Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois

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Jean-Paul Dubois est un écrivain français (Toulouse 1950) ayant fait des études de Sociologie; il a travaillé aussi comme journaliste et grand reporter. Sa bibliographie est assez vaste: quelques 23 romans !

Son oeuvre pose un regard désabusé et distancé sur le monde et les rapports humains; ses héros ont souvent une vie névrosée, souvent ses personnages sont originaires de Toulouse comme lui même (tout en étant attiré par l’Amérique). Il y a des choses récurrentes dans les romans de Dubois : le prénom Paul pour le héros,  ou d’Anna pour l’épouse; le rugby apparaît souvent, mais aussi  des accidents et des morts brutales. La voiture peut être aussi un sujet important dans certains de ses livres.

On dit que cet écrivain est vraiment lui même quand il est drôle dans la tragédie et lorsqu’il rend cocasses des situations tristes.

J’ai lu avec plaisir quelques uns de ses romans: Une vie française (2004) un livre qui m’a plu énormément: la vie en parallèle de Paul Blick avec l’Histoire de la France entre 1950 et 2004; il y a une confrontation entre une vie chaotique-atypique et l’Histoire de la Vè République, ses grandeurs et ses bassesses. Le rythme du livre est soutenu, dévorant, avec une tension psychologique hors pair et une fin bouleversante; ce livre a été primé en 2004 par le Femina et le Prix FNAC. La succession (2016), sélectionné pour le Prix Goncourt m’a plu aussi beaucoup, reconnaissant aisément ce style si particulier à l’auteur avec son humour décalé et aiguisé. Vous plaisantez, monsieur Tanner (2006) est un court roman avec des chapitres ultra courts, facile à lire et hilarant en même temps que dramatique. Le cas Sneijder (2011), un autre de ses livres qui m’a plu, couronné du Prix Alexandre Vialatte 2012, tout à fait dans la veine de cet auteur excellent par le regard qu’il porte aux gens et aux choses. Tous les matins je me lève (1988), avec l’histoire d’un écrivain désabusé en manque d’inspiration avec une suite de gags désopilants. Kennedy et moi (1996) un livre assez court, drôle à la façon « duboisienne« , mais il m’a plu un peu moins car peu crédible par certains détails, quoique aussi avec des passages désopilants.

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (2019) est sa dernière publication saluée par le Prix Goncourt 2019 et qui a succombé à cette mode de titres trop longs que le lecteur a du mal à mémoriser (Arf ! je trouve cette mode détestable). Je suis mitigée quant à mon appréciation globale et je m’explique : j’ai eu du mal à m’intéresser à l’histoire avant la moitié du livre et le début de la partie canadienne. Je m’ennuyais un peu, je trouvais le récit un peu lourd. En revanche il m’a paru plus intéressant, plus profond, plus original, dans la deuxième partie. Le livre est bien écrit, avec quelques passages comportant de l’humour « à la dubois » fait de dérision et d’ironie finement ciselée.

Dans l’histoire on retrouve  des thèmes récurrents de l’auteur: les prénoms Paul (le protagoniste) et Anne (la mère du protagoniste), Toulouse qui apparait comme cadre de la naissance de Paul, puis le thème des voitures qui est remplacé ici par de l’avionnerie; il y a une mort violente, et moult détails du trade mark de l’auteur.

C’est un vrai bildungsroman ou roman d’initiation avec la narration de la vie du protagoniste Paul Hansen. Paul Hansen est né à Toulouse, fils de père danois, pasteur, et de mère française. Il va grandir à l’ombre de ses parents, aussi fantasques l’un que l’autre et surtout la mère, pour devenir un jeune homme formé sur le tas aux métiers du bâtiment. J’ai trouvé que le personnage de Paul Hansen manque de profondeur et reste assez secret, comme en retrait tout au long de sa vie.

Suite aux déboires familiaux, il va émigrer au Canada francophone pour démarrer une nouvelle vie auprès de son pasteur de père exilé là bas. Il aura de la chance et deviendra le factotum d’un immeuble de luxe où, grâce à ses dons, il va gravir l’échelon et vivre sa vie  jusqu’à croiser Winona, celle qui deviendra sa compagne.

La première scène sensuelle avec sa future compagne est décrite de façon originale…les bruits de la forêt, le vol des oiseaux, le sentiment d’être au bon endroit, au moment adéquat, le regard de Winona qui dit que c’est maintenant, ses mains qui glissent dans mes poches, le contact de ses doigts, les miens qui s’accrochent au miracle, la friction des vêtements, le froissement des corps, le claquement des peaux, le monde qui devient tout petit

Mais le destin lui réserve des coups durs: Paul va se retrouver en prison et devra partager son étroite cellule avec un  détenu haut en couleur, personnage fort du récit, inoubliable.

Son expérience en tant que super-concierge de cet immeuble huppé est très drôle, intéressante, riche en expériences humaines en tout genre. A mon goût ce sont les meilleurs moments du roman.

Il y a des informations fascinantes sur les colibris ou oiseaux mouches: animaux de 5-6 cm avec un coeur qui bat en vol jusqu’à 1260 battements par minute et descend à 50 au repos, des poumons qui respirent 500 fois dans le même laps de temps, des ailes qui pivotent dans tous les sens; un vol aussi rapide en avant qu’en arrière, en haut et qu’en bas et qui peut atteindre 100 Km / heure dans toutes les positions. Des ailes qui battent 200 fois par seconde. Grand spécialiste du vol statique et qui peut se déplacer sur 800 Km devant manger 8 fois par jour. Une minuscule machine de la nature, prodigieuse.

Un livre un peu différent de ceux déjà lus, plus grave, plus réfléchi. Et quand je pense à tous les Dubois qu’il me reste à lire, et bien, cela me rend heureuse.

TOUS LES HOMMES, Éditions de l’Olivier 2019,  ISBN 978-2-8236-1513-6

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