Dientes de leche de Ignacio Martínez de Pisón

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Ignacio Martínez de Pisón es un escritor y guionista español (Zaragoza 1960), licenciado en Filología Hispánica y Filología Italiana, residente en Barcelona desde 1982, ha sido traducido en varios idiomas. Es el gran especialista del período llamado la « transición democrática española », o sea, los años 1974-1982.

La familia es la columna vertebral en la obra del escritor, así como la infancia y el final del franquismo; sus libros muestran un gran realismo social y político, dándonos un cuadro coherente de la vida sentimental y política de la España de la segunda mitad del siglo XX. En una entrevista Martínez de Pisón decía que la familia es el terreno de la tragedia y que buena parte de la buena literatura surge de las heridas ; es en la familia donde se producen muchas de las heridas. La familia es al tiempo un refugio y una cárcel. Es el lugar del que quieres escapar, pero al que siempre quieres volver. La familia nos transmite actitudes, gestos que luego reproducimos y transmitimos a nuestros hijos.

Ignacio Martínez de Pisón es un autor que me gusta mucho por su manera de escribir, tan llana y tan correcta y que parece fácil, pero que en realidad está muy trabajada. Esta es la novena reseña de un libro suyo en este blog. Todos me han gustado, excepto éste. Por qué? Pienso que el inicio del libro en ese ámbito de la Guerra Civil española me produjo un rechazo porque ya le tengo alergia al tema, por recurrente. Otra razón es que por momentos me aburrí, encontrando algunos tramos algo alargados. Por respeto al resto de la obra leída fui hasta el final pero no será mi libro preferido.

Dientes de leche (2008) es una novela con otro retrato de familia española que necesitó tres años de trabajo de documentación al autor aragonés. Es una novela escrita a la tercera persona con un narrador omnisciente y ambientada en Zaragoza : la historia de la familia Cameroni narrada a través de tres generaciones, en su cotidianidad, con sus alegrías, sus pesares y secretos. Y una vendetta. No es un libro sobre la guerra, sino que la Guerra Civil sirve de eje para la historia de esta familia italo-ibérica desde la Guerra Civil en 1937, hasta la llegada del PSOE en 1994, o sea, hasta el final del período de la Transición española. Se nota en la novela este humor tan especial de Martínez de Pisón, entre corrosivo e irónico.

Lo original de esta obra es que atañe al cuerpo de italianos que combatieron con los falangistas : casi 3000 soldados italianos más un puñado de voluntarios de la brigada Garibaldi quedaron enterrados en tierra española ! Los italianos no acababan de entender a los españoles matándose entre ellos, matándose además con un ensañamiento del que sólo ellos parecían capaces; solo unos españoles podían ser tan crueles con otros españoles (páginas 44 y 48).

Raffaele Cameroni se enrola en las brigadas fascistas enviadas por Mussolini para respaldar a Franco durante esta guerra española fratricida; Cameroni huía la miseria más que buscar el combate contra los « rojos ». Y se quedará en tierra zaragozana enamorado de Isabelita Asín, una linda enfermera a quien le han asesinado un hermano por « rojo » y apresado al padre de injusta manera. Se casarán. Era ciertamente una época muy revuelta y desgraciada

Raffaele se afincará en Zaragoza y tomará la fábrica de fideos de su suegro llevándola al progreso. Pero Raffaele tiene un secreto aunque este secreto no le corta el sueño ni le impide vivir su vida. La ciudad de Zaragoza tiene un papel protagónico en la historia, es la ciudad natal del autor.

Isabelita y Alberto tendrán tres hijos varones : Rafael el antifranquista, Alberto el más logrado y Francisco, alias Paquito, retrasado mental pero capaz de amar a los suyos con pasión. Alberto se casará con Elisa y tendrán un hijo, Juan.

Isabel guardaba con amor los dientes de leche de sus hijos, para ella eran un verdadero tesoro hasta que un día Raffaele los bota a la basura porque no les da importancia, los considera como algo sucio. Esto se podría interpretar como una metáfora: el hecho que Raffaele pueda desprenderse tan fácil de los recuerdos del pasado. ( Tenía Isabel la sensación de que con los dientes de leche la vida y la muerte se saltaba sus propias reglas, y esa excepción y esa rareza los hacían doblemente valiosos. Quien no fuera capaz de emocionarse al menos un poco ante uno de aquellos dientecitos carecía por completo de sensibilidad…).

El personaje de Raffaele invade el texto, está campeado a la perfección. Los personajes femeninos de Isabel y de Elisa son también muy logrados y le dan solidez al relato. Los tres hijos están más bien esbozados aunque con una mención especial a Paquito, el niño bobo que reboza sentimientos.

Una obra en el estilo inconfundible del escritor, pero que no logró cautivarme como otras.

Dientes de Leche. Iganacio Martinez de Pison

DIENTES DE LECHE, Seix Barral 2008,  ISBN 978-84-322-1247-5

La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben

Résultat de recherche d'images pour "peter wohlleben la vie secrète des arbres" Peter Wohlleben est un forestier et écrivain allemand (Bonn 1964) auteur de ce livre qui est un best seller mondial; rien qu’en Allemagne il s’en est vendu plus de 700 000 exemplaires.  Il travaille et s’occupe d’une forêt d’hêtres depuis plus de 20 ans, forêt située sur la commune d’Hūmmel dans la région d’Eifel (vers la frontière belge) au sud de Bonn.

La vie secrète des arbres (2015) est un livre à nul autre pareil. Il est absolument vrai que, après l’avoir lu, on ne peut plus regarder les arbres avec indifférence mais avec un énorme respect pour la part immense qu’ils accomplissent dans le cycle de notre vie. D’aucuns ont reproché à Wohlleben de donner un caractère un peu trop anthropomorphique à cette histoire, mais je pense qu’il ne pouvait pas en être autrement afin de donner au récit une échelle de valeurs à la portée du plus grand nombre et de ne pas cantonner le livre à la catégorie réservée aux scientifiques. C’est une leçon de bonheur que ce livre et aussi une leçon d’humilité pour l’Homme en général qui se considère un être supérieur alors qu’il n’est qu’un maillon de la chaîne comme tant d’autres êtres vivants.

On apprend beaucoup de choses dans ce livre. Par exemple la complexité et la richesse des interconnections racinaires des arbres entr’eux, ce qui leur sert à s’alimenter et à échanger des informations. Par exemple l’interaction exercée pendant des  kilomètres par le mycellium des champignons visant à aider l’irrigation des arbres. La consommation d’eau par les arbres, facteur de leur croissance,  est importante : pour produire un kilo de bois, un hêtre a besoin de 180 litres d’eau  mais d’autres espèces jusqu’à 300 litres. Par exemple le système d’entr’aide des arbres d’une même espèce qui prennent en charge les bébés arbres comme les arbres malades ou affaiblis, et même, les racines ou les vestiges d’arbres coupés sans jamais les abandonner à la sécheresse. En fait, quand un arbre meurt c’est qu’il a perdu sa place dans l’écosystème qui l’héberge : il a été parasité et/ou infesté par une myriade d’êtres vivants qui peuplent le sous-bois et dont nous ignorons la présence.

L’écosystème d’une forêt est d’une grande complexité et la lutte pour la vie et la survie est aussi impitoyable qu’ailleurs et à tous les échelons. La lutte se fait avant tout pour la moindre parcelle de SOLEIL, énergie basique pour leur survie via la photosynthèse, car la fabrication du bois consomme des quantités phénoménales d’énergie : le tronc d’un hêtre, par exemple, a besoin d’un volume de sucres et de cellulose équivalent à un hectare de blé. Il est compréhensible qu’il lui faille 150 années pour grandir et se développer, mais ensuite aucun autre végétal ne lui fera de l’ombre et sa progéniture sera programmée pour survivre avec le peu de luminosité qu’il laisse filtrer (3% !) en ayant droit à des perfusions de nourriture par les racines.

Il semblerait que les arbres ont une mémoire et qu’en cas de souffrance (une sécheresse par exemple), l’arbre peut changer de stratégie l’année suivante. Depuis les années 70 on sait que les arbres peuvent communiquer entre eux en sécrétant des substances odorifères (un gaz avertisseur comme l’éthylène) qui vont attirer d’autres prédateurs pour en débarrasser les premiers; par exemple attirer des abeilles afin de se débarrasser de chenilles voraces. Mais ils posséderaient aussi le sens du goût car ils peuvent identifier la salive  d’un insecte et prendre quelques mesures défensives et avertir les congénères proches…Les informations sont transmises chimiquement, mais aussi électriquement à la vitesse de 1 cm/seconde ce qui est très lent pour l’échelle humaine. L’enfance et la jeunesse d’un arbre sont 10 fois plus longues que les nôtres et ils vivent 5 fois plus longtemps que nous en moyenne.

On sait désormais que les arbres peuvent communiquer olfactivement, visuellement et électriquement par l’intermédiaire de sortes de cellules nerveuses situées aux extrémités des racines. De plus, les arbres auraient un comportement « social » en communauté.

Depuis une vingtaine d’années on sait que les arbres peuvent s’appuyer sur le réseau mycélien des champignons pour régler leur flux hydrique. La densité du réseau de filaments est inimaginable : une cuillerée à café de terre forestière contient plusieurs kilomètres de filaments appelés hyphes, ainsi, au fil de siècles un seul champignon peut s’étendre sur plusieurs kilomètres carrés et mettre en réseau des forêts entières. En transmettant les signaux d’un arbre à un autre par ses ramifications, l’arbre concourt à l’échange d’informations sur les insectes, la sécheresse du sol ou tout autre danger. Ils peuvent aussi conter les jours chauds au printemps afin de ne pas fleurir trop tôt et lancer la photosynthèse qui vise à reconstituer les réserves énergétiques de l’arbre.

Une forêt dense et primaire (donc mélangée) garantit un microclimat et un écosystème, mais il faut respecter la lenteur des arbres qui n’est pas à l’échelle humaine. Plus la croissance est lente, plus ils survivront. Ils nécessitent 500 ans pour restaurer une forêt primaire.

Lorsque les feuillus sont apparus sur Terre il y a quelques 100 millions d’années, les conifères étaient déjà là depuis 170 millions d’années. Les feuillus sont plus modernes au sens de l’évolution et ils ont un comportement automnal très « sensé » puisqu’il leur permet de résister aux tempêtes de la mauvaise saison. Les feuillus sont armés pour cela : ils peuvent se débarrasser de toutes leurs feuilles (chacune étant comme un petit auvent) pour gagner en aérodynamisme, ce qui représente 1200 mètres carrés de surface totale qui s’envolent et retombent à l’automne en tourbillonnant sur le sol de la forêt; l’architecture du tronc dépouillé des feuilles, avec sa flexibilité, amortit puis repartit la pression des rafales sur l’arbre dans son entier; la combinaison des deux, permet au feuillu de traverser l’hiver sans dommages.

Mais comment font les arbres des villes ? Sans un écosystème aussi ultra perfectionné, un sous-sol riche en humus équivalent au plancton des océans ? Voilà le charme de la biodiversité. Il existe des espèces d’arbres dites « pionnières », des individualistes qui n’ont goût ni pour le confort ni pour la communauté et qui fuient la promiscuité de la forêt. Leur but est de conquérir de nouveaux territoires pourvu qu’il n’y ait pas de grands arbres parce que ces espèces détestent l’ombre qui ralentirait leur croissance : leur pousse annuelle est accélérée par rapport aux grands arbres : un mètre alors qu’elle se mesure en millimètres pour un hêtre ou un sapin.

Les arbres ne marchent pas mais ils se déplacent en jouant sur le renouvellement des générations. Les graines migrent avec le vent, elles sont légères et petites afin de voyager loin; avec une rafale de vent elles peuvent parcourir 1 à 2 kilomètres. Les espèces possédant des graines plus lourdes (chênes, châtaigniers, hêtres) se servent des animaux du sous bois pour enfouir les graines à distance. Les arbres ont pu migrer vers des zones plus chaudes quand le froid s’est installé, puis remonter vers le nord au changement de climat suivant.

Dans l’écosystème le rôle primordial de l’arbre est de capter le CO2; au cours de leur vie ils emmagasinent jusqu’à 20 tonnes de CO2 dans leur tronc, leurs branches et leur système racinaire. Quand ils meurent, une quantité de gaz à effet de serre strictement équivalente est libérée par l’action de champignons et de bactéries qui digèrent le bois et le rejettent, transformé, dans l’atmosphère. L’effet paradoxal de l’augmentation actuelle de la concentration de CO2 dans l’air a un effet fertilisant : les arbres poussent plus vite avec un volume de biomasse supérieur d’environ un tiers par rapport à il y a une dizaine d’années. Mais cette croissance n’est pas saine. Une équipe de chercheurs internationale a étudié 700 000 arbres sur tous les continents pour conclure que les arbres les plus vieux poussaient le plus vite : un arbre avec un tronc d’un mètre de diamètre produit 3 fois plus de biomasse qu’un individu moitié moins gros.

L’air est plus pur sous les arbres car ce sont des filtres. Les feuilles et les aiguilles qui baignent dans les flux d’air captent nombre de particules qui y sont en suspension; elles interceptent 7000 tonnes par an de particules au kilomètre carré, expliqué par l’immense surface foliaire représentée par les houppiers (couronne de l’arbre). Cela est 100 fois plus important que le travail d’une prairie par exemple. Ils filtrent des substances polluantes, des poussières et des pollens, acides , hydrocarbures toxiques et composés azotés; on les retrouve sous les arbres comme les graisses de l’hôte aspirante d’une cuisine.

A la fin du livre Peter Wohlleben nous démontre l’interaction des écosystèmes par une belle histoire qui nous vient du Japon.  Un chercheur en chimie marine, Katsuhiko Matsunaga de l’Université de Hokkaido, a découvert que des acides provenant des feuilles tombées étaient transportés par les eaux des ruisseaux et des fleuves jusqu’à la mer où ils favorisaient le développement du plancton, le premier maillon de la chaine alimentaire. La plantation d’arbres à proximité des côtes, encouragée par Katsuhiko Matsunaga a été suivie d’une augmentation de rendements des pêcheries et des élevages d’huitres.

Ce qui est sûr, c’est que je ne pourrais plus regarder un arbre de la même manière après avoir lu ce livre. Il me vient un profond respect et une admiration pour l’enchevêtrement et l’interdépendance des écosystèmes qui contribuent à notre bien être sur cette planète si malmenée.

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LA VIE SECRÈTE DES ARBRES, Les Arènes 2017 (PW 2015),  ISBN 978-2-35204-563-9

Tenemos que vernos de María Tena

María Tena (Foto Javier Oliaga) María Tena es una escritora española (Madrid 1953), licenciada en Filosofía, Letras y  Derecho, con una carrera de funcionaria. Ha escrito varios libros que han resultado finalistas de Premios importantes del ámbito literario (Herralde, Primavera…).

Comenté en mayo 2017 su tercera novela El novio chino y confieso que me gustó mucho su estilo : sencillo y directo; y me prometí leerle otras publicaciones en cuanto se presentara la oportunidad.

Tenemos que vernos es su primera novela, finalista del Premio Herralde de Novela 2002 y me ha encantado por la precisión y el alcance justo de sus planteamientos. Encuentro que la portada del libro no está en adecuación con el contenido, la encuentro  anacrónica (es un detalle). La historia de esta novela estaría basada en un hecho real relatado por una amiga también escritora y la escritura le tomó dos años de trabajo.

Los temas del libro son interesantes : la erosión de la pareja, el amor, el tiempo que pasa, las relaciones familiares, la vida laboral, las amistades (verdaderas o falsas).

El libro está presentado en 4 estaciones, comenzando por el otoño y cada capítulo corresponde a un período de la vida de Clara, una mujer a quien todo le ha resultado en la vida : un matrimonio por amor con un arquitecto que tiene muy buena situación, dos hijos adolescentes, una casa estupenda en las afueras de Madrid, una sirvienta ecuatoriana eficiente, un trabajo que le gusta y en el cual se desempeña de maravilla, amigas a granel más una buena amiga con la cual se sincera de sus cuitas: Bárbara.

Y surge sin preaviso un cambio radical en su trabajo con un nuevo jefe con el cual la colaboración va a desembocar en una nueva relación para Clara quien a los 45 años, ya no espera gran cosa en su vida de mujer.

La irrupción brutal de la pasión en la vida de Clara, la llevará a reconsiderar la calidad de su pareja, pero al mismo tiempo sintiéndose terriblemente responsable de los suyos, de su situación social y laboral. Después de mucho cavilar, Clara decidirá decir todo al marido, por lealtad y honestidad.

Clara será muy mal recompensada por su franqueza.

Clara lleva en la novela una voz off que corresponde a los diálogos que mantiene con su amiga y confidente Bárbara y a lo largo del libro vuelve como un leitmotiv la frase « tenemos que vernos » que Clara repite porque  quiere que Bárbara la escuche y aconseje.

Me imagino que la escritora no eligió al azar los nombres de sus personajes. Así, Clara lleva muy bien su nombre porque todo en ella es claro, lo plantea con claridad aunque le sea nefasto. Y su gran amiga Bárbara también lleva bien puesto su nombre aunque bien pudo llamarse Bestia.

Y aunque la historia se termina mal para Clara, la última frase del libro es muy alentadora, positiva y sugerente…Tiene toda la vida por delante…

TENEMOS QUE VERNOS, Anagrama 2003,  ISBN 84-339-6842-4

Valet de pique de Joyce Carol Oates

Résultat de recherche d'images pour "joyce carol oates" Joyce Carol Oates est une grande dame des lettres nord-américaines (Lockport, NY 1938) elle possède une très vaste bibliographie et plusieurs cordes à son arc : poétesse, romancière, nouvelliste, dramaturge, essayiste. Son nom circule depuis quelque temps pour un prochain Prix Nobel. Ella a publié aussi des romans policiers sous des pseudonymes : Rosamond Smith et Laura Kelly.

Les sujets récurrents de Mme Oates tournent autour de la pauvreté rurale, des abus sexuels, des traumatismes de l’enfance, de la satire sociale et de la violence en général. Son style est richement descriptif et me rappelle par moments celui d’Honoré de Balzac. Mais ici les sujets peuvent être assez sombres, profonds, douloureusement psychologiques.

Je lui ai lu quelques livres, et je les ai trouvés tous bons, assez forts, limite dérangeants. Par exemple sa biographie de Marilyn Monroe Blonde (2000) est un des meilleurs livres lus sur cette actrice; et La Fille tatouée (2003) est un autre roman sur la violence des sentiments. J’ai publié en janvier 2017, en VO, un billet sur Hudson River (2001), encore un excellent bouquin sur la classe huppée et âgée nord-américaine avec une note plutôt rare de la part de Mrs Oates :  de l’humour acide.

Valet de pique (Jack of Spades, 2015) traduit en français en  2017, ce serait inspiré d’un récit de deux pages d’Edgar Allan Poe datant de 1850, Le Démon de  la perversité (« The Imp of the Perverse » ) dont voici une citation…Nous sommes sur le bord du précipice. Nous regardons dans l’abîme, nous éprouvons du malaise et du vertige. Notre premier mouvement est de reculer devant le danger. Inexplicablement nous restons…Cette oeuvre élabore une théorie selon laquelle tout le monde a des tendances autodestructrices, incluant le narrateur; cette théorie peut être une esquisse de la notion du subconscient et du refoulement qui devra attendre Freud pour être théorisée. Aussi on peut citer William Wilson, une autre nouvelle du même Poe datant de 1839 où il évoque le thème du double qui hante le narrateur et le conduit à la folie.

Valet de pique est un livre assez génial, un thriller psychologique complexe, un roman choral et gothique avec une nette référence à E.A. Poe avec l’apparition d’un chat noir, incarnation de la chose démoniaque.

LE SUJET : Andrew Rush est un auteur de polars à succès, l’auteur le plus connu du comté d’Hecate dans le New Jersey. C’est un homme très lisse : marié depuis 30 ans à Irina, il est père de trois enfants qui ont déjà quitté la maison familiale, il est riche, assez charmant, un grand philanthrope pour la petite ville où il réside, auteur à succès de polars très corrects, très policés. Il se veut l’homme parfait. Ceci est la face que tout le monde connait.

Mais il a un autre côté, nettement plus obscur et caché à sa famille et à son éditeur : il écrit des polars sous un pseudonyme, Valet de Pique, nettement moins corrects, voire gore et pervers. Il y fait figurer des faits réels vécus par sa famille. Il cache ces livres dans le sous sol de sa vaste demeure, là où personne n’a le droit d’y aller et les écrit nuitamment sous l’emprise de l’alcool. Parfois il ne garde aucun souvenir de cette activité.

Un jour par mégarde il laissera traîner l’un de ses polars signé Valet de Pique qui tombera dans les mains de sa fille Julie, laquelle le lira et sera estomaquée quand elle constatera que des faits relatifs à leur vie familiale et privée, figurent dans le roman. Presque en même temps, Rush recevra une citation à comparaitre au tribunal correspondant à une accusation de plagiat et de vol de matériel de la part de C.W. Heider, une vieille fille de la ville de Harbourton où habite Rush, déjà connue pour les mêmes exactions avec d’autres écrivains et ayant été déboutée.

La maison d’édition de l’écrivain Rush est à New York et elle est très puissante. Elle commissionnera un excellent avocat qui le défendra sans souci et sans frais…

A partir de ce deux évènements l’écrivain Rush va perdre le contrôle de sa vie et son alter ego, Valet de Pique, prendra les commandes de son subconscient et lui dictera des conduites transgressives, inimaginables chez l’impeccable Andrew Rush. C’est la descente dans la folie.

Mais QUI est le véritable Andrew Rush ? C’est sûr, c’est un homme compliqué, c’est une personnalité trouble. Dès l’âge de 12 ans il traine des boulets puisque nous savons qu’il a été à l’origine de « l’accident » qui a coûté la vie à son frère plus jeune. Non, ce n’était pas un accident, il l’a poussé parce qu’il en était jaloux. Comment peut-on vivre avec une culpabilité pareille sans sombrer dans la folie? Par exemple, en inventant un personnage très retors et très pervers que lui permettra d’évacuer toutes ses pulsions ; une personnalité qui lui sert d’exutoire pour supporter cette charge émotionnelle. C’est l’autre face de son alter ego: Valet de pique. Peut-être nous trompons nous? Je ne crois pas car, sous une apparence débonnaire, il a complètement annihilé la personnalité de sa femme qui était au départ presque une meilleure écrivaine que lui même, et le lecteur remarque que dans son for intérieur il n’aime pas ses enfants, ils les méprise. En fait, c’est un personnage assez vil sous des apparences plus que trompeuses. Il commettra des actes graves mû par les pulsions du Valet de pique jusqu’au dénouement final. C’est assez terrifiant.

Il y a d’autres choses intéressantes dans le roman. Comme par exemple la mise en abyme de l’écrivain réel Stephen King, abondamment cité dans l’histoire. (Se connaissent-ils bien?). King et Oates ont publié des livres sous des pseudonymes  (sous le pseudonyme de Richard Bachman pour King). Le King du livre sera accusé de plagiat comme Andrew Rush. Oates aborde aussi le sujet de la création littéraire et de ses rituels, de la jalousie qui peut générer cette création intellectuelle. Et aussi le rôle de l’alcool comme moteur dans l’acte d’écriture.

Un livre bigrement complexe, intelligent, inquiétant et qui laisse quelques points non éclaircis (quid de la répétition en littérature?). Ceci me rappelle l’un des sujets phares du dernier livre d’Enrique Vila-Matas lu il y a peu : Mac et son contretemps, justement traitant de ce sujet.

VALET DE PIQUE, Éditions Philippe Rey 2017 (JCO 2015),  ISBN 978-2-84876-585-3

Los peligros de fumar en la cama de Mariana Enríquez

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Mariana Enríquez es una periodista y escritora argentina (Buenos Aires 1973) que forma parte del grupo « nueva narrativa argentina » ( de los cuales he leído por el momento a Pedro Mairal, Samanta Schweblin, Oliveiro Coelho…)

El estilo de Enríquez es una mezcla de gótico, de terror, de ciencia ficción, de fantasy y de lo ultra siniestro en lo cotidiano. Es una buena escritora, bastante eficiente en la medida que sus relatos son impecables, bien construidos, sin ninguna falla ni en el léxico ni en los temas, ni en la caída final.

Los peligros de fumar en la cama son 12 cuentos variopintos que no me produjeron tanto terror como asco porque nadan en lo morboso, en lo malsano, en lo under-ground : fantasmas, brujas, sexo, drogas, canibalismo, perversión, crueldad, venganza, fetichismo, espiritismo, fantasmas, obsesiones, locura…Hay una loca en un cuento que fuma en la cama y que busca la combustión a como venga y que da el título al compendio, por cierto muy atinado.

Una autora que hay que leer por lo novedoso de su aporte y por lo altamente eficiente de su estilo, pero no por gusto ni por placer.

LOS PELIGROS DE FUMAR, Anagrama 2017,  ISBN 978-84-339-9824-8

En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut

Résultat de recherche d'images pour "olivier bourdeaut en attendant bojangles"  Olivier Bourdeaut est un écrivain français (Nantes 1980). En attendant Bojangles est son premier roman, recompensé par quatre prix en 2016 : prix France Culture-Telerama, grand prix RTL-Lire,  prix Emmanuel Roblès et  prix France Télévisions.

Le titre du livre En attendant Bojangles provient directement de la chanson Mr Bojangles de Nina Simone (1979) que les parents du narrateur écoutaient et dansaient inlassablement. Vous pouvez écouter la chanson en lisant le livre pour vous couler dans l’ambiance. Le bouche-à-oreille a fonctionné très bien pour ce petit livre de 157 pages, et c’est ainsi que je l’ai repéré.

Je ne comprends pas l’engouement dithyrambique qu’a connu ce livre, mais je conçois que, dans cette période de morosité ambiante, ce livre puisse apporter la note de douce folie nécéssaire pour retrouver un sourire et de l’émotion.

C’est l’histoire d’un couple totalement loufoque et déjanté, parents d’un garçon qui sera le narrateur pour nous détailler la vie de famille du trio avec leur grue africaine nommée Mselle Superfétatoire. Le père regarde le quotidien avec une certaine distance et beaucoup d’amour pour sa femme, il l’appelle chaque jour avec un prénom différent ce qui la rend forcément chaque jour un peu différente; la mère est atteinte de folie douce, cela saute aux yeux, mélange de bipolarité et de vrai psychopathie, elle a de l’allure et vouvoie tout le monde, nous allons assister à sa lente dégradation et au plongeon dans la folie, là où il n’y a plus besoin de faire semblant de rien; et le fils qui ne comprend pas forcément les tenants et les aboutissants de cette farce mais qui s’amuse beaucoup et vit heureux car il est entouré d’un amour inconditionnel qui le rend très fort.

Les parents glissent devant le réel, ils refusent le monde tel que nous le vivons et tel que nous le voyons, entre autres détails, ils n’ouvrent pas leur courrier et passent leurs journées à s’amuser en dansant et en buvant des cocktails. Il n’y a aucun cartésianisme ni calcul dans leur vie, cela peut paraître joyeux, voire poétique mais forcément décalé. Le revers de la médaille est que cela ne peut pas durer et nous aurons une fin triste.

Il y a dans le roman des passages assez invraisemblables comme par exemple l’enlèvement de la mère, par le père et le fils,  de la clinique psychiatrique, ce qui rappelle la tournure loufoque du roman de Jonas Jonasson Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de 2009 qui connut aussi un grand succès.

Une lecture agréable, nullement dérangeante parce qu’elle distille beaucoup d’amour et une certaine légèreté avec un effet « bulle de champagne ».

EN ATTENDANT BOJANGLES, Folio 6308 (2017)(OB 2015),  ISBN 978-2-07-078236-9

La Patria de cristal de Elizabeth Subercaseaux

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Elizabeth Subercaseaux es una escritora, periodista y columnista chilena (Santiago 1945); es bisnieta del compositor alemán romántico Robert Schumann y de Clara Wieck-Schumann. Actualmente vive en EEUU (Pennsylvania) con su segundo marido. Ha sido traducida a varios idiomas y su mayor éxito de ventas es en Alemania.

Elizabeth Subercaseaux dedicó un libro a su ilustre tatarabuela Clara Schumann La música para Clara (2014).

Le he leído varios libros y me gusta su estilo que encuentro divertido-chic y tan chileno. La trilogía llamada Barrio Alto comprende Vendo casa en el barrio alto (2009), un libro muy divertido sobre un corredor de propiedades de la mejor alcurnia, que realiza compra y venta de casas porque el hombre está al tanto de absolutamente todo lo que sucede en la clase alta. Hay una descripción de una franja de la sociedad chilena completamente « momia »(=ultraderecha), pero en plena mutación. Compro lago Caburga (2011) narra la especulación inmobiliaria alrededor de este lago Caburga armada por el amigo corredor de propiedades y un chino con las mil peripecias para adquirir los terrenos y la entrada en política del amigo. El tercer tomo aún no lo he leído, se trata de Clínica Jardín del Este (2013) y creo que es una sátira contra las Isapres (instituciones de salud previsional).

La Patria de cristal (2017) es una novela histórica que abarca un siglo más o menos de la Historia de Chile y que no me ha gustado porque trata de la Historia chilena como si fuese una telenovela, un culebrón sentimental con el protagonismo de los próceres de la Patria y de sus allegados. El estilo de la escritora Subercaseaux es muy ameno y fluido, dejándose leer, pero esta vez no adherí con el tema. Este libro se sitúa entre las mejores ventas de abril 2017 en Chile.

Además, desfilan nombres no necesariamente bien conocidos por la lectora nada perita en historia que soy. El libro se hace por momentos demasiado alargado y conlleva algunos errores cuando, por ejemplo, aparece en el texto el anuncio del nacimiento de Elvira y nadie sabe quién es Elvira la cual volverá al texto posteriormente aclarando, por fin al lector.

La patria de cristal hace alusión a la fragilidad de la nueva república y la verdad es que vista de esta manera, la Historia de la joven nación que es Chile está llena de furor, de traiciones, de brutalidad, de injusticias, de codicia…O sea, que con la politiquería moderna no tenemos nada nuevo sino una diseminación generalizada del estado de corrupción.

El período va desde la Independencia hasta fines del siglo XIX.

Pero el libro es también la saga de una familia, la de Beatriz de Toro y Zambrano Infante casada con Florencio Larraín en primeras nupcias y con Cornelio Infante, un primo, en segundas nupcias. En aquellos años las familias patricias estaban casi todas emparentadas.

A Don Bernardo O’Higgins Riquelme se le trata mayormente como el « huacho » de la historia chilena y su historia personal que tiene cierto relieve, se la deja trunca desde que se exila en Lima.

No pienso que esta novela sea la mejor manera de abordar la historia de Chile « par le petit bout de la lorgnette » o  el extremo equivocado del telescopio porque la Historia es corta y molesta que se transforme en algo tan pedestre.

LA PATRIA DE CRISTAL, Catalonia 2017,  ISBN 978-956-324-495-3