Meurtre au 31è étage de Per Wahlöö

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Per Wahlöö fut un journaliste et écrivain de polars suédois (Församling Tölö 1926-Malmö 1975). A partir des années 60 il publiera une série de polars (10 volumes) en collaboration avec sa compagne, Maj Sjöwall, mettant en lumière l’inspecteur puis commissaire Martin Beck. Le couple est reconnu comme ayant inventé le roman noir scandinave, aujourd’hui très largement représenté sur le marché du polar. Si les enquêtes de Martin Beck sont largement connues, il est moins connu que Wahlöö a écrit et publié seulement 3 romans sous son seul nom, avec le commissaire Peter Jensen comme protagoniste. Ces romans se situent dans une Suède fictive mettant en lumière les dérives de la société suédoise.

Meurtre au 31è étage (1964) est un polar bien différent, avec un tempo un peu déphasé et où le protagoniste, le commissaire Jensen du seizième district de Stockholm, est un morne policier qui est (déjà) malmené par son métier de flic responsable de sa section qui doit résoudre dans les meilleurs délais des enquêtes un peu glauques (…c’était un officier de police d’âge moyen, de corpulence ordinaire, au visage lisse et inexpressif). De plus, ce pauvre Jensen est affublé de douleurs abdominales lancinantes de l’hypochondre droit et il passe son temps à boire du thé avec des biscottes, ainsi qu’à ingurgiter du bicarbonate de sodium en vrac (nous n’avons pas encore l’irruption massive du café dans les pages des polars…).

Dans ce polar, Jensen est appelé à résoudre le mystère autour de l’arrivée d’une lettre anonyme au sein de la Direction d’un puissant groupe éditorial à Stockholm, groupe qui se tient dans un immeuble de 30 étages, le plus haut de la ville. En fait, c’est un groupe qui détient la totalité de ce qui se publie, soit 144 périodiques avec un tirage supérieur à 21 millions d’exemplaires ! Autrement dit, le groupe contrôle presque toute l’information circulante et de plus, il la manipule parce que cette presse se veut « utile » pour les lecteurs car elle s’adresse à la famille toute entière et s’efforce d’être lisible par tous, de ne pas susciter d’agressivité, du mécontentement ou de l’inquiétude de la part du lectorat. Ainsi ce groupe éditorial satisfait le désir naturel de divertissement de chacun. Bref, le groupe concourt à la bonne entente nationale et crée des passerelles entre les partis politiques, entre la monarchie et la république. Et tout le mérite revient aux dirigeants du groupe éditorial…

Le problème est que dans tous les domaines, on essayait de rapprocher les opinions et les méthodes utilisées, lesquelles avaient presque uniquement pour principe de passer sous silence les contradictions et les difficultés. On masquait les problèmes, on les faisait passer après une constante amélioration du niveau de vie, on les enveloppait dans des mots creux crachés par la radio, la presse et la télévision. Tout cela portait le nom de « divertissement inoffensif« . Mais l’individu se sentait pris en charge en tant que personne physique et traité en irresponsable sur le plan de l’esprit; la politique et la société étaient devenues difficiles à comprendre, tout était acceptable mais inintéressant; et cela  créait chez l’individu un désarroi, suivi d’une indifférence générale. Et tout au fond, une terreur indéfinissable. Et l’un des principes fondamentaux de l’Entente est que tout doit être rentable. Tous les procès, y compris ceux concernant des bagatelles, ont fini par échapper plus ou moins au citoyen. Le motif était toujours le même : protéger l’individu contre des faits scandaleux, choquants ou effrayants, capables de troubler sa quiétude d’esprit.

En apparence dans cette société tout s’était amélioré, mais il y avait trois ombres : l’alcoolisme, le taux de suicides et la baisse de la natalité.

L’immeuble de l’Éditorial comporte 31 étages et le dernier étage est appelé « la section spéciale » ou « section 31 »; à cet étage le travail est mystérieux; les employés qui élaborent des projets appelés dummy, sont deux douzaines d’individus à la volonté affirmée sans dénominateur commun préalable, qui seront relégués à produire un journal « à l’ancienne »;  ce journal ne sera jamais édité car il aurait pu éveiller la conscience de certains. Il s’agit de propager l’indifférence sans  rencontrer d’obstacles.

Dans cette Suède fictive, la société a un grave problème d’alcoolisme et celui-ci est traqué et condamné sans merci (…bien que combattu très activement, l’alcoolisme sur la voie publique ne cessait d’augmenter et, depuis que le gouvernement avait fait adopter une nouvelle loi interdisant la consommation excessive d’alcool même en privé, la tâche de la police était devenue pratiquement surhumaine. De 2 à 3 mille personnes plus ou moins ivres mortes étaient arrêtées chaque soir; la moitié environ étaient des femmes. Et ce, malgré un impôt de 500% sur l’alcool. Mais les conditions de vie sont telles que  les gens sont pratiquement  amenés à se saouler à mort pour échapper à la morosité orchestrée et pour couronner le tout, on rafle 300 mille couronnes par jour en amendes pour alcoolisme, rien qu’à Stockholm…).

Constat amer d’une société muselée par les organes d’information, où l’on pratique à l’échelle nationale un « lavage de cerveau » de l’habitant. C’est devenu monnaie courante sous nos latitudes, n’est-ce pas?

MEURTRE AU 31è ÈTAGE, Rivages / Noir 801 2010 (PW 1964),  ISBN 978-2-7436-2161-2

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