Condor de Caryl Férey

Résultat de recherche d'images pour "caryl férey"Caryl Férey est un auteur français (Caen 1977) de polars,  je dirais de polars « musclés » aux titres accrocheurs et lapidaires comme Zulu, Mapuche, Utu et maintenant Condor. Ses polars ont aussi la particularité de se passer ailleurs, loin de l’hexagone, probable corollaire du profil de vrai baroudeur de Férey : l’Afrique du Sud, la Nouvelle-Zelande, l’Argentine, et maintenant le Chili. La qualité de sa documentation est excellente; je me suis aperçue de cela en lisant Zulu car après avoir lu des livres du sud-africain  pure souche (et motard patenté), qui est Deon Meyer, j’ai trouvé que Férey va plus loin dans le descriptif sans pitié d’un pays en voie de déliquescence accélérée. Puis j’ai lu Condor qui se passe  au Chili, un pays que je connais un peu;  je suis admirative par la capacité de Férey de capter une foule de détails ataviques aux chiliens.

C’est le plus grand des hasards qui m’a fait lire deux polars de Caryl Férey presque à la suite. Il se trouve que je souhaitais le lire afin de le découvrir après avoir lu quelques critiques plutôt élogieuses; je l’avais noté sur ma PAL, et  réservé Zulu dans une bibliothèque. Ma réservation a abouti la même semaine que la sélection pour une rencontre avec Caryl Férey et de son dernier livre, grâce à Babelio et à l’éditeur Gallimard. Qu’ils soient tous les deux chaleureusement remerciés ici.

C’est un polar plein de fureur et de violence autour de Camila et de son amie de coeur Gabriela dans un contexte de drogue, de violence urbaine, de corruption, en commençant par la police. Camila est une leader universitaire contestataire, très charismatique, très médiatisée. Gabriela étudie le cinema, elle est d’origine modeste et de surplus, indienne mapuche, ce qui, au Chili,  ajoute une connotation négative dans les strates sociaux qui sont assez fermés, avec leurs codes où prime le paraître avant l’être, la couleur de la peau , puis le code du langage, et le code vestimentaire, puis beaucoup d’autres codes uniquement repérables sur place. Caryl Férey a poussé l’humour dans le récit jusqu’à appeler l’un de ses principaux personnages Camila, prénom qui nous rappelle la Camila de chair et d’os, l’ex activiste universitaire, aujourd’hui sénatrice, Camila Vallejo, qui s’est illustrée récemment par un scandale national en se présentant au Sénat, lors des débats, avec son bébé de quelques mois: tout l’hémi-cycle l’a invectivée en lui signifiant que l’argent qu’elle touchait de l’État lui permettait largement de se payer une nounou…

Ce polar tourne autour des bas fonds (las « poblaciones »), de la drogue. La politique est aussi omniprésente car les chiliens sont loin d’avoir tourné la page avec la dictature, et les dissensions sautent et s’enveniment à la moindre occasion. Dans ce livre des enfants démunis et plus ou moins abandonnés s’adonnent ou dealent de la drogue. Il me semble que la situation n’est pas aussi noire et désespérée que Férey le dit. Au Chili les enfants ne sont pas facilement abandonnés et laissés pour compte. Cela tient au rôle de la femme, un rôle matriarcal assez fort, mais aussi le rôle important de la famille et de la religion catholique prépondérante , surtout au sein des classes défavorisées.

Ce sont deux livres de Caryl Férey, Zulu et Condor qui mettent des enfants en scène en situation de souffrance. Cela m’incommode (est-ce aussi le cas dans les autres polars de Férey?).

Au passage, et sans vouloir m’ériger en critique du livre, j’ai relevé deux nuances de « gringo ». D’abord sur le sacrosaint dicton des chiliens chaque fois que la « chilénité »  est évoquée, leur cri de guerre, toutes classes confondues : « Viva Chile, Mierda ! » et non « Viva el Chile, mierda »(page 15), même si les chiliens ont la fâcheuse habitude de flanquer le partitif partout, aux objets et aux noms propres (comme les diminutifs et les superlatifs) : la Camila, la Gabriela, el « huevón » et ainsi de suite. Puis, vers la fin du livre, l’auteur parle des « animitas » qui est traduit par « petites âmes »; non, les « animitas » ce sont des revenants, des fantômes qui rôdent autour de l’endroit où il y a eu un accident, une tragédie avec mort/s (les gens ont la coutume de planter des croix à l’endroit du drame et de déposer des fleurs, le plus souvent en papier, In memoriam). La pampa chilienne, la vaste pampa du désert d’Atacama est littéralement semée d’animitas qui, sans forcément contenir les restes, portent seulement le souvenir du lieu où a eu lieu le malheur.

Voilà, deux livres de Férey lus coup par coup (j’avoue que ce n’est pas du tout l’idéal pour la publication dans un blog). Le style direct et agile de Caryl Férey aide à la lecture, surtout avec des chapitres  courts, presque cinématographiques. Mais une fois de plus le contenu du polar me paraît dur, très noir, voire désespéré et en ce qui concerne ce livre en particulier, je ne reconnais pas le Chili que je connais, même si je note la grande quantité de « chilénismes » qu’on a su insérer dans le texte.

CONDOR, Gallimard Série Noire 2016,  ISBN 978-2-07-014352-8

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