La vie quand elle était à nous de Marian Izaguirre

Marian Izaguirre est un écrivain  espagnol (Bilbao 1951) avec plusieurs publications et quelques prix.

La vie quand elle était à nous (La vida cuando era nuestra, 2013) porte un long titre, ce qui est la mode aujourd’hui ; notez au passage que la traduction du titre original au français, respecte le nom dans la langue vernaculaire, phénomène plutôt rare et raison pour laquelle je donne souvent les titres en VO. Le titre de ce livre aurait été suggéré par une amie de l’écrivain, lorsqu’elles évoquaient la crise économique espagnole actuelle.

Je trouve que la première de couverture en version espagnole est bien plus jolie que celle de la version française : 6 enfants gentiment groupés par tailles dégressives et collés à la vitrine d’une librairie; je pense qu’ils incarnent un espoir futur de lectures pour ces enfants . L’édition française montre une silhouette féminine élancée collée à la vitrine : elle est habillée à la mode de la post-guerre 39-45, elle nous fait penser à Alice.

C’est un roman à deux voix avec  un livre dans le livre (procédé des boîtes chinoises ou mise  en abyme) et qui  situe l’action dans  l’Histoire récente de l’Europe. Les deux personnages principaux sont deux femmes :  Lola, la quarantaine, et Alice, à peine la cinquantaine mais se considérant déjà vieille ( nous sommes en 1951 et aujourd’hui les canons ont bien changé…). Chacune de ses deux femmes a une histoire, pleine d’aléas, où règne une grande tristesse en relation avec ce qu’elles ont vécu. C’est un livre à priori destiné aux femmes, car il véhicule beaucoup de sentimentalité.

Le roman démarre à Madrid où Lola vit avec Matias, ils s’aiment très fort,  ils ont tout perdu avec la guerre civile. Ils tirent le diable par la queue, ils mènent une vie difficile, ils vivotent avec une petite librairie, exiguë, mal placée, mal éclairée, ils tiennent le coup parce qu’ils aiment les livres.

Alice est anglaise,  elle vit en Espagne depuis très longtemps, elle est veuve car son mari est mort pendant la guerre civile et il est enterré en Espagne, raison pour laquelle Alice veut rester; elle se rend chaque semaine sur la tombe de son mari ; Henry s’était engagé dans les Brigades Internationales. Alice va repérer cette librairie par hasard et elle  va se débrouiller pour introduire subrepticement un livre de mémoires intitulé « La fille aux cheveux de lin » (nom qui proviendrait  d’une mélodie des Préludes de Debussy).

Alice reviendra souvent dans cette librairie et gagnera ainsi la confiance de Lola; Alice aime lire , elle a toujours  beaucoup lu, elle a toujours un livre à la main. Alice et Lola commenceront  à lire ensemble ces mémoires « La fille aux cheveux de lin » et peu à peu Lola sera embarquée par la vie de cette Rose Tomlin, anglaise et personnage principal du livre . La vie de Rose fut difficile et très riche en événements :  elle était la fille illégitime d’un duc, elle a été élevée en Normandie par des paysans. Puis à l’âge de 15-16 ans elle sera prise en charge par de riches anglais qui possèdent une résidence secondaire à Deauville où elle séjournera, puis intégrera un pensionnat pour jeunes filles de bonne famille en Angleterre. Vers 18 ans elle s’installera à Paris avec une tante, à l’époque des joyeuses années 20 où elle fera partie d’un groupe d’étrangers désœuvrés et aisés ayant une vie culturelle assez riche. C’est ainsi qu’elle fera la connaissance d’Henry, un traducteur anglais avec qui elle se mettra en concubinage car il est déjà marié. Elle sera infiniment heureuse avec cet homme avec qui elle partira vivre à Madrid.

Le roman tourne en deux temps :  le présent à Madrid en 1951, et le passé qui va de  la première guerre mondiale à la guerre civile espagnole, c’est à dire la période de vie évoquée par les mémoires de Rose Tomlin. J’avoue avoir éprouvé quelques difficultés avec les sauts dans le temps.

C’est un roman auquel j’ai eu du mal à adhérer car je l’ai trouvé truffé de clichés qui ne m’ont pas paru originaux. La description des lieux est par trop caricaturale et l’on retrouve tous les poncifs en matière d’adresses à la mode, de musique, d’attitudes vestimentaires et autres détails, mille fois ressassés dans d’autres livres. Les faits historiques  ne sont que survolés; ils ne servent qu’à faire valoir  les histoires sentimentales. C’est un livre de lecture assez facile qui véhicule des histoires qui peuvent émouvoir, mais ce ne fut pas mon cas parce que les personnages manquaient de substance, de profondeur, de crédibilité. Les divers milieux sociaux sont décrits avec une profusion de détails . Beaucoup de livres sont cités par rapport aux époques citées, c’est le côté métalittéraire du roman.

Ce que j’ai bien apprécié, en revanche,  est le vibrant hommage  à tout ce qui a trait aux livres : les lecteurs, les écrivains, les éditeurs, les librairies, mais surtout au message du livre : le pouvoir rédempteur de la lecture lorsque la vie nous accable.

Lecture dans le cadre de Masse Critique de Babelio.

LA VIE…, Albin Michel 2015 (Épreuves non corrigées)

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