La montagne est jeune de Han Suyin

Résultat de recherche d'images pour "han suyin la montagne est jeune"  Han Suyin, de son vrai nom Chou Kuanghu, connue aussi comme Rosalie Elisabeth Comber (nom de son deuxième mari), fut une écrivaine, journaliste, sinologue et analyste politique sino-belge (Chine 1917-Suisse 2012), née de père chinois et de mère belge. Elle a commencé des études de Médecine à Bruxelles en 1933 qu’elle reprendra à Londres en 1944 pour obtenir le diplôme en 1948.

Elle a écrit plusieurs romans sur l’Asie, le plus connu est Multiple Splendeur de 1952, porté à l’écran avec un grand succès. Elle commence à écrire sous le nom de Han Suyin en 1937-45 pendant la Guerre sino-japonaise.

Dans les années 60-70 Han Suyin joua un rôle de porte-parole officieux dans la Chine de Mao, rôle qui lui valut des critiques acerbes par les défenseurs des droits de l’homme.

La Montagne est Jeune parut en France en 1959, traduit de l’anglais (The Mountain is Young, 1958): le livre se déroule au Népal et se serait inspiré des derniers moments du mariage de Han Suyin avec son deuxième époux, l’Anglais Leonard Comber ainsi que sa rencontre avec son troisième et dernier mari, l’Indien catholique Vincent Ruthnaswany.

Ce livre est un des livres préférés d’une grande amie et lectrice qui me l’a prêté avec circonspection, raison pour laquelle je le lis avec une certaine émotion et une attention particulière.

C’est un très grand roman et qui n’a pas vieilli d’un iota. Il se passe au Népal en 1956 et nous narre l’histoire d’Anne, mariée à John Ford, un Anglais, ancien colonial. Le couple bat de l’aile essentiellement parce qu’Anne ne ressent plus rien pour son mari; il lui provoque même une certaine répulsion physique. Elle écrit essentiellement des articles qui ont connu une petite notoriété. Elle s’ennuie ferme et accepte un poste d’enseignante d’anglais à Katmandou, dans une institution tenue par des missionnaires laïques, toutes vieilles filles et confites dans la bienséance et la religion.

La vallée de Katmandou ainsi que le Népal sont décrits de façon flamboyante, chaque fleur et chaque arbre a droit à un descriptif si parfait que le lecteur croit percevoir des fragrances subtiles. Le cadre géographique est aussi admirablement rendu, à tel point que le texte a la valeur d’un cliché photographique. Je ne connais pas le Népal, mais j’imagine la succession de sensations que cette lecture peut déclencher chez quelqu’un qui l’a visité, même s’il est vrai que le site ne doit plus avoir le cachet des années 50-60: les hippies sont passés par là, avec leur nirvana chimique et tout ce qui en découle…

Anne Ford va faire la connaissance d’un Indien, Unni Menon, ingénieur qui travaille dans la construction d’un barrage à 3000 m  d’altitude  (barrage qui évitera les inondations dues chaque année à la mousson, à l’origine de ravages terribles, de famine et de désolation dans toute la vallée). Elle tombera éperdument amoureuse de cet homme et bravera  toutes les conventions sociales pour l’aimer.

Le réveil sensuel d’Anne est intense et c’est décrit avec les mots qu’il faut, parfois crument. Il y a de la part de l’écrivain aucune pudibonderie pour mettre sur le papier toute la gamme de sentiments et de sensations nouvelles que va ressentir Anne devant cet amour d’abord très physique, puis très complet au four et à mesure qu’ils apprendront à se connaitre. Je pense que pour les mentalités de 1959, c’était assez osé, mais quelle justesse dans le ton pour nous décrire la passion des deux amants.

Dans le roman il y a d’autres couples et leurs histoires sont aussi très bien analysées.

Katmandou se trouve à 1500 m d’altitude et la raréfaction d’oxygène doit jouer un rôle dans l’exacerbation des sens des gens, provoquant une euphorie amoureuse et une forte érotisation des rapports entre hommes et femmes jeunes car les passions sont assez déchainées. Aussi cet affichage dans tous les temples de toutes les positions amatoires, doit jouer un rôle dans le collectif local.

Il y a dans l’histoire plusieurs personnages hauts en couleur, tels que le Rampoche ou autorité religieuse, doublé d’un redoutable homme d’affaires véreux. Il y a aussi pas mal d’humour pour juger certaines scènes, ce qui ajoute du sel à la lecture. Il y a aussi énormément d’informations intéressantes sur ces peuplades asiatiques comme par exemple la coutume de fiancer les fillettes Nevâris (originaires de la vallée) vers l’âge de 8 ans à un arbre, le coing du Bengale, afin qu’elles ne puissent jamais devenir veuves et qu’elles puissent échapper au sâti, cette pratique selon laquelle les veuves étaient contraintes à s’immoler sur le bûcher funéraire de leur époux pour le suivre dans l’au-delà. Ainsi le premier époux d’une femme étant du point de vue légal un arbre, les autres sont en surnombre.

La montagne est jeune, le titre du roman, fait référence à Mana Mani, une flèche rocheuse hostile dans un cirque grandiose de montagnes  de l’Himalaya, mais Mana Mani incarne aussi des déesses prêtes à se déchainer sur les humains si elles sont contrariées et cette croyance pèse lourd dans les mentalités locales, notamment sur les ouvriers du barrage où travaille Unni.

Un livre intéressant racontant avec des mots forts une histoire d’amour ravageuse et compliquée mais sublime dans un cadre unique. Un coup de chapeau pour la riche qualité de la traduction de Mme Renée Villoteau qui a su trouver tant de mots justes pour rendre à ce récit son intensité et sa sensualité.

Bravo Françoise, ton livre n’a pas vieilli, il est très fort. Merci.

LA MONTAGNE EST JEUNE, Livre de Poche (HS 1959),  ISBN

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Une réflexion sur “La montagne est jeune de Han Suyin

  1. Bravo pour cette parfaite fiche de lecture . On est tellement captives et entraines par cette histoire qu on en oublie la face cachee du cadre magnifique et envoutant du Nepal. La misere, magnifiee et relativisee par la religion omnipresente. Qu en est il de ce pays maintenant ?

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