Les dimanches de Venise de Michel Mohrt

 

Michel Mohrt est un écrivain français (Morlaix 1914-Paris 2011) : essayiste, romancier, historien de la littérature, éditeur et traducteur littéraire, critique littéraire, spécialiste de la littérature nord-américaine (chez Gallimard) et peintre du dimanche (aquarelliste). Il a été élu à l’Académie Française en 1985 au fauteuil 33 (celui de Voltaire !).

Les dimanches de Venise a été publié en 1996 à l’âge de 82 ans alors que dans le livre il nous dit avoir découvert Venise assez tard, à l’âge de 38 ans. Il a dû travailler essentiellement avec sa mémoire pour nous rendre ce livre où il est surtout question de sa personne, de ses amis et connaissances plus que sur Venise elle même. Pour un esthète, féru de peinture, j’ai trouvé qu’ il y a peu de remarques esthétisantes dans son livre. En revanche, Monsieur Mohrt est très potinier, nous livrant beaucoup de commérages. Il y a un point sur lequel je suis d’accord avec lui : c’est au sujet de l’excellence de l’ouvrage de l’anglais James  Morris sur Venise Visa pour Venise que je  trouve un des meilleurs livres sur Venise. Ce que je ne savais pas, et je l’ai appris par Michel Mohrt, c’est qu’après publication de l’essai sur Venise James Morris, père de famille, est devenu transsexuel sous le nom de Jane Morris. Cette aventure est racontée par miss Morris dans le détail dans un livre intitulé L’énigme.

Michel Mohrt écrit que Venise est sécrète et là aussi je suis d’accord. Chaque voyage permet de découvrir des choses nouvelles, des endroits, des paysages, ne serait-ce que par le changement de la luminosité ambiante. Les difficultés que l’on éprouve à trouver son chemin à travers les lacis des ruelles, tous les piétons de Venise les connaissent. Shakespeare y fait allusion, au point que l’on peut se demander s’il ne lui est pas arrivé de se promener dans Venise, du côté du Ghetto (page 42). 

Il a passé beaucoup de temps à peindre des aquarelles de Venise et il trouvait que le choix des points de vue permettant la bonne perspective étaient rares et difficiles à trouver : si l’artiste s’enfonce dans les différents quartiers de la ville, au risque de se perdre, c’est alors que le choix de « l’endroit idéal » est presque impossible. S’il veut reproduire le portail d’une église, près d’un pont qui se reflète dans un canal, le peintre s’aperçoit vite qu’il manque du recul nécessaire pour bâtir son dessin. Il a beau aller et venir, s’éloigner autant que possible du sujet,  celui-ci se modifie ou disparaît, caché par l’angle d’une maison. Tous les peintres, à Venise, ont dû tricher plus ou moins dans leur travail. En quoi consiste cette « tricherie »? En une modification légère de la masse d’un édifice; en la combinaison de deux angles de vue, selon la position adoptée, assise ou debout. Il faut aussi, parfois, majorer l’espace d’un campo, devant une église, rehausser la courbure des marches qui descendent jusqu’à l’eau d’un rio…

J’ai appris quelque chose d’intéressant : les écrivains français sur Venise sont plus nombreux que les peintres et Paul Morand avait baptisé ce club sélect d’écrivains les « longues moustaches » à qui l’écrivain Michel Bulteau a consacré un livre intéressant que je vais essayer de me procurer : Le club des longues moustaches (1988); le même écrivain a écrit un livre sur un personnage très lié à Venise qui doit être intéressant à lire : Baron Corvo, l’exilé de Venise (1990).

Une belle phrase de Michel Déon est citée dans le livre, je vous la donne : …si Venise a abandonné son corps aux écrivains, c’est aux peintres seuls qu’elle a dévoilé son vrai visage…

Michel Mohrt relève quelque chose d’assez juste sur la Sérénissime…Que vont chercher dans Venise ces voyageurs célèbres ? Le silence, ce silence coupé par des suaves clapotis de l’eau et rythmé par les cloches de Venise, ces centaines de cloches qui sont audibles de partout et qui rajoutent une certaine féerie à la visite. Il faut dire que la nuit, dans les rues de Venise ce silence assourdit: il n’ya que vos pas qui résonnent sur les pavés, amplifiés par les couloirs des calles et rios. Avec la nette impression de pouvoir croiser un fantôme au premier tournant, un fantôme qui pourrait être celui de Casanova. L’écrivain fait aussi allusion à l’omniprésence des chats dans Venise…mais il ne fait pas allusion au fait que la nuit, les rues de Venise débarrassées des hordes des passants, sont le royaume des rats qui pavoisent et se promènent librement. S’il n’y avait pas les chats, il y aurait certainement plus de rats….

 Aquarelle de Michel Mohrt illustrant son livre.

LES DIMANCHES DE VENISE, Gallimard 1996,  ISBN 2-07-074511-2

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s