La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben

Résultat de recherche d'images pour "peter wohlleben la vie secrète des arbres" Peter Wohlleben est un forestier et écrivain allemand (Bonn 1964) auteur de ce livre qui est un best seller mondial; rien qu’en Allemagne il s’en est vendu plus de 700 000 exemplaires.  Il travaille et s’occupe d’une forêt d’hêtres depuis plus de 20 ans, forêt située sur la commune d’Hūmmel dans la région d’Eifel (vers la frontière belge) au sud de Bonn.

La vie secrète des arbres (2015) est un livre à nul autre pareil. Il est absolument vrai que, après l’avoir lu, on ne peut plus regarder les arbres avec indifférence mais avec un énorme respect pour la part immense qu’ils accomplissent dans le cycle de notre vie. D’aucuns ont reproché à Wohlleben de donner un caractère un peu trop anthropomorphique à cette histoire, mais je pense qu’il ne pouvait pas en être autrement afin de donner au récit une échelle de valeurs à la portée du plus grand nombre et de ne pas cantonner le livre à la catégorie réservée aux scientifiques. C’est une leçon de bonheur que ce livre et aussi une leçon d’humilité pour l’Homme en général qui se considère un être supérieur alors qu’il n’est qu’un maillon de la chaîne comme tant d’autres êtres vivants.

On apprend beaucoup de choses dans ce livre. Par exemple la complexité et la richesse des interconnections racinaires des arbres entr’eux, ce qui leur sert à s’alimenter et à échanger des informations. Par exemple l’interaction exercée pendant des  kilomètres par le mycellium des champignons visant à aider l’irrigation des arbres. La consommation d’eau par les arbres, facteur de leur croissance,  est importante : pour produire un kilo de bois, un hêtre a besoin de 180 litres d’eau  mais d’autres espèces jusqu’à 300 litres. Par exemple le système d’entr’aide des arbres d’une même espèce qui prennent en charge les bébés arbres comme les arbres malades ou affaiblis, et même, les racines ou les vestiges d’arbres coupés sans jamais les abandonner à la sécheresse. En fait, quand un arbre meurt c’est qu’il a perdu sa place dans l’écosystème qui l’héberge : il a été parasité et/ou infesté par une myriade d’êtres vivants qui peuplent le sous-bois et dont nous ignorons la présence.

L’écosystème d’une forêt est d’une grande complexité et la lutte pour la vie et la survie est aussi impitoyable qu’ailleurs et à tous les échelons. La lutte se fait avant tout pour la moindre parcelle de SOLEIL, énergie basique pour leur survie via la photosynthèse, car la fabrication du bois consomme des quantités phénoménales d’énergie : le tronc d’un hêtre, par exemple, a besoin d’un volume de sucres et de cellulose équivalent à un hectare de blé. Il est compréhensible qu’il lui faille 150 années pour grandir et se développer, mais ensuite aucun autre végétal ne lui fera de l’ombre et sa progéniture sera programmée pour survivre avec le peu de luminosité qu’il laisse filtrer (3% !) en ayant droit à des perfusions de nourriture par les racines.

Il semblerait que les arbres ont une mémoire et qu’en cas de souffrance (une sécheresse par exemple), l’arbre peut changer de stratégie l’année suivante. Depuis les années 70 on sait que les arbres peuvent communiquer entre eux en sécrétant des substances odorifères (un gaz avertisseur comme l’éthylène) qui vont attirer d’autres prédateurs pour en débarrasser les premiers; par exemple attirer des abeilles afin de se débarrasser de chenilles voraces. Mais ils posséderaient aussi le sens du goût car ils peuvent identifier la salive  d’un insecte et prendre quelques mesures défensives et avertir les congénères proches…Les informations sont transmises chimiquement, mais aussi électriquement à la vitesse de 1 cm/seconde ce qui est très lent pour l’échelle humaine. L’enfance et la jeunesse d’un arbre sont 10 fois plus longues que les nôtres et ils vivent 5 fois plus longtemps que nous en moyenne.

On sait désormais que les arbres peuvent communiquer olfactivement, visuellement et électriquement par l’intermédiaire de sortes de cellules nerveuses situées aux extrémités des racines. De plus, les arbres auraient un comportement « social » en communauté.

Depuis une vingtaine d’années on sait que les arbres peuvent s’appuyer sur le réseau mycélien des champignons pour régler leur flux hydrique. La densité du réseau de filaments est inimaginable : une cuillerée à café de terre forestière contient plusieurs kilomètres de filaments appelés hyphes, ainsi, au fil de siècles un seul champignon peut s’étendre sur plusieurs kilomètres carrés et mettre en réseau des forêts entières. En transmettant les signaux d’un arbre à un autre par ses ramifications, l’arbre concourt à l’échange d’informations sur les insectes, la sécheresse du sol ou tout autre danger. Ils peuvent aussi conter les jours chauds au printemps afin de ne pas fleurir trop tôt et lancer la photosynthèse qui vise à reconstituer les réserves énergétiques de l’arbre.

Une forêt dense et primaire (donc mélangée) garantit un microclimat et un écosystème, mais il faut respecter la lenteur des arbres qui n’est pas à l’échelle humaine. Plus la croissance est lente, plus ils survivront. Ils nécessitent 500 ans pour restaurer une forêt primaire.

Lorsque les feuillus sont apparus sur Terre il y a quelques 100 millions d’années, les conifères étaient déjà là depuis 170 millions d’années. Les feuillus sont plus modernes au sens de l’évolution et ils ont un comportement automnal très « sensé » puisqu’il leur permet de résister aux tempêtes de la mauvaise saison. Les feuillus sont armés pour cela : ils peuvent se débarrasser de toutes leurs feuilles (chacune étant comme un petit auvent) pour gagner en aérodynamisme, ce qui représente 1200 mètres carrés de surface totale qui s’envolent et retombent à l’automne en tourbillonnant sur le sol de la forêt; l’architecture du tronc dépouillé des feuilles, avec sa flexibilité, amortit puis repartit la pression des rafales sur l’arbre dans son entier; la combinaison des deux, permet au feuillu de traverser l’hiver sans dommages.

Mais comment font les arbres des villes ? Sans un écosystème aussi ultra perfectionné, un sous-sol riche en humus équivalent au plancton des océans ? Voilà le charme de la biodiversité. Il existe des espèces d’arbres dites « pionnières », des individualistes qui n’ont goût ni pour le confort ni pour la communauté et qui fuient la promiscuité de la forêt. Leur but est de conquérir de nouveaux territoires pourvu qu’il n’y ait pas de grands arbres parce que ces espèces détestent l’ombre qui ralentirait leur croissance : leur pousse annuelle est accélérée par rapport aux grands arbres : un mètre alors qu’elle se mesure en millimètres pour un hêtre ou un sapin.

Les arbres ne marchent pas mais ils se déplacent en jouant sur le renouvellement des générations. Les graines migrent avec le vent, elles sont légères et petites afin de voyager loin; avec une rafale de vent elles peuvent parcourir 1 à 2 kilomètres. Les espèces possédant des graines plus lourdes (chênes, châtaigniers, hêtres) se servent des animaux du sous bois pour enfouir les graines à distance. Les arbres ont pu migrer vers des zones plus chaudes quand le froid s’est installé, puis remonter vers le nord au changement de climat suivant.

Dans l’écosystème le rôle primordial de l’arbre est de capter le CO2; au cours de leur vie ils emmagasinent jusqu’à 20 tonnes de CO2 dans leur tronc, leurs branches et leur système racinaire. Quand ils meurent, une quantité de gaz à effet de serre strictement équivalente est libérée par l’action de champignons et de bactéries qui digèrent le bois et le rejettent, transformé, dans l’atmosphère. L’effet paradoxal de l’augmentation actuelle de la concentration de CO2 dans l’air a un effet fertilisant : les arbres poussent plus vite avec un volume de biomasse supérieur d’environ un tiers par rapport à il y a une dizaine d’années. Mais cette croissance n’est pas saine. Une équipe de chercheurs internationale a étudié 700 000 arbres sur tous les continents pour conclure que les arbres les plus vieux poussaient le plus vite : un arbre avec un tronc d’un mètre de diamètre produit 3 fois plus de biomasse qu’un individu moitié moins gros.

L’air est plus pur sous les arbres car ce sont des filtres. Les feuilles et les aiguilles qui baignent dans les flux d’air captent nombre de particules qui y sont en suspension; elles interceptent 7000 tonnes par an de particules au kilomètre carré, expliqué par l’immense surface foliaire représentée par les houppiers (couronne de l’arbre). Cela est 100 fois plus important que le travail d’une prairie par exemple. Ils filtrent des substances polluantes, des poussières et des pollens, acides , hydrocarbures toxiques et composés azotés; on les retrouve sous les arbres comme les graisses de l’hôte aspirante d’une cuisine.

A la fin du livre Peter Wohlleben nous démontre l’interaction des écosystèmes par une belle histoire qui nous vient du Japon.  Un chercheur en chimie marine, Katsuhiko Matsunaga de l’Université de Hokkaido, a découvert que des acides provenant des feuilles tombées étaient transportés par les eaux des ruisseaux et des fleuves jusqu’à la mer où ils favorisaient le développement du plancton, le premier maillon de la chaine alimentaire. La plantation d’arbres à proximité des côtes, encouragée par Katsuhiko Matsunaga a été suivie d’une augmentation de rendements des pêcheries et des élevages d’huitres.

Ce qui est sûr, c’est que je ne pourrais plus regarder un arbre de la même manière après avoir lu ce livre. Il me vient un profond respect et une admiration pour l’enchevêtrement et l’interdépendance des écosystèmes qui contribuent à notre bien être sur cette planète si malmenée.

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LA VIE SECRÈTE DES ARBRES, Les Arènes 2017 (PW 2015),  ISBN 978-2-35204-563-9

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