Zulu de Caryl Férey

Afficher l'image d'origineCaryl Férey est un écrivain et scénariste français (Caen 1967), spécialisé dans le roman policier. Sa carrière littéraire a démarré en 1994 avec Un ange sur les yeux.Zulu

Zulu a obtenu le Grand prix de littérature policière 2008 ainsi  que au moins 7 autres prix. Le livre s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires et il a été adapté au cinéma en 2013 par Jerôme Salle.

J’avais noté sur ma PAL q’il fallait lire Caryl Férey, ayant croisé son nom plusieurs fois, ce qui avait déclenché une certaine curiosité pour le lire, afin de me faire une opinion bien à moi. Le hasard des choses a fait que finalement j’ai lu deux livres de Férey presque à la queue leu-leu : celui-ci et Condor, tout récemment paru. Ce n’est pas l’idéal pour un blog car la répétition conditionne quelque part l’intensité de la critique, les défauts semblent plus apparents.

Zulu est un polar très noir (au propre comme au figuré), très inhumain, violent, gore par moments, désespéré et qui nous donne un reflet de la société sud-africaine actuelle, une société sans repères, telle qu’elle a été appréhendée  par Caryl Férey, dans le pays le plus dangereux au monde;  l’écrivain a dû se documenter à fond car il traite beaucoup de sujets : l’appartheid,  la politique, les problèmes socio-économiques, la criminalité effarante, les problèmes d’éducation, la surpopulation endémique, le taux catastrophique de SIDA, etc.

On ressort de cette lecture comme tatouée, marquée au fer rouge écrivait avec justesse Mac Oliver…car la réalité du terrain dépasse les bornes de l’acceptable : haine, vengeances, pouvoir, corruption à tous les niveaux, drogue, pauvreté, sida (20% de la population serait porteuse du virus), ghettos noirs mais aussi blancs, gangs d’une férocité sauvage, prostitution, injustice, bidonvilles qui sont des no-man lands, essais cliniques sans contrôle et sans limite pour des drogues ou des virus sélectionnés. L’enquête sordide menée par une police sud-africaine atone et inefficace est aussi riche en hémoglobine qu’un film de Tarentino. C’est une Afrique du Sud rongée de l’intérieur, pas cicatrisée du tout et bouffée par mille misères, avec un taux de criminalité qui donne le vertige. C’est une virée en enfer et une radiographie d’un pays en état de décomposition dans tous les strates.

Aucune envie d’aller faire du tourisme dans un tel contexte qui agit comme un répulsif pour les touristes éventuels, même si les lieux géographiques sont très beaux et intéressants. Les romans de Deon Meyer, lui sud-africain de pure souche, paraissent édulcorés à côté de celui-ci (trois romans de Deon Meyer commentés dans ce blog).

Sans vouloir déflorer le sujet de ce polar intense, je note que l’écrivain s’aide de quelques personnages centraux assez pittoresques;  il va nous entraîner dans la résolution de plusieurs cas criminels avec le même profil : l’assassinat sauvage de jeunes blanches sur fond de drogue. Le chef de la police criminelle, Ali Neuman, est un avocat d’origine zouloue qui a subi avec sa famille des exactions d’une sauvagerie inouïe. Les collègues de Neuman sont aussi des êtres éprouvés par le destin, avec de véritables histoires à l’intérieur de l’histoire principale. C’est palpitant et complexe, c’est dévastateur.

Un avant goût du niveau de la prose…(page 197) une porte menait au sous-sol ; Epkeen se pencha sur les marches et porta aussitôt la main à son visage. L’odeur venait de là : une odeur de merde. Une odeur de merde humaine, épouvantable…Il poussa l’interrupteur et retint son souffle. Un essaim de mouches bourdonnait dans la cave, des milliers de mouches. Il descendit les marches, le doigt crispé sur la détente. Le sous-sol couvrait l’étendue du bâtiment, une pièce aux ouvertures calfeutrées où régnait une atmosphère de fin du monde. Il frémit, les yeux glacés, compta trois cadavres sous la nuée : deux mâles et une femelle. Leur état affreux rappelait les cobayes de Tembo. Scalpés, les membres arrachés, ils baignaient dans une mare de sang coagulé, noyés de mouches. Des corps difformes, éventrés, sans dents, le visage lacéré, méconnaissable. Un champ de bataille en vase clos…

Ai-je aimé ce polar ? Non, trop gore, trop inquiétant, trop désespéré. Même si je reconnais à l’auteur un bon travail de documentation et une écriture « musclée » assez cinématographique. Aucune envie de voir le film.

ZULU, Série Noire Gallimard 2008,  ISBN 978-2-07-012092-5

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