Loreley de Jean Lorrain

Afficher l'image d'origineJean Lorrain est le nom de plume de Paul Alexandre Martin-Duval, un écrivain français (Fécamp 1855-Paris 1906) qui fut un écrivain scandaleux de la Belle Époque: il affichait avec tapage son homosexualité, son dandysme et  son esthétisme pas toujours de bon goût. Il a failli se battre en duel avec Guy de Maupassant et il s’est battu en duel avec Marcel Proust, un camarade d’enfance. Il fait partie de la littérature française dite de « fin de siècle » et il est considéré à tendance parnassienne; c’est un écrivain décadent où le décadentisme est un mal de la fin de siècle qui ressemble un peu au baroque.  Le décadentisme était pour Baudelaire les symptômes du raffinement, du fignolé, de l’épuisement physique et moral.

J’ai publié en août 2015 un billet sur Venise de Jean Lorrain (1905), un court récit sur la Serenissime, assez complet culturellement avec quelques vraies envolées lyriques splendides au fil du texte.

Loreley a été publié en 1897 à Paris par la Librairie Borel. J’ai le bonheur de posséder l’édition originale sous forme d’un petit livre cartonné de 7,5*14,5 cm, en format In-12 étroit avec de belles illustrations de Calbet, Marold et Mittis. Malheureusement, bien que le livre soit parfaitement conservé, l’outrage du temps se fait sentir par le fait que  texte et  images sont à peine reconnaissables; l’encre se présente dans un sfumato gênant…Afficher l'image d'origine

Loreley est un nom allemand qui proviendrait du moyen allemand lürelei (lüren:épier et lei: rocher); c’est un nom que l’on peut écrire différemment : Loreleï, Lore Ley, Lorelei, Lorely, etc. La légende de la Loreley doit ses origines au poète allemand romantique Clemens Brentano qui fut le premier à donner vie au personnage de la Loreley dans une ballade écrite en 1801: une pécheresse souffrante, victime de l’attraction qu’elle exerce sur les hommes.

Quelque soit l’ouvrage, la Loreley est toujours représentée par une femme d’une grande beauté qui séduit les hommes autour d’elle et les mène involontairement à leur perte. Elle considère sa  beauté comme une malédiction et songe presque toujours  à se donner la mort. La Loreley est considérée tantôt comme une nymphe (Nixe), tantôt comme une sorcière (Hexe). En littérature elle symbolise l’amour-passion, la femme fatale et elle a inspiré des artistes après Clemens Brentano : von Eichendorff (1802), Heine (1823), Jean Lorrain (1897), Guillaume Apollinaire (1902) et d’autres.

A partir de la ballade de Brentano, la Loreley intègre l’imaginaire allemand car :  1) le rocher existe bel et bien et le Rhin est l’objet de moult légendes allemandes;  ce rocher était destiné à en devenir une;  2) le contexte littéraire et culturel, car lorsque la légende de la Loreley apparut, cela correspondait à une période de vif intérêt pour les contes et légendes populaires ce qui amena les romantiques de l’époque dont Clemens Brentano, à la recherche d’un héritage populaire allemand;  3) la légende de la Loreley évoque d’autres légendes mettant en scène des femmes enchanteresses, des sirènes de la mythologie gréco-romaine, la légende de la nymphe Echo, le chant des Nibelungen, etc.

La prose poétique de Jean Lorrain est peu de chose, c’est une poudre d’étoiles de haute teneur romantique qui évoque la beauté d’une femme qui a ensorcelé beaucoup d’hommes de classes sociales différentes. Elle sera jugée et condamnée par l’opprobre public, elle se donnera la mort en se jettant dans les flots. Amour et souffrance , le Romantisme absolu.

Un exemple de la prose-poésie enflammée de Lorrain : (c’est l’évêque qui parle pour condamner Loreley)… »Qu’un autre te condamne, s’il l’ose, je ne saurais, moi, te faire mettre à mort; va dans un cloître, rase cette chevelure coupable, enfouis à tout jamais dans l’ombre la neige de tes bras et ce fier visage qui commande l’amour, éteins l’éclat de ces prunelles bleues où règne un charme de désirs périlleux pour le salut des hommes, car j’y sens malgré moi la douceur d’une caresse et une attirance qui est le piège de l’enfer, c’est le seul châtiment que je t’impose : la nuit et le silence sur ta beauté de courtisane fameuse, l’oubli sur le scandale ».

LORELEY, Librairie Borel Paris 1897

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