La trahison de Thomas Spencer de Philippe Besson

Afficher l'image d'originePhilippe Besson est un écrivain, dramaturge, scénariste, critique littéraire et ancien animateur de TV français (Barbezieux-St Hilaire 1967); il possède une vaste bibliographie et plusieurs prix à son actif. Depuis 2002 il se consacre exclusivement à l’écriture. Son style simple et épuré rappelle à certains celui de Marguerite Duras.

On m’a offert ce livre et je me suis sentie heureuse de lire un auteur jusque là jamais lu.

Je suis plutôt déçue après la lecture de ce livre, ce qui ne préjuge en rien pour le reste de la production de Philippe Besson. Et ce n’est pas son style qui m’a déçue car la concision, le choix méticuleux des mots, une cadence du phrasé qui doit être très personnelle, m’ont plu. Mais c’est l’histoire racontée qui ne m’a pas intéressée.

La trahison de Thomas Spencer narre l’amitié de deux garçons américains nés le même jour : le 6 août 1945, une date symbolique puisqu’elle correspond au lancement de la première bombe atomique américaine sur Hiroshima.  On pourrait dire que l’histoire du livre est subordonnée à deux guerres : la guerre de Corée et la guerre du Viet Nam et on verra pourquoi. Oui, les deux garçons sont nés le même jour et très différents. De par leurs familles d’abord : Paul est le fils unique d’épiciers aisés de la petite ville de Natchez, une bourgade du Deep South Américain baignant dans l’indolence du Sud. Thomas Spencer est le fils d’une mère célibataire avec un rapport particulier avec sa mère, ce qui se comprend. Les deux garçons vivent tout près et se voient tous les jours. Ils vont grandir ensemble et devenir très proches, symbiotiques, avec une  amitié fusionnelle (…il commençait une phrase et je la terminais. Il partait dans une direction et je le suivais. Il plongeait dans le silence et je remplissais ce silence. Nous demeurions immobiles et l’espace entre nous était chargé d’ondes…page 244). Thomas est le narrateur de cette histoire depuis leur tendre enfance jusqu’à l’âge adulte sur fond d’Histoire américaine;  leur amitié restera pure malgré les émois troubles de l’adolescence, ici il n’est pas question d’homosexualité latente ni patente, mais d’une grande sensualité, un fort trouble émotionnel inhérent à cette époque de la vie, évoqué avec pas mal de retenue.

Jai trouvé que faire défiler de façon chronologique  l’Histoire contemporaine américaine  en parallèle avec l’histoire des deux garçons, avec un évènement bien marqué par chapitre, rendait cette histoire humaine beaucoup trop « cliché » et qu’ainsi leur histoire personnelle était alors beaucoup trop subordonnée aux évènements extérieurs. Agaçant. C’est la guerre du Viet Nam qui décidera du destin de Paul, jusque là resigné à reprendre l’épicerie familiale; il va s’engager envers et contre tous, ayant en tête la mort héroïque de son frère aîné dans la guerre de Corée: Paul plaque tout, la famille, sa fiancée Claire, son ami Thomas.

Ces deux garçons sont deux bons exemples de l’indolence sudiste : la décision de partir à la guerre, le mécanisme interne de cette détermination, les raisons profondes à cet acte ne sont pas disséquées. Et Thomas…après avoir fréquenté 4 années l’université grâce à une bourse (tellement difficile à obtenir aux USA), revient chez lui sans diplôme en se contentant d’un poste de bibliothécaire à Natchez (autrement dit, à s’enterrer vivant). Un autre exemple de la pleutrerie de Thomas nous l’avons quand, après des efforts réels pour retrouver les traces de son père biologique, il fuit devant la possibilité de le rencontrer en face à face.

Le départ de Paul à la guerre va créer un nouveau climat entre tous les protagonistes. Il y a une nouvelle donne. Ici arrive le fait annoncé avec le titre et évident pour le lecteur qui se dit « Ah voilà enfin ce que l’on nous annonce : le dénouement ! » Ce n’est pas une trahison ce qui arrive, mais la vie qui continue, le temps qui passe, la distance qui sépare, le sang qui continue de battre dans les veines. C’est l’implacabilité des choses,  liée à deux histoires d’amour : à lire et à découvrir…

Le livre aborde des thèmes porteurs comme la jalousie, la solitude, la distance qui vient compliquer les choses, la maternité hors mariage, la relation trop exclusive mère-fils, l’amitié et ce qui entoure l’amitié. Mais pour arriver aux conclusions l’histoire défile impavide.

LA TRAHISON, 10/18 N° 4302, 2016 (Éd. Julliard 2009),  ISBN 978-2-264-06929-9

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