Le lecteur de cadavres d’Antonio Garrido

Antonio Garrido novela la ciencia forense en 'El lector de cadáveres', Premio 'Ciudad de Zaragoza'Antonio Garrido est un écrivain espagnol (Linares 1963) avec une formation d’ingénieur industriel; aujourd’hui il réside à Valence.

Le lecteur de cadavres (El lector de cadáveres) est son deuxième roman historique (La scribe est paru en 2010), un livre consacré comme le meilleur roman historique publié en Espagne en 2011. En France il a été sélectionné pour le Prix des Lecteurs du roman de Poche, catégorie polar 2015. Et Antonio Garrido fut le N° 1 de ventes toutes catégories confondues aux USA en juin 2013 avec ce livre, traduit comme The Corpse Reader, un roman situé au Moyen Âge de la Chine Impériale vers 1206 et avec un protagoniste inspiré d’un personnage réel, le juge et médecin légiste Ci Song né vers 1186, considéré comme le Père de la Médecine légale chinoise. Ci Song a laissé des techniques et procédures dans 5 traités de Médecine Légale comprenant de nombreux cas résolus par lui (et où étions nous en 1206 ? en pleine croisade contre les Albigeois).

Les lecteurs de cadavres dans la Chine médiévale étaient l’élite de la médecine légale, c’étaient des praticiens qui examinaient les corps afin d’élucider les causes ayant provoqué le décès.

L’écrivain Garrido est agréable à lire parce que la psychologie de ses personnages est bien fouillée ainsi que le contexte social et politique de l’époque. C’est passionnant de constater le contraste qui existait entre le peuple et l’élite qui gravitait autour du palais impérial. Le livre fourmille de détails intéressants comme par exemple la cohorte de quelques 30 000 mille jeunes filles qui espéraient intégrer le statut convoité de concubines (cela vous laisse imaginer le degré de détresse existentielle qui attendait les non élues…). Le harem de l’Empereur était régi par une nüshi ou courtisane en chef qui surveillait quelques milliers de concubines classées selon des rangs bien précis. Il est facile d’imaginer le degré de corruption et d’intrigue qu’il fallait pour subsister dans le harem.

A l’intérieur du palais il régnait un protocole assez sévère auquel personne ne pouvait déroger et les condamnations pour des motifs divers étaient monnaie courante et jamais contestées. Lors des banquets donnés par l’Empereur, quelque 150 plats étaient servis et le summum consistait à arroser les plats avec les 5 alcools, 5 flacons d’eau-de-vie de sorgho contenant chacun une bestiole répugnante en macération: un scorpion, un lézard, un mille-pattes, un serpent et un crapaud…Un autre breuvage cité et pour le moins étonnant est celui du « jus de chat », un revigorant sexuel: on attrape un beau chat, on lui brise les os avec un marteau en prenant soin de ne pas lui écraser la tête afin qu’il reste vivant. On le laisse reposer un peu et on met le feu à ses poils. Puis on l’ébouillante et on l’assaisonne à son goût. Après une heure de cuisson, on filtre l’ensemble dans un pichet (un elixir de cruauté?).

Malgré l’énorme succès de librairie du Lecteur de cadavres, livre de plus de 700 pages,  j’ai trouvé cette lecture quelque peu fastidieuse, longue et pesante par moments, voire agaçante avec les péripéties de Ci Song qui cumulait les bévues et le mauvais sort. L’auteur en a ajouté un peu trop  pour rendre son opus accrocheur, mais pour moi cela s’est traduit par un rejet de la crédibilité du personnage. En revanche, le descriptif sur la vie des gens est intéressant, la sophistication de la Cour contrastant avec une franche sauvagerie du bas peuple (instinct de survie?), mais avec une omniprésence du châtiment physique d’une rare violence, même pour punir des fautes insignifiantes. Le poids des rites ancestraux est aussi étonnant, notamment le culte des ancêtres, et le respect et l’obéissance aveugles envers les aînés. Aussi, cette façon si imagée des chinois pour nommer certaines choses ou certains êtres avec des sobriquets révélant leurs qualités; c’est très particulier et typique et cela proviendrait qu’en chinois les monosyllabes sont trop proches les uns des autres et ces noms imagés permettent de mieux différencier les cas (pour l’Empereur: Fils du Ciel, Ancêtre serein, Augure suprême, etc).

LE LECTEUR DE CADAVRES, Livre de Poche 33781, 2015(Espasa 2011),  ISBN 978-2-253-18419-5

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