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Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois

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Jean-Paul Dubois est un écrivain français (Toulouse 1950) ayant fait des études de Sociologie; il a travaillé aussi comme journaliste et grand reporter. Sa bibliographie est assez vaste: quelques 23 romans !

Son oeuvre pose un regard désabusé et distancé sur le monde et les rapports humains; ses héros ont souvent une vie névrosée, souvent ses personnages sont originaires de Toulouse comme lui même (tout en étant attiré par l’Amérique). Il y a des choses récurrentes dans les romans de Dubois : le prénom Paul pour le héros,  ou d’Anna pour l’épouse; le rugby apparaît souvent, mais aussi  des accidents et des morts brutales. La voiture peut être aussi un sujet important dans certains de ses livres.

On dit que cet écrivain est vraiment lui même quand il est drôle dans la tragédie et lorsqu’il rend cocasses des situations tristes.

J’ai lu avec plaisir quelques uns de ses romans: Une vie française (2004) un livre qui m’a plu énormément: la vie en parallèle de Paul Blick avec l’Histoire de la France entre 1950 et 2004; il y a une confrontation entre une vie chaotique-atypique et l’Histoire de la Vè République, ses grandeurs et ses bassesses. Le rythme du livre est soutenu, dévorant, avec une tension psychologique hors pair et une fin bouleversante; ce livre a été primé en 2004 par le Femina et le Prix FNAC. La succession (2016), sélectionné pour le Prix Goncourt m’a plu aussi beaucoup, reconnaissant aisément ce style si particulier à l’auteur avec son humour décalé et aiguisé. Vous plaisantez, monsieur Tanner (2006) est un court roman avec des chapitres ultra courts, facile à lire et hilarant en même temps que dramatique. Le cas Sneijder (2011), un autre de ses livres qui m’a plu, couronné du Prix Alexandre Vialatte 2012, tout à fait dans la veine de cet auteur excellent par le regard qu’il porte aux gens et aux choses. Tous les matins je me lève (1988), avec l’histoire d’un écrivain désabusé en manque d’inspiration avec une suite de gags désopilants. Kennedy et moi (1996) un livre assez court, drôle à la façon « duboisienne« , mais il m’a plu un peu moins car peu crédible par certains détails, quoique aussi avec des passages désopilants.

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (2019) est sa dernière publication saluée par le Prix Goncourt 2019 et qui a succombé à cette mode de titres trop longs que le lecteur a du mal à mémoriser (Arf ! je trouve cette mode détestable). Je suis mitigée quant à mon appréciation globale et je m’explique : j’ai eu du mal à m’intéresser à l’histoire avant la moitié du livre et le début de la partie canadienne. Je m’ennuyais un peu, je trouvais le récit un peu lourd. En revanche il m’a paru plus intéressant, plus profond, plus original, dans la deuxième partie. Le livre est bien écrit, avec quelques passages comportant de l’humour « à la dubois » fait de dérision et d’ironie finement ciselée.

Dans l’histoire on retrouve  des thèmes récurrents de l’auteur: les prénoms Paul (le protagoniste) et Anne (la mère du protagoniste), Toulouse qui apparait comme cadre de la naissance de Paul, puis le thème des voitures qui est remplacé ici par de l’avionnerie; il y a une mort violente, et moult détails du trade mark de l’auteur.

C’est un vrai bildungsroman ou roman d’initiation avec la narration de la vie du protagoniste Paul Hansen. Paul Hansen est né à Toulouse, fils de père danois, pasteur, et de mère française. Il va grandir à l’ombre de ses parents, aussi fantasques l’un que l’autre et surtout la mère, pour devenir un jeune homme formé sur le tas aux métiers du bâtiment. J’ai trouvé que le personnage de Paul Hansen manque de profondeur et reste assez secret, comme en retrait tout au long de sa vie.

Suite aux déboires familiaux, il va émigrer au Canada francophone pour démarrer une nouvelle vie auprès de son pasteur de père exilé là bas. Il aura de la chance et deviendra le factotum d’un immeuble de luxe où, grâce à ses dons, il va gravir l’échelon et vivre sa vie  jusqu’à croiser Winona, celle qui deviendra sa compagne.

La première scène sensuelle avec sa future compagne est décrite de façon originale…les bruits de la forêt, le vol des oiseaux, le sentiment d’être au bon endroit, au moment adéquat, le regard de Winona qui dit que c’est maintenant, ses mains qui glissent dans mes poches, le contact de ses doigts, les miens qui s’accrochent au miracle, la friction des vêtements, le froissement des corps, le claquement des peaux, le monde qui devient tout petit

Mais le destin lui réserve des coups durs: Paul va se retrouver en prison et devra partager son étroite cellule avec un  détenu haut en couleur, personnage fort du récit, inoubliable.

Son expérience en tant que super-concierge de cet immeuble huppé est très drôle, intéressante, riche en expériences humaines en tout genre. A mon goût ce sont les meilleurs moments du roman.

Il y a des informations fascinantes sur les colibris ou oiseaux mouches: animaux de 5-6 cm avec un coeur qui bat en vol jusqu’à 1260 battements par minute et descend à 50 au repos, des poumons qui respirent 500 fois dans le même laps de temps, des ailes qui pivotent dans tous les sens; un vol aussi rapide en avant qu’en arrière, en haut et qu’en bas et qui peut atteindre 100 Km / heure dans toutes les positions. Des ailes qui battent 200 fois par seconde. Grand spécialiste du vol statique et qui peut se déplacer sur 800 Km devant manger 8 fois par jour. Une minuscule machine de la nature, prodigieuse.

Un livre un peu différent de ceux déjà lus, plus grave, plus réfléchi. Et quand je pense à tous les Dubois qu’il me reste à lire, et bien, cela me rend heureuse.

TOUS LES HOMMES, Éditions de l’Olivier 2019,  ISBN 978-2-8236-1513-6

La symphonie du hasard de Douglas Kennedy

Résultat d’images pour douglas kennedyÉcrivain et journaliste américain (New York 1955), vrai globe-trotter et francophile: Dublin, Berlin, Londres, Paris, New York, etc. C’est un romancier à succès qui vend des millions d’exemplaires, dont 7 millions en France! L’attrait de ses romans réside dans leurs questionnements sur l’Amérique et ses défauts, sur l’humanité en général, sur les relations hommes/femmes, sur l’Art, bref, des topiques universels voire intéressants.

Il a souvent situé  ses romans dans des endroits  différents : par exemple Cet instant là à Berlin, un autre au Maroc; un peu à la manière de Woody Allen qui nous promène d’une ville européenne à une autre avec ses derniers films.

La symphonie du hasard (The Great Wide Open, Book 1) est le premier volet d’une trilogie annoncée dont les prochaines parutions sont pour mars et mai 2018, et ce AVANT même la publication en langue anglaise qui aura lieu fin 2018 seulement; voici un auteur à succès américain qui valorise (et domine parait-il) notre langue. Cette trilogie va donner un roman fleuve d’environ 1300 pages qui a nécessité 18 mois d’écriture intensive.

C’est une lecture aisée avec un roman bien construit qui narre l’histoire d’une famille américaine de classe moyenne dans les années 70. La narratrice est Alice Burns, la seule fille du ménage Burns qui est composé par le père, éternel absent, aux activités mystérieuses, psycho-rigide et irlandais catholique; la mère est d’origine juive, complètement hystérique et dépressive, en lutte permanente avec son mari et ayant de gros problèmes avec ses enfants. Les enfants sont au nombre de trois, l’ainé Peter qui prendra assez vite le large par rapport à cette famille déstabilisante; le cadet est Adam, beaucoup plus malléable, plus fragile, qui ne saura pas échapper aux griffes du père et qui est détenteur d’un secret qui l’accable; il deviendra un loup de la finance à Wall Street avec une chute vertigineuse; et puis notre héroïne et narratrice, Alice Burns.

Il est intéressant de constater que Douglas Kennedy s’est mis une nouvelle fois dans la peau d’une femme dans un roman, ce serait la huitième fois pour le romancier et je trouve que cela est assez bien réussi en superficie mais Alice manque de féminité sentimentale dans le récit. Aussi, ce personnage féminin a beaucoup de points communs avec Douglas, car si l’on regarde de près, elle est née à New York en 1955 comme lui, elle a grandi au sein d’une famille conflictuelle de 3 enfants comme lui; elle aurait un vécu scolaire tel que celui de l’écrivain; elle est un rat de bibliothèque comme lui le fût en son temps et last but not least, elle fréquente l’Université de Bowdoin comme Douglas Kennedy.

Douglas Kennedy se coule tellement bien dans cette peau féminine que, comme Flaubert, il se serait écrié « Alice c’est moi ».

Alice Burns est éditrice à New York et elle visite chaque semaine son frère Adam qui est en prison, c’est le début de ce premier tome où Alice va se remémorer son passé au sein de cette famille de dingues sur fond de seventies : la guerre du Viet Nam, la politique pourrie, les manifestations, les émeutes raciales, le hippisme, la compétivité permanente, la réussite à tout prix,  le début de l’emprise des drogues, le grégarisme, la musique, le Roi-baseball, la vie scolaire et universitaire parfois cruelle (un « campus novel » en partie ce tome 1). Il y a un sens poussé du détail dans ce roman concernant la nourriture, les vêtements, les lieux, etc.

J’ai beaucoup aimé ce descriptif foisonnant de détails variés qui, relativement au descriptif de la vie scolaire aux USA, m’ont rappelé tellement fort mon époque de lycéenne en Amérique.

Tous les personnages centraux de ce roman sont détestables. En commençant par les parents : le père est tout le temps absent, c’est un cachottier qui apparemment travaille pour la CIA au Chili; la mère est simplement insupportable, la vraie mamma juive qui se mêle de tout, agressive, définitivement castratrice. Les enfants sont perdus; l’aîné fuira la maison très tôt et il est « trop bien pensant », éloigné de sa fratrie; le cadet aura une adolescence difficile car il est taraudé par la culpabilité;  Alice aura beaucoup de mal à s’émanciper et partira faire des études universitaires à sa façon, avec beaucoup de succès et un vécu scolaire et universitaire très marquants.

Bonne lecture, très près d’une réalité encore assez proche. De toute évidence je suivrai la saga.

LA SYMPHONIE DU HASARD, Belfond 2017,  ISBN 978-2-7144-7403-2

Nos souvenirs sont des fragments de rêves de Kjell Westö

Résultat de recherche d'images pour "kjell westö den svavelgula himlen" Kjell Westö est un écrivain et journaliste finlandais (Helsinski 1961) de langue suédoise.

Nos souvenirs sont des fragments de rêves (2018) est son troisième livre traduit au français.

C’est un bildungsroman ou roman de formation puisque nous suivrons la saga d’un finlandais depuis son adolescence jusqu’à la soixantaine environ.

Le narrateur est issu de la classe prolétaire et toute sa vie il sera confronté à la riche famille  Rabell qu’il va côtoyer tout le long de son existence, avec des comparaisons incessantes entre leurs membres et lui même ou sa famille. Les membres de la famille Rabell sont nombreux : le grand père Poa, altier et méprisant, le père Jakob dont on cache la folie, la mère Clara qui mène sa vie, le fils Alex (son ami) qui a honte de la folie de son père et camoufle sa maladie en inventant une absence, la fille Stella qui sera l’amour de la vie du narrateur avec laquelle il aura une relation ayant des hauts et des bas et qui finira par se transformer en amitié.

La saga de cette famille ainsi que le devenir du narrateur baignent dans les évènements historiques de la Finlande des années 70 jusqu’à nos jours. Il est intéressant de constater et de comparer les différences manifestes entre une mentalité scandinave et une mentalité latine: par exemple si l’on compare une saga comme celle-ci à une saga méridionale comme celle proposée par Elena Ferrante. Les deux livres comportent pareillement une ribambelle de personnages mais ce sont des personnages au comportement si opposé qui évoluent dans des ambiances si différentes; la comparaison est enrichissante.

Le livre est un gros pavé de plus de 500 pages qui m’a semblé long par moments; j’ai trouvé que le personnage principal était particulièrement atone, assez veule; j’avais l’impression que sa vie lui passait par dessus la tête comme un rouleau compresseur sans qu’il arrive à imprimer aux évènements la tournure qu’il souhaitait.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille, c’est clair. Ainsi passa la vie du narrateur, un peu terne, un peu solitaire en somme. Rien de bien marquant.

Tout à la fin du livre Stella Rabell donnera un sens au titre du roman, car lors d’énièmes retrouvailles, cette fois en pure amitié, elle dira la phrase suivante…j’ai toujours pensé que la sensation de déjà vu n’est qu’une sorte d’angoisse face à l’irréalité de la vie. Nos souvenirs sont des fragments de rêves…

NOS SOUVENIRS, Éditions Autrement 2018 (KW 2017),  ISBN 978-2-7467-4634-3

Le Chardonneret de Donna Tartt

Résultat de recherche d'images pour "donna tartt le chardonneret"  Donna Tartt est une écrivaine nord-américaine (Greenwood/Mississippi 1963) dont le premier livre, Le maître des illusions (1992) fut un best seller planétaire: un livre qu’elle avait mis 8 ans à écrire: une campus novel et aussi un roman d’apprentissage que j’avais beaucoup apprécié lors de sa parution.

Le chardonneret (The Goldfinch 2013) est le troisième roman de Tartt, ce qui ramène sa production à un roman tous les dix ans, un peu comme cet autre auteur de best sellers nord- américain, Jeffrey Eugenides. Le chardonneret a reçu le Prix Malaparte 2014 (prix italien pour un auteur étranger) et le prestigieux Prix américain Pulitzer de fiction 2014.

C’est un pavé de plus de 1 000 pages dans cette édition, d’un poids certain que j’ai eu du mal à tenir longtemps en main. Aussi, il m’a fallu lire plus de 100 pages avant de trouver un intérêt et une suite cohérente à l’histoire, qui est devenue intéressante à lire mais comportant tellement des digressions que par moments le récit me paraissait trop long. Je suis allée jusqu’au bout et même si l’histoire ne m’a pas plu, je reconnais que c’est un sacré bouquin. Je vais développer.

Les droits cinématographiques ont été vendus assez rapidement à la Warner Bros et un film se profile avec John Crowley  comme réalisateur et Peter Straughan comme scénariste.

Le titre. Il émane d’un minuscule tableau de 34*23 cm peint en 1654, quelques mois avant son décès, par un jeune et talentueux maître flamand, le peintre Carel Fabritius, un élève de Rembrandt et un maître de Vermeer. Ce petit tableau est conservé au Mauritshuis à La Haye. Peu d’œuvres restent de Fabritius (moins de 10) qui périt lors d’une explosion d’une Poudrière à Delft, détruisant en même temps presque toute son oeuvre picturale. Le tableau du chardonneret est intéressant et emblématique dans ce livre car le petit oiseau est entravé au perchoir par une fine chaîne tout comme Théo sera enchaîné au tableau une partie de sa vie, comme il a été enchaîné d’abord à sa mère puis à l’alcool et aux drogues.

L’écrivaine dit s’être inspirée pour l’explosion du Met de la destruction par les talibans des bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan, mais aussi de l’attentat à la bombe d’Oklahoma City en 1995.

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Le livre, à mon humble avis est plus une fresque hyperréaliste (impitoyable) sur l’Amérique contemporaine et ses codes qu’un roman tout court. Une fresque qui met en balance deux Amériques : celle des ploucs qui ne connaissent que la drogue, l’alcool et les rapines et celle des beaux quartiers qui ne valent guère mieux, même si ici, les gens ont des références culturelles.

Le livre narre la vie de Théo Decker entre ses 13 et ses 27 ans avec trois axes : New York, Las Vegas et Amsterdam.

Théo Decker est le narrateur, il a 13 ans au début du roman lorsqu’un attentat à la bombe au Met de New York tue sa mère  et lui en réchappe. Cette mère solaire était la seule chose qui le rattachait à une vie « normale ». Il va subir lors de ce deuil un stress post traumatique duquel il ne s’en sortira jamais mais il ne se fera pas soigner non plus. Le personnage de Théo à 13 ans tient un discours qui ne correspond pas du tout à celui d’un personnage de son acabit. C’est un discours beaucoup trop mûr ce qui confère au récit un côté anachronique et décalé.

Au décours de l’explosion et dans le chaos général, il approchera sous les décombres un vieil homme agonisant qui va lui confier une bague et va l’inciter à voler le tableau de Fabritius exposé au Met. Le vieil homme est un antiquaire de New York qui travaille avec Hobbie, un personnage assez secret qui va s’attacher à Théo. Le tableau du chardonneret est l’axe du livre autour duquel tournent des personnages tous atypiques et franchement inquiétants.

Lorsqu’il perd sa mère dans l’attentat, l’adolescent sera accueilli par une riche famille des beaux quartiers, les Barbour, car Théo est l’ami d’Andy Barbour, un gosse pas tout à fait « normal », la tête de turc à l’école et que Théo défendra farouchement. La famille Barbour est composée de la mère , du père et de quatre enfants; ils sont tous très bizarres, très bourgeois dégénérés; ils habitent un superbe appartement à Big Apple. Le descriptif de New York est assez saisissant et juste. Comme est juste et excellent le descriptif de Las Vegas avec ce quartier tout neuf et abandonné après la crise du sub prime; c’est le quartier qu’habitent Théo et son père, quartier qui fait contraste avec le Las Vegas des néons et du clinquant à outrance.

Mais Théo a un père, divorcé de sa mère depuis un an et ce père va se manifester pour le récupérer, pas par amour, mais par intérêt et calcul car il veut mettre le grappin sur l’argent que la mère de Théo avait mis de côté pour son éducation future. Le père va l’emmener de force à Las Vegas où il vit aux dépens de sa compagne, une serveuse de bar droguée et dealer. Le père ne vaut pas mieux, c’est un alcoolique invétéré et un ludopathe qui vit autour du jeu  et qui a contracté des dettes énormes. Et Théo part avec le tableau qu’il va cacher dans sa chambre.

A Las Vegas Théo fera la connaissance de Boris, un adolescent ukrainien, sans mère,  ayant un père alcoolique qui va l’abandonner à son sort. Boris est déjà « alcoolo » a treize ans et camé, il va initier Théo aux drogues et à la rapine. Il va s’établir entre les deux ados paumés et délaissés une forte amitié assez trouble et retorse où le sordide côtoie le sublime. Car tout « dégénéré » qu’il est, Boris apporte à Théo une ouverture sur le monde et sur la culture européenne, mais c’est un être sans aucune morale ni aucune éthique. Il est préoccupé seulement par sa survie.

Et lorsque le père de Théo se tue dans un étrange accident de voiture, Théo devra fuir Las Vegas pour ne pas tomber dans les mains des services sociaux. Il se réfugiera à New York auprès de son ami antiquaire Hobbie où finalement il va s’enraciner et apprendre sur le milieu des antiquités. Cette partie  du livre sur le marché de l’art et ses aspects cachés est intéressante.

Le tableau du chardonneret est recherché par les autorités et même par Interpol et Théo prend peur et le cache dans un dépôt de meubles.

Boris va voler le tableau à Théo sans que Théo le sache mais ne va  pas en soutirer beaucoup d’argent  car, étant fiché par Interpol comme une oeuvre d’art volée, il est invendable. Il ne sert que comme monnaie d’échange ou comme gage dans un milieu de trafiquants d’objets d’art et de camés, franchement sordide.

La fin du roman est celle d’un thriller et d’une expiation.

Lecture intéressante avec cette confrontation entre les deux Amériques, le milieu frelaté des antiquités, la description de Big Apple et de Las Vegas. Mais le personnage de Théo m’a paru veule et sans personnalité, celui de Boris franchement odieux, insupportable. Il n’y a aucun personnage positif dans cette histoire, en revanche une abondance descriptive du milieu des drogues et de l’alcool, souvent indissociables. Une histoire d’excès en tout genre, pure décadence.

Voulez- vous regarder le bain d’un vrai chardonneret ?

 http://www.chonday.com/Videos/peacwatchju3

LE CHARDONNERET, Pocket 16041 (2014),  ISBN 978-2-266-25076-4

Mary Barton d’Elizabeth Gaskell

Résultat de recherche d'images pour "elizabeth gaskell"   Elizabeth Gaskell, née Elizabeth Cleghorn- Stevenson, fut une grande romancière britannique de l’époque victorienne (Londres 1810-Hampshire 1865). Vous pouvez apprécier ci-contre un portrait de l’écrivain à l’âge de 22 ans par le miniaturiste écossais William John Thomson qui était le frère de la deuxième épouse de son père.

Lorsque sa mère meurt, elle part vivre à Knutsford (où elle sera ensevelie), ville qu’elle immortalisera sous le nom de Cranford dans un roman éponyme et dans un autre roman intitulé Épouses et Filles où elle l’appellera Hollingford. Elizabeth Gaskell commencera à écrire pour combattre une dépression  suite au décès de son fils, William, mort à 9 mois de la scarlatine.

Elle fut l’amie de Charles Dickens et de Charlotte Brontë. Charles Dickens publia ses oeuvres dans son journal Household Words. On peut rapprocher cette  écrivaine de Jane Austen et de George Eliot.

Mary Barton est son premier roman (A Tale of Manchester Life, 1848). Pour un premier roman c’est un véritable coup de maitre. Car le livre est intéressant à plusieurs titres:

  1.  C’est un véritable bildungsroman victorien ou roman d’initiation , ou roman d’apprentissage car nous allons suivre la vie de Mary Barton sur plusieurs années.
  2. Mais c’est aussi un roman historique qui nous narre cette période terrible de 1839-41 lorsque la ville ouvrière de Manchester connut une crise économique sans précédent touchant les ouvriers du textile; les gens mouraient d’inanition ou de maladies infectieuses (typhus, tuberculose) liées aux conditions d’hygiène inexistantes. Au XIXè siècle on appelait Manchester ‘cottonopolis » en raison des nombreuses usines qui filaient le coton et vers 1835 elle était la ville la plus industrialisée du monde. La Révolution industrielle a fait la richesse mais aussi la misère de cette ville.
  3. Et aussi, probablement par influence de son ami Dickens, c’est un roman que l’on appelle en Angleterre un « roman à la cuillère d’argent » (Silver Fork Novel) c’est à dire un roman où le descriptif est finement détaillé, assez critique de l’ élégance clinquante et pleine de frivolités de la bourgeoisie; ceci contrastait avec le dénuement total de la classe ouvrière et paysanne.

J’ai eu du mal avec ce roman. Il faut lire environ 300 pages très descriptives sur les conditions de vie et la vie quotidienne de ces pauvres ouvriers pour situer l’action du roman, puis cette action va s’accélérer de façon notable avec un certain  suspense ce qui fait que le lecteur, sur la fin, ne pourra pas lâcher le roman.

Pour situer la cadre du sujet romanesque, page 135…pendant les trois dernières années, le commerce avait langui de plus en plus tandis que le prix des matières premières augmentait sans cesse. La disparité entre ce que gagnaient les classes laborieuses et le prix de leur nourriture entraînait plus souvent qu’on ne l’imagine la maladie et la mort. Des familles entières étaient réduites à la portion congrue, puis à la famine. Même les philanthropes qui avaient étudié la question furent obligés de reconnaître qu’ils ne savaient trop quelles étaient les causes réelles de cette misère. Toute l’affaire était d’une nature si complexe qu’il devint pratiquement impossible d’en comprendre les tenants et les aboutissants. On ne sera donc pas surpris d’apprendre qu’une hostilité considérable se développa entre les travailleurs et les classes supérieures pendant ces temps de privations. L’indigence et les souffrances des ouvriers éveillèrent dans l’esprit de beaucoup d’entre eux de tels soupçons qu’ils se mirent à considérer leurs législateurs, leurs magistrats, leurs employeurs et même les ministres de leur religion comme leurs oppresseurs et leurs ennemis en général, ligués pour les réduire à la prostration et à l’asservissement. Le mal le plus grave, le plus durable aussi, qui se déclara pendant cette période de dépression économique est le sentiment d’aliénation entre les différentes classes de la société…

Mary Barton est une très jolie jeune fille qui a perdu sa mère très tôt et qui vit avec son père, ouvrier textile et syndicaliste. Dès son adolescence elle sera placée comme cousette ce qui lui permettra d’apporter quelque argent au foyer qui s’appauvrit de jour en jour. Sa beauté exceptionnelle fera son malheur car le riche fils d’un potentat local va la harceler de ses assiduités alors qu’il n’est intéressé qu’à la séduire et la perdre comme ce fut le lot de tant d’autres jeunes femmes de l’époque. Mais Mary Barton a un amoureux de longue date, le fils des meilleurs amis de ses parents qu’elle snobe car elle rêve d’une fulgurante ascension sociale et d’épousailles avec le séducteur. Cela est impensable pour l’époque. Mais in extremis, Mary Barton va comprendre sa méprise et réaliser l’amour qu’elle porte à ce garçon d’humble extraction qu’elle connait depuis son enfance.

Les choses ne seront pas du tout faciles pour Mary Barton, elle aura à souffrir et à payer pour avoir un jour, cru qu’elle pourrait échapper à sa condition.

Elisabeth Gaskell était fille de pasteur et femme de pasteur. Il y a dans le livre une constante invocation à la religion et aux bons sentiments. Cela peut surprendre.

Ce roman diffère terriblement de Cranford, qui a été lu et apprécié pour son côté pittoresque et bon enfant ; je ne m’attendais pas à lire un roman aussi dur, à la limite du soutenable. Nous sommes très loin des marivaudages des personnages de Cranford, mais il y a un point commun entre les deux livres qui m’a frappé : c’est l’entraide réelle et efficace parmi les gens, même totalement démunis; ils sont capables de se déposséder de ce qu’ils n’ont pas pour venir en aide de plus malheureux. Vraiment touchant. Un autre détail qui m’a interpellé, est en rapport avec la consommation d’opium que les gens « chiquaient » ou donnaient aux enfants afin de ne plus les entendre pleurer de faim. Cet opium leur apportait un moment d’oubli. Pour se procurer l’opium ils étaient prêts à tout, y compris à mettre au clou les dernières et miséreuses possessions matérielles dont ils disposaient.

Un livre terrible qui rappelle des choses ignominieuses.

MARY BARTON, Grands Romans Points P4289 (EG 1847), ISBN 978-2-7578-5884-4

Sálvame, Joe Luis de Andrés Felipe Solano

Afficher l'image d'origineAndrés Felipe Solano es un escritor colombiano (Bogotá 1977), novelista y periodista; fue distinguido en 2010 por la Revista inglesa Granta (Cambridge) como uno de los talentos jóvenes entre los escritores de lengua hispánica (el único colombiano) de menos de 35 años.

Sálvame, Joe Louis es su primera novela (2007). El título emana del nombre real de un boxeador norteamericano de la primera mitad del siglo XX que perdió muy pocas peleas, pero que terminó en la sombra y en la miseria. La frasecita « sálvame, Joe Louis » fue tomada de un libro de la norteamericana Joyce Carol Oates, libro que deslumbró un día al joven Solano.

Este libro está muy bien escrito, con bastante humor de tipo autoburla; es un bildungsroman en toda su acepción. El protagonista se llama Boris Manrique, nacido en 1977, o sea, un alter-ego del escritor Solano, quien debe de haber puesto muchos rasgos suyos en el personaje ( entre otros, su predilección por los sándwiches de queso fundido…). Boris se desempeña como fotógrafo de sociales en un periódico de poca monta donde predominan las féminas. El muchacho lleva una vida bastante extraña tipo zombi con horarios desfasados, sufre de insomnio y pasa sus noches mirando programas débiles en el televisor, es borrachín y jugador. Su modelo de vida son los años 50 : la moda, los carros, la música  y el tipo de mujer de esos años con sus tacones y maquillaje. Boris está obnubilado con la muerte de Cornelio Zubizarreta, un sastre catalán que vivió hasta los 117 años sobreviviendo a dos guerras mundiales, a tres esposas, a cientos de miles de cigarrillos, a varias piscinas de jerez, a cuatro hijos y a todos y cada uno de sus amigos. Esto da la pauta de la precariedad mental de Boris, que a los  veinte años se busca la vida.

Boris se siente fracasado con su empleo mediocre en una revista mediocre y rumina de no tener una vida tan larga aunque tan mediocre como la de Cornelio Zubizarreta (Doy las gracias de corazón porque una profunda tristeza me acaba de llegar como una corriente helada nacida en el polo norte. Pienso en la completa inutilidad de mis días, al parecer tan diferentes a los de Cornelio, en los kilómetros que no he recorrido, en mis noches frente al televisor, en mi creciente anestesia espiritual. Pienso en mi vida que se cae a pedazos, que se desmorona…). (Reflauta, tamaños pensamientos en un muchacho que aún no ha vivido…) Boris tiene un solo colega masculino en esta revista de mujeres, se trata de Santos Bustamante, un viejo zorro del periodismo, un colega aún más desvalido que él, una piltrafa de hombre, misógino declarado, famoso por unos reportajes que hizo otrora. Pero el tal Santos Bustamante es más complejo de lo que parece; para empezar es un buen mitómano-manipulador que se cree e inventa sus porquerías. Dice Boris…con este hombre gordo y cansado, mi único amigo del trabajo, es con quien a ratos me quejo de la aridez de los días, de su aburridora llaneza.

Pronto le confiarán a Boris el consultorio sentimental de la revista porque la jefa sabe que le gusta leer y que por esa razón sabe escribir. Se trata de responder de manera pertinente a las cartas enviadas por las lectoras a una supuesta psicóloga y sexóloga, la doctora Victoria Zúñiga que es un personaje inventado para atraer y escuchar los lamentos de la clientela femenina con los trámites del corazón. El lector se imagina a este desvalido muchacho, sin gran experiencia en la vida, respondiendo a conspicuas cartas del consultorio sentimental…Para matarse de la risa.

Pronto se enamorará de Lucía, una mujer casada que le lleva diez años, pero que representa para él la oportunidad de formarse a las lides del amor físico. (Me pregunto si encontré una nueva querencia o si aquella mujer es solo una golosina más, otra de esas melcochas emocionales que mastico para matar el tiempo esperando quién sabe qué). A Lucía le gusta beber seco, fumar como carretonera y Boris la juzga como una mujer totalmente frívola.

Después de una breve, pero intensa relación con Lucía Boris partirá con Santos Bustamante en una aventura periodística a la cual ambos piensan sacarle buenos pesos y casi se asfixia con una espina de pescado en un restaurante del camino. Es aquí cuando Boris Manrique invoca la ayuda del boxeador con « Sálvame, Joe Louis ».

Un libro bien escrito, pero intrascendente en su temática. En una entrevista en el 2007 Solano dijo « nada más peligroso que la esperanza. Sólo trae frustración a la vida de cualquier hombre. Otra cosa es el deseo. El deseo puede que traiga consigo la tragedia, pero nunca nos defraudará. La vida debe estar gobernada por el deseo, nunca por la esperanza ».

SÀLVAME,JOE LOUIS, Alfaguara 2007,  ISBN 978-958-704-571-0

 

 

 

SÁLVAME, JOE LUIS, Alfaguara 2007,  ISBN 978-958-704-571-0

María bonita de Ignacio Martínez de Pisón

ERésultat de recherche d'images pour "ignacio martinez de pison"scritor y guionista español, nacido en Zaragoza en 1960 y residente en Barcelona desde 1982; autor traducido en varios idiomas. Ignacio Martínez de Pisón es el gran especialista del período llamado la « transición democrática española », o sea, los años 1974-1982. La familia es la columna vertebral en la obra del escritor, así como la infancia y el final del franquismo; sus libros muestran un gran realismo social y político, dándonos un cuadro coherente de la vida sentimental y política de la España de la segunda mitad del siglo XX. En una entrevista Martínez de Pisón decía que la familia es el terreno de la tragedia y que buena parte de la buena literatura surge de las heridas ; es en la familia donde se producen muchas de las heridas. La familia es al tiempo un refugio y una cárcel. Es el lugar del que quieres escapar, pero al que siempre quieres volver. La familia nos transmite actitudes, gestos que luego reproducimos y transmitimos a nuestros hijos.

Es un escritor que me gusta mucho porque sus libros están muy bien escritos y sus intrigas muy bien armadas. La prueba fehaciente de lo que digo es que María bonita es el quinto libro que le reseño después de El tiempo de  las mujeres (mayo 2012), Carreteras secundarias (julio 2012), Foto de familia (julio 2014) y El fin de los buenos tiempos (agosto 2014). Todos me han gustado. Parece que la directora de cine Azucena Rodríguez dio a Ignacio Martínez de Pisón la idea de este libro a partir de una frase « todas las niñas sueñan con tener una madre diferente de la suya« .

Ignacio Martínez de Pisón escribió un ciclo de 4 novelas « familiares » que comienza con « La ternura del dragón« (1984), sigue con « Carreteras secundarias« (1996), « María bonita« (2000) y culmina con « El tiempo de las mujeres« (2003).

María bonita (2000) es típicamente un bildungsroman, una novela de aprendizaje con una línea de fuerza, el secreto de lo que se esconde detrás de cierta apariencia. La novela está ambientada en los años 60 y basada en la infancia y la entrada en adolescencia de una niña pobre, María. La narradora es la propia María, llamada bonita en referencia a la canción que Agustín Lara escribió para la bella y altiva María Felix. Es una niña de 7 años al principio de la narración y toda una mujercita al final. Es notable como un escritor varón ha encontrado las palabras para describir ese delicado pasaje hacia la feminidad.

María tiene el lenguaje espontáneo y crudo al mismo tiempo, inocente, propio de su edad. La madre de María, Encarna, es una mujer amargada y envejecida, fría con su hija;  Encarna tiene una hermanastra, Amalia, bella, refinada y con dinero. La tía Amalia constituye para María el « sueño » de lo que no tiene en su casa, y también el  afecto que su madre no le da. En el imaginario de la niña la madre es una bruja y la tía un hada madrina. Pero la niña no sabe leer lo que se esconde detrás de las cosas y de las personas. María carece de cánones para vislumbrar lo que puede ser felicidad y se vale del cine y de la televisión como referencias, específicamente de la película « Un rayo de luz » protagonizada por la mítica Marisol; en el argumento de la película Marisol es una chica pobre que conocerá a sus parientes ricos. Es evidente que María hará una proyección sobre su  triste vida y la vida de su tía.

María querrá acercarse a su tía Amalia y de a poco comprenderá lo que se oculta detrás de la holganza de su tía. Al final del libro habrá un encontronazo entre la realidad brutal y los sueños de la niña hecha mujer. La enseñanza del libro es que la vida no nos lleva a finales felices, sino a la imposibilidad del cumplimiento de ciertos sueños. Linda, triste y sabia novela.

MARIA BONITA, Anagrama 2000, ISBN 84-339-2458-3