Millénium 4 (Ce qui ne me tue pas) de David Lagercrantz

Résultat de recherche d'images pour "david lagercrantz" David Lagercrantz est un journaliste et auteur de best sellers suédois (Solna 1962). Il a relevé le défi de continuer la trilogie de Stieg Larsson qui avait connu un succès planétaire avec 6 millions d’exemplaires vendus. Cette saga, imaginée au début des années 2000 par Larsson a été publiée après sa mort car Stieg Larsson est décédé en 2004 à l’âge de 50 ans de crise cardiaque et seulement 10 mois avant la parution du premier tome. Il paraît que Larsson voulait écrire une dizaine de tomes, donc quelque part, continuer la saga c’est respecter sa mémoire et son souhait.

Bien sûr, j’ai lu la trilogie et je l’ai appréciée énormément, devenant presque addict, car prenant sur mes heures de sommeil pour avancer dans l’histoire…J’ai été littéralement fascinée par le personnage de Lisbeth Salander, la punkette pourfendeuse de justice tellement brillante. Lorsque j’ai su que Larsson s’était inspiré du personnage de Fifi Brindacier d’Astrid Lindgren pour construire le personnage de Salander, j’ai acheté l’intégrale des romans sur Fifi et je dois dire que je me suis régalée avec cette lecture : c’est tellement drôle et en même temps tellement osé, limite méchant, ce que je trouve assez caractéristique du monde des enfants qui ne sont pas toujours des anges ni si innocents que cela…

Aussi, à l’occasion d’un voyage à Stockholm j’ai suivi un circuit « Millénium » avec un groupe de mordus de la trilogie, originaires du monde entier. On nous a promenés sur les lieux du roman jusqu’à aller boire un café puis une bière dans les lieux cités dans le livre et visiter la rue où se situe l’appartement ayant servi de modèle à Larsson. Un peu à la façon du circuit Da Vinci Code monté à Paris (pour les Américains) ou le circuit provençal d’après les livres de Peter Mayle pour les Anglais…

Millénium 4 est sorti simultanément dans 24 pays, c’est déjà un exploit incroyable. Des clauses de confidentialité et le secret le plus absolu ont été  exigés avant la parution du livre.

Franchement, j’étais réticente à lire Millénium 4, mais je ne le regrette pas car c’est un bon thriller qui ne copie en rien à Larsson mais reprend les personnages clés de la trilogie donnant une part d’or au journaliste Blomkvist et à l’ineffable punkette Salander. Il y a deux aspects du livre qui m’ont paru difficiles : les noms suédois des lieux cités et les personnages qui surgissaient au fil des chapitres et que j’avais du mal à situer…(manque de concentration de ma part?)

Dans ce tome le journaliste Blomkvist au début semble assez désabusé, son journal Millénium est en crise car les ventes sont en chute libre et la publicité à la baisse, il existe une forte pression de la part des actionnaires pour trouver des sujets « vendeurs » et le journal a dû se résigner à accepter l’entrée de capitaux émanant d’un milieu porteur de valeurs éloignées de celles de Blomkvist. Il y a dans ce tome une critique assez virulente envers la presse suédoise.

Blomkvist et Salander vont reprendre contact via Internet. Il se trouve que la brillante Salander va pirater rien de moins que la NSA (National Security Agency). Nous aurons la description fouillée de l’espionnage industriel à haut niveau qui emploie des hackers recrutés au niveau de la planète et qui gravitent dans un monde fermé, cryptique, impitoyable; ils se connaissent entr’eux par des pseudonymes et communiquent de façon ultra sécrète car derrière cet infra monde circule beaucoup trop d’argent sale.

Le livre s’ouvre sur un brillant professeur-chercheur d’université suédois qui fait de la recherche à haut niveau sur l’Intelligence Artificielle (IA). Cet homme veut reprendre avec lui son fils autiste, qu’il a négligé. L’introduction de cet enfant autiste dans le récit est un trait de génie de la part de Lagercrantz car il nous introduit dans le milieu peu connu et fascinant, celui des autistes génies qui sont programmés pour réaliser certaines prouesses bien précises dans les domaines mathématiques, de la musique, du dessin ou de la mémoire tout court. C’est très intéressant.

Le livre est très documenté en ce qui concerne l’IA et le monde très fermé des hackers et leurs techniques. Aussi, nous serons ébaubis par l’importance de l’espionnage industriel au niveau planétaire.

Le titre de cet opus émane d’une phrase que le père de Salander, le bandit russe Zalachenko avait noté sur une feuille de papier « ce qui ne me tue pas me rend plus fort« , une citation attribuée à Nietzsche et qui était le mot de passe de son ordinateur (une brute cultivée, alors?).

Un thriller haletant, avec de l’action musclée, de l’information intéressante et une Salander plus fascinante que jamais car on devine que la suite va s’articuler autour de son passé obscur et très violent. Vivement le tome 5.

MILLÉNIUM 4, Babel Noir N° 180, 2015,  ISBN 978-2-330-07678-8

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Luisa y los espejos de Marta Robles

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Marta Robles es una periodista y escritora española (Madrid 1963).

El libro Luisa y los espejos ha sido galardonado con el Premio  Fernando Lara 2013. Es una lectura que me gustó porque me permitió descubrir a un personaje absolutamente estrambótico e increíble como fue Luisa Casati, conocida como la Marchesa Casati (1881-1957), una mujer que quiso convertirse en una obra de arte viviente y que fue un buen ejemplo del decadentismo, aquel movimiento artístico-literario de finales del siglo XIX con ideales « del arte por el arte » en franca oposición con el convencionalismo.

La Marchesa Casati nació bajo el nombre de Luisa Ammam, hija de un millonario que hizo un matrimonio « de conveniencia » a los 19 años con el marqués Camillo Casati Stampa di Soncino. El matrimonio se separó rápidamente y cada uno vivió su vida a su manera; la hija que nació de la unión, llamada Cristina, fue criada fuera de la esfera maternal y paternal.

Luisa Casati tuvo su época de gloria durante la Belle Epoque (fines del siglo XIX hasta la PGM), cuando fue una musa absoluta de la moda, de las artes y de la excentricidad la más alocada, un personaje que podríamos tildar de gótico porque asociaba lo morboso y lo siniestro, con mucho negro en el maquillage y la vestimenta. Le gustaba poseer animales repelentes como serpientes, con las cuales se adornaba; poseyó  también un boa constrictor y varios félidos que le gustaba pasear con riendas ornadas de joyas (para la Casati el arte lo justificaba todo : su despótico comportamiento, su excentricidad, el derroche de su fortuna y su amoralidad, página 175).

Luisa Casati tuvo su gloria en Europa y los EEUU (Italia y Francia principalmente) entre principios del siglo XX y el comienzo de la Gran Guerra (14-18), fue un ícono de una moda extravagante, poseía una figura estilizada y una estatura fuera de lo común (más de 1m80), un rostro donde predominaban dos ojos verdes de una rara intensidad que ella maquillaba con exceso y una cabellera pelirroja refulgente (más abajo, retrato de la Casati por Augustus John). Fue también una musa de pintores famosos. Se dice que la Casati ha sido la tercera mujer más retratada de la Historia después de Cleopatra y de la Virgen María…Se le conocen retratos y fotos, entre otros, de Boldini, Van Dongen, Man Ray, Augustus John, Adolf de Meyer, Zuloaga, Martini, Romaine Brooks, etc.

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Fue una mujer exageradamente rica, manirrota, que compró palacios y organizó unas fiestas que dieron mucho que hablar en aquella época. Pero Luisa Casati terminó arruinada, con problemas de dependencia al alcohol y a las drogas.

Luisa Casati tuvo muchos amantes y el primero de la serie fue el poeta italiano Gabriele d’Annunzio, otro decadente, quien mantuvo con la musa una larga y apasionada relación.

Luisa y los espejos está articulado alrededor de dos historias. Una real, la de Luisa Casati y otra ficticia, la de Luisa Aldazábal, una mujer española de 45 años que despierta de un coma post infarto, con ganas de retomar su vida de pintora que había abandonado para dedicarse a una vida de mujer casada y de madre.

Luisa Aldazábal vivirá habitada literalmente por el espíritu de la otra Luisa y partirá a Venecia en pos de recuerdos de la Marchesa Casati y de cierta inspiración y del coraje para iniciar una nueva vida independiente volcada en su pintura. En Venecia conocerá de manera extraña a un escultor español llamado Gabriel Quiroga. Tenemos dos Luisas con dos Gabrieles…y seguirán las coincidencias entre las dos mujeres, siempre orquestadas alrededor de espejos y/o imágenes especulares, lo que crea una situación misteriosa y por ende bastante gótica.

La alternancia de una historia real apasionante y de una historia ficticia poco interesante,  le quitó algún interés a mi lectura, aunque el final resulte sorprendente y altamente gótico: es un juego de espejos entre pasado y presente, entre dos épocas, dos mundos y dos historias.

Résultat de recherche d'images pour "luisa casati images"   Luisa Casati por Giovanni Boldini, 1908.

LUISA Y LOS ESPEJOS, Planeta 2013,  ISBN 978-84-08-11435-2

Dans la brume électrique de James Lee Burke

Résultat de recherche d'images pour "james lee burke in the electric mist with confederate dead"   James Lee Burke est un écrivain nord-américain (Houston 1936) connu par ses romans policiers, surtout pour la série avec le shérif David Robicheaux à New Iberia en Louisianne. L’écrivain est détenteur de nombreux prix et d’au moins deux adaptations pour le cinéma.

J’ai commenté le 9 décembre 2017 La descente de Pégase, un polar avec le shérif Robicheaux, un premier livre lu de Burke et qui m’avait interpellé par une écriture fouillée et assez riche, donnant une bonne idée de la Louisianne, le Deep South.

Voici Dans la brume électrique dont le nom exact est Dans la brume électrique avec les morts confédérés (In the Electric Mist with Confederate Dead, 1992), un deuxième roman de Lee Burke lu assez rapidement après le premier;  de plus il existe un consensus pour dire que ce serait son meilleur opus.

L’intrigue policière est assez complexe et perdue dans les méandres d’autres soucis. La description de la nature de la Louisianne est toujours aussi somptueuse et tellement juste que l’on croit sentir des odeurs et percevoir des bruits. Le shérif Robicheaux est toujours sujet à ses vieux démons, c’est à dire, aux accès de violence et à son passé d’alcoolo. En lisant ce roman, il découle l’idée que dans la petite ville de New Iberia, il y a une forte collusion entre les autorités locales, les notables et une mafia tentaculaire qui touche à la drogue (largement répandue), à la prostitution organisée en réseaux, aux jeux.

En gros, une équipe de filmation arrive à New Iberia pour tourner un film sur la Guerre de Sécession, cela signifie de l’argent à gagner pour le patelin et ses commerces, mais  l’un des commanditaires  est Julie Balboni un caïd de la drogue et de la prostitution et un ancien camarade d’école de Robicheaux. Les deux hommes ont un vieux contentieux à régler,  Balboni est très susceptible, mais il fait faire le sale boulot à des sbires. Des meurtres assez sauvages seront perpétrés sur des jeunes femmes  et Robicheaux est persuadé que ces affaires sont en rapport avec Balboni.

L’enquête traîne et toute sortes d’entraves apparaissent pour, soit cacher la vérité, soit dissuader le shérif de poursuivre son travail; l’affaire sera poussée jusqu’à recevoir des menaces sur sa vie privée. Le FBI est impliqué dans l’enquête puisqu’ils envoient l’agent Rose Gomez, spécialisée dans le langage corporel pour aider une enquête difficile.

C’est un polar assez dur où l’intrigue est secondaire par rapport aux « à côtés » : la justice, la corruption, la violence, la drogue, la prostitution omniprésente, les réseaux divers, et couronnant le tout, ce climat si particulier, chaud, humide, malsain, soumis à des intempéries violentes, particulier à La Louisianne.

Bien que bénéficiant du label « meilleur livre » de Lee Burke, j’ai eu plus de mal à le finir que La descente de Pégase, peut-être parce que j’ai ressenti des longueurs dans la narration et que pour moi un polar doit rester musclé surtout vers la fin.

Un film fut tourné par Bertrand Tavernier en 2009 avec Tommy Lee Jones dans le rôle de Robicheaux, film que je n’ai pas vu pour le moment. Je trouve que l’acteur Tommy Lee Jones correspond bien à l’image que je me faisais de Robicheaux.

 

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DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE, Rivages/Noir N°314-1999(JLB 1992), ISBN 978-2-7436-1814-8

Distancia de rescate de Samanta Schweblin

Résultat de recherche d'images pour "samanta schweblin" Samanta Schweblin es una escritora argentina (Buenos Aires 1978), elegida en 2010 por la revista británica Granta, entre los 22 mejores escritores en lengua castellana de menos de 35 años.

Es una cuentista muy galardonada. Comenté en mayo 2015 su libro de cuentos El núcleo del disturbio (2002) que fue premiado y apreciado pero que no me agradó por lo extraño, por lo absurdo de los temas.

Esta es su primera novela Distancia de rescate (2015) premiada con el Premio Tigre Juan del mismo año y no me convenció  por las mismas razones, pero con el factor agravante de que se trata de un solo texto con personajes absurdos, los límites no existen, la historia no existe claramente, hay insinuaciones por ejemplo contra la cultura transgénica del soja y las posibles repercusiones sobre deformaciones físicas o desarreglos morales. El relato ronda lo morboso, el patos existencial, la catástrofe ecológica…

La distancia de rescate del texto sería aquella distancia que nos sirve para proteger a nuestros hijos. Amanda, la madre del texto,  siempre repite a su pequeña hija Nina que « tiene que estar a una distancia de rescate » pero aparentemente la cercanía de rescate no bastó para salvarla.

Lo que si reconozco a la escritora es la calidad impecable de su prosa y de su vocabulario, pero no me es suficiente para hacer que la lectura me sea interesante.

DISTANCIA DE RESCATE, Literatura Random House 2015,  ISBN 978-84-397-2948-8

Le couple d’à côté de Shari Lapena

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Shari Lapena est un écrivain canadien avec une formation d’avocate, ayant exercé aussi comme professeur d’anglais.

Le couple d’à côté est son troisième livre et son premier thriller; ce fut un tabac, en France il figure parmi les 17 meilleurs livres de l’année 2017 ! Beau palmarès; son quatrième roman est déjà paru au Canada en juillet 2017: A Stranger in the House.

Aurait-on une obsession avec les maisons, un peu à la manière d’une Paula Hawkins et sa fille du train ou de Gillian Flynn et sa Gone Girl. Tiens on aurait pu appeler ce livre Gone Baby !

C’est un thriller psychologique qui m’a captivé très fortement dès le départ. Et pourtant…je n’aime pas du tout les histoires impliquant des enfants, elles me rendent excessivement anxieuse. Or ici, dès le premier chapitre le scénario est posé avec le rapt d’un bébé de 6 mois sous la barbe des parents. Ce qui est intéressant c’est que l’écrivain à l’aide de chapitres assez courts et bien enchaînés, nous livre au compte gouttes des éléments nouveaux et inattendus qui nous ébranlent fortement. On peut dire que c’est mené de main de maître, oui.

Mais, j’ai trouvé qu’à partir de la moitié du livre (à peu près) lorsque l’on connaît le coupable, les choses vont se gâter, se compliquer et que la fin est catastrophique et hors contexte, elle gâche, à mon avis, toute la maîtrise développée si savamment jusque là.

Quelques remarques personnelles: je trouve que le detective Rasbach est  insuffisamment caractérisé, les méfaits graves commis par les voisins Stillwell sont passés sous silence, et la fin d’un complice n’est même pas expliquée. La cerise sur le gâteau est la fin que je ne détaillerai pas ici parce que cela vaut la peine de le découvrir par soi même et de se faire  son opinion.

Une lecture très prometteuse mais une fin qui m’a surprise.

LE COUPLE D’À CÔTÉ, Presses de la Cité 2017,  ISBN 978-2-258-13765-3

Hablar solos de Andrés Neuman

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Andrés Neuman nació en Buenos Aires en 1977, a los 14 años se radicó en Granada donde cursó estudios secundarios y luego Filología hispánica, con un doctorado en esta materia. Es escritor, poeta, cuentista, autor de aforismos, actualmente es columnista a la Revista Ñ del diario Clarín y también del suplemento cultural del diario ABC en España. Tiene un excelente blog en español, considerado como uno de los mejores blogs en este idioma que les invito a descubrir : Microrréplicas :http://andresneuman.blogspot.fr/

Fue destacado por la lista Bogotá-39 del año 2007 como uno de los mejores autores latinoamericanos de menos de 39 años. Ha sido también galardonado con el Premio Alfaguara 2009 y semi-finalista del Premio Rómulo Gallegos por El viajero del siglo (2009), una novela total elegida entre las 5 mejores del año en lengua española por los críticos del diario El País; fue también dos veces semi finalista del Herralde con Bariloche en 1999 y Una vez Argentina en 2003 y finalista del Nadal en 1999 con Levantar ciudades.

Le he leído casi todo y encuentro que es muy bueno en el estilo ultra escueto, condensado. Será por eso que los aforismos se le dan muy bien. Tengo que leer El viajero del siglo, pero hasta ahora se me presentó la oportunidad de leerlo en francés y la rechacé : hay que leerlo, en la medida de lo posible, en su lengua vernácula. Paciencia.

Hablar solos (2012) es la quinta novela del escritor ibero-argentino y es bastante diferente de lo leído hasta ahora. Bajo una apariencia sencilla, ahonda temas terribles y trepana la conciencia del lector con ello: la enfermedad terminal, el acompañamiento al enfermo, el duelo psicológico que se hace antes que el duelo efectivo, la muerte del amor, la reaparición de una sensualidad desaforada como una manera de prolongar la vida y sentirse viviente, la necesidad de la « fabricación » de un recuerdo antes del desenlace final, la búsqueda afanada a través de una lectura adecuada de explicaciones a lo que se está viviendo, la mirada inocente de un niño frente a acontecimientos trágicos, la muerte de la « idea » de pareja, etc.

Todos estos matices hacen que este libro sea muy especial y el talento de Neuman reside en evitar todo patos, todo morbo y darnos una realidad muy pertinente hasta con toques divertidos sobre un tema, of course, que no tiene nada de divertido. Neuman tiene la originalidad en este libro de enfocar el tema de la muerte del punto de vista del sobreviviente y no del enfermo y por ende resulta algo transgresor ya que elude toda la parafernalia del inconsciente judeocristiano y su tendencia al tabú entorno al tema de la muerte.  Aquí tenemos puntos de vista diferentes desde la inocencia de un chico de 10 años (Lito, el hijo) hasta la madurez sana de la madre (Elena) y la madurez condenada del padre (Mario) con un relato crudo y sincero donde cada personaje tiene un discurso diferente. Pero también estas tres voces representan tres temporalidades diferentes porque Lito es el futuro, el padre moribundo es el pasado y la madre se debate entre un presente y futuro más bien inciertos. Además, el autor Neuman  se lanza en una exploración interesante con tres formas de lenguaje : el lenguaje mental del padre y sus soliloquios, el lenguaje oral de Lito y sus frases mal acabadas y el lenguaje escrito y documentado por las lecturas de la madre bajo la forma de un diario.

Hablar solos narra la muerte próxima de Mario (cuya causa no se anuncia claramente, sino que se la llama « virus » y hoy no se muere de virus fuera del SIDA) rodeado de su mujer  y de su hijo de 10 años (que me parece más maduro que 10 años…).

Antes de morir Mario emprende un  road trip con Lito para acercarse al niño y « fabricar recuerdos » durante un viaje  en camión con nombre antropomórfico de Pedro, a través de una Argentina imaginaria (nombres de pueblos inventados y donde los personajes ya no hablan como argentinos). La madre queda a la espera y vive una experiencia  sexual intensa y perversa con el médico de su marido, Ezequiel, porque necesita esta experiencia para sentirse viva; es una catarsis para soportar el dolor y la culpa de saberse sana y quedarse viva. Elena escribe un diario que es también una catarsis donde anota todas las numerosas referencias literarias que va encontrando  en su sed de lectura. Después del viaje, Mario entra en agonía y graba en el hospital un texto para Lito, un testimonio de amor y de recuerdos, una despedida.

Hay dos triángulos en la novela : uno familiar (padre,madre e hijo) y uno sentimental (marido,amante y esposa). El personaje de Ezequiel, el médico de Mario y amante de Elena no tiene voz narrativa sino que lo conoceremos a través del relato de Elena. Hay en esta obra una estupenda oposición entre Tanatos y Eros, dos entidades perfectamente complementarias en esta historia tan humana.

Un libro fuerte y valiente. La experiencia vivida por Andrés Neuman con la enfermedad de su madre tiene que haberle inspirado algunas situaciones y reflexiones que tienen más de vividas que de sacadas de la imaginación de un autor.

HABLAR SOLOS, Alfaguara 2012,  ISBN 978-84-204-0329-8

Mon cœur mis à nu de Joyce Carol Oates

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Joyce Carol Oates est une grande dame des lettres nord-américaines (Lockport, NY 1938), qui possède une très vaste bibliographie et plusieurs cordes à son arc : poétesse, romancière, nouvelliste, dramaturge, essayiste. Son nom circule depuis quelque temps pour un prochain Prix Nobel. Ella a publié aussi des romans policiers sous des pseudonymes : Rosamond Smith et Laura Kelly.

Je suis assez épatée par la variété de sujets abordés par la romancière : chacun des romans lus dernièrement est tellement différent et tellement fouillé, ce qui denote une imagination d’une grande richesse. Les sujets récurrents de Mme Oates tournent autour de la pauvreté rurale, des abus sexuels, des traumatismes de l’enfance, de la satire sociale et de la violence en général. Son style est richement descriptif et me rappelle par moments celui d’Honoré de Balzac. Mais ici les sujets peuvent être assez sombres, profonds, douloureusement psychologiques.

J’ai lu quelques livres de sa très vaste bibliographie, et je les ai trouvés tous bons, assez forts, parfois dérangeants. Par exemple sa biographie de Marilyn Monroe Blonde (2000) est un des meilleurs livres lus sur l’actrice;  La Fille tatouée (2003) est un autre roman sur la violence des sentiments. J’ai publié en janvier 2017, en Anglais, un billet sur Hudson River (2001), encore un excellent livre axé sur la classe « huppée-âgée » nord-américaine avec une note plutôt rare :  de l’humour acide. En juillet 2017, j’ai écrit un billet sur Valet de Pique, un excellent thriller gothique impregné d’influences d’Edgar Allan Poe, un maître pour Mrs Oates.

Mon coeur mis à nu, a été traduit en 2001 (My Heart Laid Bare, 1998); c’est un sacré pavé de plus de 600 pages avec lequel j’ai parfois eu du mal, trouvant certains passages trop denses. Néanmoins, c’est encore un sacré bouquin que l’on pourrait qualifier de roman picaresque : l’histoire d’Abraham Licht un homme assez mystérieux qui va surgir au début du XXème siècle et passera sa vie à jouer au Jeu, un jeu qu’il aura inventé de toutes pièces pour escroquer dans le vaste continent Nord-américain des riches et des moins riches. Pour parvenir à ses fins, il va entraîner ses propres enfants, les obligeant à jouer différents rôles de composition. Le personnage va connaître divers revers de fortune et devra fuir souvent. Il perdra sa fortune plusieurs fois mais rebondira toujours sur une autre affaire, encore plus juteuse, ceci à la façon américaine où les gens ne s’embarrassent pas du passé et repartent à la charge comme de vrais culbutos.

Page 212…Abraham Licht qui, comme Ulysse, est l’homme aux mille tours, l’homme de la ruse, du calcul et de la duplicité, cette sensation de paralysie: ses facultés mentales exacerbées fulgurent comme des éclairs, dans une direction, puis dans une autre, et une autre encore...

L’homme a 5 enfants, nés de trois femmes différentes, plus un fils adopté. Les deux premiers garçons sont des escrocs comme leur père et le deuxième, très brutal, est capable des pires vilenies pour lui plaire et attirer son attention. Le troisième enfant est une fille d’une beauté exceptionnelle qui sera aussi son associée en affaires. Les deux plus jeunes sont différents: l’aîné est un musicien brillant et la dernière, une créature assez facile à vivre et altruiste. Enfin, l’enfant adopté est noir, ce qui va être à l’origine de nombreuses mésaventures dans une société où la couleur de la peau est déterminante. Peu à peu tous les enfants vont se distancer de ce père malveillant qui les utilise comme des pions dans un échiquier et ne se soucie pas d’eux affectivement.

Abraham Licht écrira ses méfaits tout le long de sa vie hasardeuse dans un journal de 2 000 pages sous la forme de Mémoires intitulées Mon coeur mis à nu, l’oeuvre de sa vie, mais sur le tard, acculé par la maladie et la déchéance générale, il les brûlera.

Les aventures d’Abraham Licht et de ses enfants se succèdent et parfois sont très choquantes. Malgré le fond de franche immoralité, par moments l’ironie pointe dans le texte ce qui le rend plus supportable.

Le modus operandi de l’auteur dans ce livre est un peu particulier, c’est à dire qu’elle annonce un fait  important mais les explications ne viennent qu’après et tout n’est pas expliqué, des choses vont rester ambiguës.  Est-ce un effet voulu de la part de l’écrivain ?

Lecture assez copieuse avec quelques longueurs pour moi et une admiration sans bornes pour cet écrivain nord-américaine multifacétique qui a largement la carrure d’un Nobel.

 

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MON CŒUR MIS À NU, Stock 2001 (JCO 1998),  ISBN 2-234-05397-8