La garçonnière de la République d’Emilie Lanez

Résultat de recherche d'images pour "emilie lanez"  Émilie Lanez est une journaliste politique française au journal Le Point; elle a déjà publié plusieurs livres.

La garçonnière de la République (2017)  nous raconte quelques faits autour d’une propriété de l’État très méconnue parce que gardée sécrète : La Lanterne, sise dans le parc de Versailles.

LES LIEUX : le pavillon de La Lanterne est une bâtisse du XVIIIè ayant appartenu au prince de Poix et de Noailles (gouverneur et capitaine de chasses, villes, châteaux et parcs de Versailles, Marly et dépendance) qui bénéficiait d’un appartement dans l’aile droite du Château sous Louis XV. Sa femme était la première dame d’honneur auprès de la reine. Mais le prince de Poix rêvait d’avoir un jardin à lui tout seul et le roi lui accorda un terrain en 1756 à l’extrémité du petit parc : 49 000 mètres carrés au bout de l’allée de la Tuilerie, à droite de l’ancienne mine de la Sablière et du Pavillon de la Girafe de la Ménagerie; une ménagerie destinée à amuser Louis XV enfant. Cette proximité fera que les odeurs régnantes à La Lanterne étaient pestilentielles. Le prince de Poix y résidera très peu et la bâtisse restera un lieu de passage. A la Révolution, le prince de Poix sauvera sa tête en fuyant vers la Suisse. Louis XVIII récupérera la maison afin d’étendre son domaine de chasse et au début du XXè, ce sont de riches américains qui louent la propriété. En 1945 La Lanterne rentre dans la liste des résidences républicaines avec le Général De Gaulle.

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LE NOM : il est vraisemblable qu’elle ait été ainsi baptisée parce qu’elle fut décorée, dès sa construction, du lanternon qui couronnait le pavillon de la Ménagerie.

L’ACCÈS : il faut serpenter jusqu’à la pièce d’eau des Suisses, puis, ayant dépassé la façade de l’Orangerie, en contre-bas du Château, il faut rouler sur la longue ligne droite bordant le parc. A travers ses grilles se dévoilent les allées du domaine, les courbes des parterres de buis et le reflet des fontaines. Puis à gauche de la route, le camp des Matelots et la fin du parc royal, avec un simple mur de pierres moussues. Sur la D10 qui relie Versailles à St Cyr-l’École, apparaissent deux maisons (La Poulinière et La Ménagerie), ce sont des communs du Château où logent 11 familles d’employés; depuis leur cour se voit nettement le toit de La Lanterne et ses trois cheminées. Juste après La Poulinière, à hauteur d’une halte d’autobus, une palissade de bois blanc barre la route de La Lanterne. Depuis le pavillon de la Chouette, une étroite maisonnette de briques roses, les sentinelles veillent. Ce pavillon dépassé, on roule à travers un bois, planté sous Nicolas Sarkozy afin de ne pas laisser une étendue d’herbe à découvert. Une grille pleine en fer forgé clôture l’entrée. Elle est bordée de deux piliers de marbre décorés de têtes de cerf. Des armes posées sous louis XVI, qui les fit venir de la grille des Cerfs dela Ménagerie, afin de rappeler que le propriétaire de La Lanterne, le prince de Poix et  duc de Noailles, occupe à son service la prestigieuse fonction de gouverneur des chasses. Ce qui se tient derrière ces grilles, les Français l’ignorent.

La demeure est construite en U autour d’une cour gravillonnée, bordée de haies de buis et de troènes, dans laquelle quatre carrés de pelouse forment une figure géométrique.

L’INTÉRIEUR : l’hôte principal réside dans le « pavillon central » avec une entrée pavée de marbre noir et blanc en damier avec un escalier tournant vers l’étage. A gauche, se trouve le grand salon dit « le salon vert », avec autour d’une table basse en Plexiglas, un canapé trois places et quatre fauteuils en tissu de la maison Braquenié, un élégant sécretaire Louis XV, un piano à queue; deux guéridons complètent la décoration. C’est la plus grande pièce de la maison. Au- delà du salon, le bureau et quelques fauteuils style Empire, recouverts de tissu vert, entourent ce bureau Louis XVI. Trois lignes de téléphone fixe :une pour l’extérieur, une reliée à l’Elysée et l’autre à Matignon. A droite de l’entrée, la salle à manger et son office, pour 8 à 10 convives autour d’une table ovale et des chaises Empire estampillées frères Jacob. Le parquet est « à la Versailles » et la lumière rentre à flots par sept portes-fenêtres se faisant face. Il n’y a aucun couloir à La Lanterne, avec des pièces qui se succèdent en enfilade. Dans l’aile droite, il y a la cuisine de 50 mètres carrés équipée de toutes les modernités. Puis on trouve la Laiterie, une pièce décorée de panneaux de marbre aux teintes rosées où l’on conserve au frais les bouquets de fleurs, les victuailles et les caisses de champagne. Après la Laiterie, l’écurie puis le garage. Au premier étage, chambres et salles de bains. Dans l’aile droite dorment les officiers de sécurité et le personnel; dans l’aile gauche, se trouvent les trois chambres mansardées des invités qui communiquent entre elles. Dans le corps principal, les deux chambres du président de la République. Une petite, une plus grande, chacune avec sa salle de bain. A côté de chaque chambre, une petite pièce exiguë qui sert de débarras.

LES OCCUPANTS : en 1958, le Général De Gaulle attribue La Lanterne à la villégiature des Premiers ministres. Le premier à l’occuper fut Michel Debré. La maison était dans un état déplorable, elle sera réhabilitée pendant trois ans puis meublée en Empire à  partir des collections du château de Versailles et de l’Elysée. L’occupant le plus long,  ce sera André Malraux : sept années en tant que ministre des Affaires culturelles.  Nicolas Sarkozy décidera en 2008, dès son élection, de récupérer pour la présidence cette demeure. Toutes les dames se succédant à La Lanterne auront des velléités de propriétaires sur les lieux…

LA GESTION : sous la Vè République, le coût de La Lanterne n’est abordé que 4 fois en séance à l’Assemblée nationale. Le domaine appartient à Versailles et le bâtiment fait l’objet d’une convention entre France Domaine et le ministère de la Culture. C’est à dire que les travaux sont payés par le ministère de la Culture mais reste à la charge de Matignon : Matignon paye, l’Elysée dispose puis l’Elysée rembourse…Elle a un statut extraterritorial.

Ce ne sont que des potins autour de La Lanterne, car le sujet est tabou. Chacun trouvera « chaussure à son pied » en lisant ce livre qui n’apporte pas beaucoup de lumières sur la question, sauf pour dire que nos élus vivent royalement en République au frais du contribuable français.

LA GARÇONNIÈRE, Grasset & Fasquelle 2017,  ISBN 978-2-246-86120-1

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