Le nouveau nom d’Elena Ferrante (Tome 2)

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Elena Ferrante est le pseudonyme d’un écrivain italien qui cultive l’énigme depuis 25 ans (pas de photo disponible, c’est seulement la deuxième fois que cela m’arrive dans ce blog). On pense seulement qu’Elena Ferrante est originaire de Naples et qu’elle (ou il?) serait née vers 1940. Le journaliste italien Claudio Gatti soulève l’hypothèse qu’il pourrait s’agir de la traductrice romaine Anita Raja de 63 ans, hypothèse basée sur l’explosion des revenus de Mme Raja ainsi que ceux de la maison d’édition E/O qui publie Mme Ferrante. Il faut dire que depuis 20 ans cet écrivain se cache et qu’elle avait prévenu son éditeur avec ces mots…de tous vos écrivains, je serai celle qui vous importunera le moins. Je vous épargnerai jusqu’à ma présence.

Le nom d’Elena Ferrante serait inspiré d’Elsa Morante, l’écrivaine préférée d’Elena Ferrante (le jeu des boîtes chinoises en plus…). Il faut signaler que cet auteur mystérieux est plébiscité dans le monde entier avec 2,5 millions d’exemplaires vendus et des traductions dans 42 pays… L’auteur reconnaît dans des interviews données par écrit la part importante de l’autobiographique dans son oeuvre. Derrière ses livres on sent une grande sincérité, un ton viscéral, un regard sur la condition des femmes et une approche très psychologique des personnages et des situations.

J’ai publié en août 2016 un billet sur un roman de 2002 qui m’avait pas mal remuée et beaucoup plu: Les jours de mon abandon, l’histoire d’une séparation narrée de façon si crue qu’elle devient surréaliste. Un très bon et fort bouquin. Et un billet sur L’amie prodigieuse en octobre 2016.

C’est une tétralogie napolitaine qui connait un succès mondial dont ce roman est le deuxième volet. Seuls les trois premiers tomes sont disponibles en français (L’amie prodigieuse depuis 2014, Le nouveau nom depuis 2016 et Celle qui fuit et celle qui reste depuis 2017); il s’agit d’une saga d’environ 1700 pages autour d’une amitié forte entre deux filles d’origine modeste dans le Naples de 1958.

Ce tome 2 a été consacré meilleur livre de l’année par le magazine Lire parmi 20 autres parutions.

Le nouveau nom (Storia del nuovo cognome, 2012) reprend l’histoire des deux amies dans un quartier pauvre de Naples et leur entrée (précoce !) dans la vie adulte. Le roman démarre avec le mariage de Lila la brune avec l’épicier Stefano Carracci. Lila veut abandonner sa condition de pauvre, elle veut échapper à son destin tout tracé de femme soumise aux lois patriarcales et elle plaque tout pour devenir l’opulente Madame Carracci, elle qui était la plus douée des deux, la plus intelligente, mais aussi la plus imprévisible et insoumise. Dès le jour de son mariage elle va comprendre son erreur, la trahison de son mari et elle n’aura de cesse que de se venger sur tout le monde, devenant impossible à vivre, même pour son amie Elena.

C’est la blonde Elena (Lena) Greco la narratrice de l’histoire qui va bien au delà de l’histoire d’amitié des deux filles, car de ce côté on peut cataloguer cette tétralogie de roman total puisqu’il aborde le contexte social et politique de l’époque, un quartier napolitain par le détail, les accents et les différences entre le Nord et le brûlant Mezzogiorno, les séquelles du fascisme, l’influence de la Camorra, etc, etc.

Si Lila la survoltée a choisi une vie matérielle aisée, Elena Greco a choisi de poursuivre des études, non sans peine, car elle n’est pas du tout aidée par les siens, lesquels, tout en étant très fiers de ses études, ne lui apportent aucune aide matérielle pour y parvenir. Ils sont confits dans un pessimisme ambiant, un manque de perspectives au long terme qui plombent tout le quartier, car en dehors des « aides » d’origine plus ou moins maffieuses et des compromissions, point de salut pour quiconque. Heureusement pour Lena, ses professeurs ont détecté en elle un potentiel pour envisager des études supérieures. Elle pourra finir des études secondaires et entamer des études universitaires à l’École Normale de Pise.

L’arrivée d’Elena à Pise donne toute la mesure de la détresse de la jeune fille d’origine modeste et qui plus est, napolitaine,  confrontée à un milieu universitaire où elle fait figure d’épouvantail : elle ne sait pas bien parler l’italien et en a honte, elle est mal fagotée, elle n’a pas d’habits, elle n’a pas d’argent. Mais elle est heureuse et se rend compte de la chance immense d’avoir pu quitter le quartier et d’échapper à la triste condition des mères napolitaines en général ( dans ce tome, comme dans le premier, les femmes au foyer sont décrites sans aucune complaisance : page 132 Elena dit…ce jour-là, en revanche, je vis très clairement les mères de famille du vieux quartier. Elles étaient nerveuses et résignées. Elles se taisaient, lèvres serrées et dos courbé, ou bien hurlaient de terribles insultes à leurs enfants qui les tourmentaient. Très maigres, joues creuses et yeux cernés, ou au contraire dotées de larges fessiers, de chevilles enflées et de lourdes poitrines, elles traînaient sacs à commissions et enfants en bas âge, qui s’accrochaient à leurs jupes et voulaient être portés. Et, mon Dieu, elles avaient dix, au maximum vingt ans de plus que moi…)

Au plan strictement personnel, l’amitié des deux amies va connaitre des hauts et des bas. Lila est mariée et très occupée par sa vie de couple (très problématique) mais aussi par ses implications dans le négoce de son mari. Elena fréquente un garçon du quartier, mais cela tourne mal, ce qui était prévisible. Ensuite, elle s’amourache de Nino Sarratore qui est plus intellectuel que les autres garçons et qu’elle écoute avec délectation.

Les deux amies partiront en vacances à Ischia, chaperonnées par la mère de Lila et la belle soeur de celle-ci. Ce séjour sera à l’origine de la partie la plus dramatique de ce deuxième tome que je ne veux pas détailler pour ne pas en gâcher la lecture.

Ce tome 2 est axé sur l’émancipation des deux amies, leur entrée dans l’âge adulte. Ce qui frappe dans cette saga est la violence  d’une réalité si palpable, si tonitruante, si énorme, que le lecteur se sent par moments complètement knock-out, sonné. Un autre aspect frappant est la possibilité par le biais de la narration de pénétrer dans l’univers intime de chacune des deux protagonistes, sans fausse pudeur. Cette incroyable soif de reconnaissance qu’éprouvent Lila et Lena à tous les niveaux et à chaque instant, sont aussi des points forts du roman.

J’ai été frappée par le caractère compétitif de cette amitié qui se dit forte mais qui ne va pas empêcher des trahisons des deux côtés. Lena va lire le manuscrit de Lila et va le détruire en l’envoyant par dessus un pont! Quant à Lila, elle n’hésitera pas à séduire l’amour platonique de Lena et qui plus est, sous son nez !

Ce tome 2 se termine quand les deux amies ont à peine 22 ans…Qu’est-ce que la vie leur réserve ? C’est vraiment du romanesque avec un souffle incroyable, un roman assez addictif qui ne laisse pas indifférent car la violence des sentiments autour des deux amies dérange le lecteur. J’ai été un peu gênée par la multitude de personnages qui s’entre croisent et se côtoient entre eux. Heureusement qu’il y a un lexique en début de livre pour les situer par rapport aux familles.

LE NOUVEAU NOM, Folio 6232 (EF 2012),  ISBN 978-2-07-269314-4

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Une réflexion sur “Le nouveau nom d’Elena Ferrante (Tome 2)

  1. Le tome II est, à mon avis, plus captivant que le I, bien plus passionnant .
    La souffrance et la violence des personnages sont encore plus palpables et leurs sentiments ont une force volcanique, comme le Vésuve, qui surveille en sommeillant la vie de Naples et de ses habitants.
     » Les deux Italies » et ses gens qui s’opposent sont bien présents dans les pages du récit, le tempérament de feu du Sud et celui plus posé des ceux qui habitent les villes du Nord.
    Je suis au volume IV puisque ma lecture est faite en espagnol et je n’arrive pas à le lâcher.
    Excellente lecture, à recommander.

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