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Mrs. Bridge d’Evan S. Connell

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Evan Shelby Connell était un romancier, poète et scénariste américain (Kansas City 1924-Santa Fe 2013). Sa biographie par George Amstrong Custer, parue en 1984, fut un best seller qui a été adapté en mini -série pour la TV en 1991,  remportant des prix.

Mrs Bridge (1959) fait partie d’un diptyque avec Mr Bridge (1969) et le roman fait l’objet d’un véritable culte aux USA, certains estimant qu’il s’agit d’un chef d’oeuvre en raison du style narratif de Connell : 117 chapitres dont chacun constitue le descriptif d’une tranche de vie de Mme Bridge, chapitres livrés dans un style sans aucune fioriture et sans aucune interprétation. Ce livre Connell l’a dédié à sa soeur Ruth. Dans le deuxième volet le romancier reprend le même nombre de chapitres avec cette fois, le point de vue de Mr Bridge sur les évènements.

Un film fut tourné en 1990 par l’Américain James Ivory sous le titre de Mr & Mrs Bridge, un mix des deux livres et une libre adaptation du diptyque, avec Paul Newman et Joanne Woodward (couple dans la vie réelle) dans les rôles titres. Mrs Woodward a été nominée comme meilleure actrice pour l’Academy Award. Un accueil mitigé a été fait au film à l’époque car certains faisaient le reproche d’une excessive répression émotionnelle chez les deux personnages principaux. J’ai visionné ce film de presque deux heures et je l’ai beaucoup aimé, mais n’ayant pas encore lu Mr Bridge, je ferai la critique du film lorsque j’aurai lu les deux. On peut le voir au complet et en VO sur Youtube. Dans le film il m’a semblé que Mrs Bridge est « plus humaine » que dans le livre, on arrive à la comprendre par moments alors que dans le livre on a envie de la secouer et de la rudoyer. En revanche le mari m’a semblé nettement plus rigide et j’oserais dire « plus frigide » que dans le livre. Les deux acteurs sont remarquables.

C’est un très bon livre, bouleversant, émouvant, dérangeant. Il raconte par petites touches la vie d’India Bridge à Kansas City, dans le Missouri des années 30-40 au sein d’une bourgeoisie rigide et bien pensante. India est marié à un avocat qui travaille beaucoup trop, arrive épuisé chez lui, renfermé et ne veut surtout pas s’épancher ni avec sa femme ni avec ses enfants qui sont trois : deux filles et un garçon. India Bridge est tellement momifiée dans ses actions qu’elle a perdu jusqu’au sens maternel; elle ne communique pas avec ses enfants, elle égrène à longueur de journées des diktats de conduite à ses enfants, elle ne les touche plus jusqu’à provoquer un sentiment de répulsion si jamais par mégarde elle frôle son fils. Et les trois enfants dans ce contexte sans chaleur vont devenir aussi ternes et fermés que leurs parents.

India Bridge a une vie oisive, elle se fait servir et elle a tout le temps pour entreprendre toute sorte de choses : cours de peinture, lectures, sorties, réceptions, amitiés. J’ai lu quelque part une appréciation très juste sur India Bridge : elle est la reine absolue de la procrastination, avec cette manie qu’elle a de pousser toujours à plus tard toutes ses actions.

Et les années passent, les enfants grandissent, les amis vont et viennent, et elle est toujours là à attendre que les choses se présentent à elle sans que jamais elle s’immisce de prendre une décision ou un parti. Terne de terne, comme femme et malheureuse, bien sûr. Sa belle vie lui aura glissé dessus sans que jamais elle se soit laissée aller à la vivre avec passion ou une détermination émanant d’elle même.

Un portrait sans concession d’une certaine Amérique aujourd’hui révolue. Grandiose, très bon.

On peut rapprocher ce livre d’un Stoner de John E. Williams (1965) que j’ai lu et commenté en janvier 2015 (excellent !), et de La fenêtre panoramique (1961) d’un Richard Yates  et de La Conjuration des Imbéciles d’un John Kennedy Toole qui se déroule en 1963 et qui a été publié à titre posthume en 1980. Ces deux derniers je me dois de les lire.

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MRS. BRIDGE, Belfond 2016 (E. Connell 1959),  ISBN 978-2-7144-5959-6

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