés par lui. La démesure de son oeuvre n’est donc pas inversement mais directement proportionnelle à la démesure de son élan vers les gens et les choses. Toutes deux sont marquées du sceau de l’avidité intrinsèque.

Aussi, le psychiatre remarque la logorrhée extrême de l’écrivain et une fantaisie ludique des rapports qui lient le monde au moi balzacien. Le véritable niveau en est celui d’une rêverie parlée et mimée, par sa redondance, son clinquant, son enflure ambitieuse, expansive, exubérante, nourrie d’idées de richesses, de puissance, de confiance, de certitude immédiate de bonheur et de satisfaction, les chimères balzaciennes ressortissent d’un délire verbal. Chez Balzac tout ce qui est pensé est parlé et c’est par la parole qu’il assure le contact avec les autres.  Balzac, le plus logorrhéique de tous les écrivains, a les idées délirantes de sa logorrhée. Et quand chez cet écrivain les lèvres cessent de discourir, c’est à la plume de courir et l’oeuvre, dont l’ampleur, la profusion des thèmes, des images et des personnages, le style capricieux et empressé, la longueur des développements, évoquent  cette incontinence logorrhéique.

Le docteur Jeannot cite une excellente phrase d’André  Maurois sur l’oeuvre de Balzac…ces hommes et ces femmes sortis de son imagination vivent pour nous autant et plus que les vivants.

BALZAC, Livre de Poche 13925 (SZ 1946),  ISBN 978-2-253-13925-6

Le français qui possédait l’Amérique de Pierre Ménard

Résultat d’images pour pierre menard le français qui possédait l amerique Pierre Ménard est un écrivain français (Paris 1991) avec un diplôme d’HEC. Il a déjà à son actif deux autres publications antérieures a celle-ci à moins de 25 ans.

Le français qui possédait l’Amérique (2017) est un livre passionnant et très intéressant qui a nécessité deux années de travail et des recherches dans les archives  de plusieurs pays. De plus, il est écrit dans un style amène, facile et agréable à lire. On voudrait retenir un maximum d’informations, tellement le livre foisonne en faits historiques de grand intérêt. Le détail qui m’amena à cette lecture est ce patronyme : CROZAT (à bon entendeur, salut!).

Ce grand inconnu et inspirateur de cette biographie incroyable est Antoine Crozat (dit Antoine II dans le livre), un manant dont le grand-père était bonnetier à Albi et le père, Antoine I, était aussi marchand ; Antoine II est né à Toulouse en 1655 et mourra à Paris  en 1737 à l’âge de 82 ans, un record de longévité pour l’époque. Cet Antoine Crozat va s’initier à Toulouse au maniement de l’argent auprès d’une relation de son père, Pierre-Louis Reich de Pennautier qui occupe la charge de trésorier général de la Bourse des États du Languedoc, une des provinces les plus riches de France, et il occupe aussi l’office de receveur général du clergé de France.

Antoine II va s’écarter de son mentor vers 1690 car il fera l’acquisition de l’une des charges les plus importantes du royaume : receveur général des finances de Bordeaux. Il devient à 34 ans l’un des principaux financiers du Roi-Soleil. Il va se marier à 35 ans à Marguerite Le Gendre de quinze ans sa cadette qui lui donnera 4 enfants, 3 garçons et une fille.

A la mort d’Antoine I, il deviendra encore plus riche car son père, pour conserver sa fortune, l’a legué essentiellement à Antoine pour en faire un chef de famille, un chef de clan; il sera surnommé d’ailleurs Crozat le Riche en opposition à son frère Pierre qui l’a succédé chez Pennautier et qui sera appelé Crozat le Pauvre (tout relatif). Antoine est un rapiat alors que très vite Pierre, dès l’âge de 18 ans commencera sa prodigieuse collection d’art (500 toiles, 350 sculptures, pierres gravées, bagues de pierres précieuses, vint mille dessins).

L’ascension sociale des Crozat sera fulgurante. Antoine fera construire son palais rue des Victoires puis fera construire le Ritz, mais aussi un autre palais comme dot pour sa  fille, Marie-Anne, ce sera l’Elysée, faisant partie d’une dot fabuleuse afin qu’elle puisse épouser un vrai noble; après moult négociations ce sera Louis-Henri de La Tour d’Auvergne comte d’Evreux, quatrième fils du duc de Bouillon, une des plus prestigieuses familles du royaume et de 21 ans l’aîné de la fille Crozat. La lignée des La Tour d’Auvergne est horrifiée à l’idée de cette mésalliance et on ne cessera de l’humilier malgré une dot véritablement colossale, à tel point que le mari, une fois enrichi grâce aux négoces du beau-père et à sa spéculation sur la monnaie fiduciaire de Law, va demander le divorce et ira jusqu’à rembourser la dot afin de laver son sang de cette mésalliance.

A l’origine de l’immense fortune : les trafics en tout genre, le commerce d’esclaves, le négoce de marchandises exotiques (coton, épices, riz, thé, ivoire, encens, salpêtre, myrrhe, vitriol, camphre, ammoniac, bois de santal, cire, rotin et surtout de soieries), de l’argent et de l’or, la finance à outrance et l’achat de terres et de seigneuries en masse. L’usurier Crozat prête au Roi et sa condition de maltôtier, méprisée par l’aristocratie mais aussi le bas peuple, fera qu’il sera l’objet de libelles et de pamphlets en tout genre au XVIII siècle. Il sera le premier bailleur de fonds privé de la monarchie.

Il possédera la majeure partie de la Louisiane française, position stratégique et qui assure les positions françaises en Amérique. Le territoire concédé par Louis XIV est immense : il lui promet la propriété à perpétuité de tous les bâtiments qu’il y édifiera et de toutes les terres qu’il cultivera et l’autorise à faire venir une cargaison d’esclaves chaque année. Mais cette terre de Louisiane est une terre inculte, peuplée de sauvages et de vauriens, sans possibilité de commerce et administrée par des imbéciles (pg 238). Une ville sera fondée sous le nom de Nouvelle- Orléans en l’honneur du Régent.

A la mort de Louis XIV en 1715 c’est le dernier arrière petit fils du monarque âgé de 5 ans qui hérite du royaume sous le nom de Louis XV, règne qui sera précédé par la Régence en attendant la majorité de l’enfant. Au moment de la Régence Antoine Crozat est à l’apogée de sa fortune, appelé « Crésus-Crozat » par Voltaire, c’est la deuxième fortune du royaume après celle du Sieur Samuel Bernard et du prince de Condé. Pour se faire une idée « actualisée », des gens ont calculé qu’il serait encore plus riche que Bill Gates aujourd’hui !

Mais les finances du royaume vont très mal et la France est endettée jusqu’au trognon (tiens, déjà!). Le royaume va se retourner contre les financiers qui vont servir d’exutoire car ils sont le bouc émissaire idéal pour le bas peuple. Ils seront sommés de faire inventaire devant notaire de toutes leurs richesses et biens immobiliers. Crozat sera condamné à une taxe exorbitante de 6 660 000 livres, la plus lourde amende prononcée par la Chambre Royale. Mais il va négocier l’amende et il paiera moins…

Sa dernière spéculation sera sur le canal de Picardie reliant l’Oise à la Somme en passant par Saint-Quentin afin de donner un coup de fouet au commerce du nord de la France; a 82 ans il poursuit encore les travaux sur ce canal qui portera son nom, mais qui sera débaptisé pour prendre le nom de canal de Picardie.

L’homme Crozat aura connu 9 décennies, deux Rois, 8 guerres, 10 papes…Il aura accompli un incroyable destin, celui d’un homme a qui rien n’a résisté. Un financier de génie, un spéculateur talentueux, un bâtisseur qui, à force de volonté, d’intelligence et d’intrigues, aura réussi l’exploit de franchir toutes les barrières politiques et sociales (pg 388).

Aujourd’hui il ne reste de Crozat que son portrait par Belle (Alexis Simon Belle 1674-1734, portraitiste de la Cour), une petite rue à son nom à Saint-Quentin et quelques rues en Louisiane.

J’ai trouvé un excellent exergue en tête du chapitre 22, attribuée à Willy Brandt : Christophe Colomb était le premier socialiste :quand il est parti, il ne savait pas où il allait; quand il est arrivé, il ne savait pas où il était; et il a fait tout cela avec l’argent des autres.

LE FRANÇAIS QUI POSSÉDAIT, Le Cherche Midi 2017,  ISBN 978-2-7491-4829-8

Sarah Bernhardt d’Hélène Tierchant

Hélène Tierchant  Hélène Tierchant est une écrivaine française diplômée de l’IDHEC, avec une licence de philo, auteure de plusieurs essais sur le 7è art et de biographies de comédiennes.

Sarah Bernhardt, Madame Quand Même, est paru en 2009. C’est une biographie fort intéressante sur la grande comédienne, mais aussi un texte très fouillé sur tout ce qui a gravité autour d’elle : le Paris du XIX, la vie des demi-mondaines, l’activité littéraire et théâtrale de l’époque, la vie de personnages très « VIP’s » d’une époque riche en événements politiques, culturels et mondains.

La Diva est née en 1844 comme une bâtarde; sa mère, Judith Bernhardt était une demi-mondaine notoire ayant « monté à Paris » donnant naissance au fil du temps a 5 enfants de pères différents; Sarah était le deuxième enfant, après des jumelles mortes en bas âge, puis il y a eu encore deux filles.

Son père biologique ne l’a pas reconnue, mais il a donné de l’argent pour qu’elle reçoive une bonne éducation et lorsqu’il est mort, la grand mère paternelle a encore donné de l’argent pour ses besoins en éducation.

C’est un ami de sa mère qui lui a mis en tête l’idée de devenir « théâtreuse ». Grâce aux relations de sa mère elle a pu rejoindre la Comédie Française, d’où elle a du démissionner assez vite à la suite d’une algarade avec une comédienne sociétaire.

A partir de ce moment, la future Grande Sarah Bernhardt s’est formée toute seule, ayant une volonté et une détermination hors du commun. C’est à elle cette petite phrase-mantra « Quand même », car rien ne devait lui résister et tout était possible parce qu’elle le voulait ainsi.

Elle va jouer tous les grands rôles et c’est comme tragédienne qu’elle va exceller. Son meilleur rôle sera Phèdre, c’est le rôle qui la fera passer à la postérité.

Par ailleurs elle avait un sens inné du marketing et de la mise en scène perpétuelle, une championne en communication. Elle a compris avant l’heure l’importance de la « réclame », c’est à dire du battage médiatique, du matraquage.

Mais elle possède aussi un don artistique réel et reconnu pour la peinture et la sculpture. Ses oeuvres se vendront très bien.

Elle fut aussi une grande excentrique ayant goût pour le morbide et les fêtes décadentes; renchérissant dans le funèbre, elle avait un squelette humain qui trônait dans un coin de son salon; elle avait commandé un suaire et acquis un cercueil capitonné de satin blanc où elle s’allongeait ou parfois y dormait…

Sa vie amoureuse fut longue, intense et variée. Elle, comme sa mère n’a pas pu échapper au statut de demi-mondaine. Et le Préfet de Police de Paris la faisait suivre par ses agents qui établirent des fiches de surveillance avec les noms des galants et les montants engagés (en argent ou en bijoux).

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Elle a amassé des sommes folles qu’elle a dépensé sans regarder.

Elle a eu une carrière de comédienne hors normes et une manière de jouer tout à elle, cadrée par une voix qui fut sa gloire puisqu’on l’appelait « la Voix d’Or », son style déclamatoire était aussi unique. Mais elle était terrassée par le trac et le cachait bien.

On la croyait de complexion fragile, mais en réalité elle était d’une résistance colossale. C’était une vraie hyperactive qui récupérait extrêmement vite. Elle a tenu physiquement jusqu’en 1915, date à laquelle on a dû lui amputer une jambe au-dessus du genou, en raison d’une gangrène. Mais elle a continué de se produire parce que sa vie c’était les planches.

Elle avait un physique inhabituel pour l’époque : elle était mince et souple comme une liane alors que la mode était aux plantureuses potelées.

Elle s’est mariée une seule fois et avec l’homme qu’il ne fallait pas. Elle a eu un seul fils mais en tant que mère célibataire et elle l’a (mal) élevé seule.

Elle a possédé plusieurs résidences tapageuses dont la plus connue est celle de Belle-Île-en-Mer. Elle a dépensé des sommes folles pour aménager ses maisons.

Elle a adopté des animaux sauvages comme un boa (pour se chauffer les pieds pendant la lecture !), des lionceaux, une panthère, des caméléons…Elle a abattu d’une balle sans hésitation le boa le jour où celui-ci a avalé son chien d’une bouchée.

Elle a souffert l’indicible physiquement en se plaignant très peu et sans recourir ni à l’opium ni à la morphine, probablement parce qu’elle était horrifiée de la dépendance aux drogues des proches (sa sœur, son mari).

A l’âge de 66 ans elle va vivre une ultime passion amoureuse pendant quatre ans avec un bellâtre de 27 ans qui ne l’oubliera jamais…

Une vie très remplie, tellement remplie qu’elle aurait servi à remplir plusieurs vies.

Voici un enregistrement de 1903 où nous pouvons apercevoir « la Voix d’Or » de la Divine réciter un de rares textes de son fils bien aimé, Maurice. Une voix qui avait électrisé ses contemporains, à la tessiture assez claire, à l’effet assez chevrotant, mais qui devait tant plaire à l’époque.  Un style terriblement déclamatoire, mais doué d’un tempo qui n’était qu’à elle.

SARAH BERNHARDT, Éditions Télémaque 2009,  ISBN 978-2-7533-0092-7