Je suis Pilgrim de Terry Hayes

Terry Hayes est un journaliste, scénariste, producteur et maintenant un écrivain très réussi anglo-australien (Angleterre 1951).

Je suis Pilgrim (I am Pilgrim, 2013) est son premier livre et quel succès international ! Livre publié en France en avril 2014 . Les droits ont déjà été vendus à la  MGM et à l’heure actuelle, on ne sait pas si nous aurons un film ou une série télévisée. Un deuxième thriller est déjà annoncé pour mai 2016 sous le titre de The year of the locust.

Je suis Pilgrim ce sont environ 650 pages d’un vrai page turner, un livre très réussi parce qu’il déborde largement du cadre du polar, étant aussi un roman d’aventures, un thriller haletant, un roman d’espionnage au suspens par moments insoutenable et parce que ce livre constitue un scénario possible d’apocalypse moderne. Les chapitres sont courts et s’articulent bien pour nous distiller peu à peu des informations qui vont reconstituer un puzzle géant à travers une partie de la planète .

Ce livre touche à des thèmes douloureux qui sont ancrés dans notre quotidien et inconscient collectif et aussi notre passé historique: le terrorisme, la possibilité d’une guerre bactériologique, l’islamisme radical, les mafias de tout poil, la fuite des nazis vers l’Amérique du Sud,  l’invasion d’Afghanistan, le 11 septembre, etc.

Il y a tellement de matériel dans le livre que l’on verrait mieux une série pour la télévision qu’un film d’action: une série par exemple dans le style de Homeland, la série télévisée américaine diffusée par Canal +. Ce serait gâcher le riche descriptif des personnages du livre et la foultitude de détails que de se contenter d’un film, probablement plus tourné vers l’action musclée que vers l’analyse des personnages, sujet qui est très bien traité dans le livre.

Je suis Pilgrim a un narrateur omniscient qui est un espion de haut vol, un espion ultra secret (excusez le pléonasme) qui appartient à « la Division » une division ultra-secrète du FBI pour laquelle il a travaillé pendant presque dix années et dont seule une poignée de gens connaissaient l’existence ; c’est un personnage en clair obscur qui a renoncé à une identité normale, qui a vécu sous couvert de plusieurs identités; ce polar est construit autour de la traque d’un assassin solitaire appelé le Sarrasin et l’agent ultra secret prendra le nom de code de Pilgrim avec une mission planétaire  connue d’une dizaine de personnes aux USA. L’écrivain pousse le bouchon jusqu’à ne jamais bien le décrire physiquement: on arrive à comprendre qu’il a plus de trente ans, qu’il est physiquement assez bien de sa personne, qu’il fut l’enfant choyé et adoptif d’un couple de richissimes américains, qu’il reste un personnage profondément solitaire dans le privé, mais non dans le métier. Nous le connaitrons plutôt par ses actions que par ses pensées et jamais par ses sentiments qu’il se refuse presque d’ avoir. J’ai éprouvé de la surprise quand enfin il s’approche du couple de Ben Bradley (un collègue) et  de Marcie sa femme.

Le livre démarre sur les chapeaux de roue avec un crime particulièrement  odieux, perpétré dans un hôtel glauque de New York le jour de l’attentat du 11 septembre 2001; et alors que notre narrateur omniscient est « à la retraite », il se voit impliqué dans le cas où l’assassin a utilisé SA méthode pour commettre le crime parfait. L’agent secret avait écrit  sous le nom fictif de Jude Garrett, un livre-référence sur la criminologie et la médecine légale, un livre que l’agent secret avait écrit pour mettre un point final à son passé et aussi pour que d’autres enquêteurs tirent profit de  de ses techniques dont certaines étaient très novatrices ( mais comme l’espion le dit avec justesse, on peut démissionner du métier d’espion, mais on ne le quitte jamais)

A partir de ce crime, des infimes détails vont le relier à un plan beaucoup plus vaste et maléfique qui vont entraîner notre narrateur à reprendre du service sous le nom de code de Pilgrim. Pilgrim est un homme qui n’existe pas parce que les services secrets américains ont grillé toutes les pistes menant vers Scott Murdoch qui était le nom de l’enfant adoptif qu’il fut un jour. Il y a dans ce livre, plusieurs histoires imbriquées et celle qui m’a le plus terrifié est celle du personnage appelé Ingrid Kohl,  elle va s’évaporer dans la nature de façon floue, exactement comme Hannibal Lecter à la fin du Silence des agneaux,  de Thomas  Harris. Va-t-elle réapparaître aussi?

Pilgrim est le personnage principal et Sarrasin est le nom du personnage qu’il doit abattre, un islamiste fanatisé,  aussi un personnage de l’ombre tout comme Pilgrim car il a aussi brouillé toutes les pistes derrière lui. Le credo de Sarrasin? finir avec la dynastie corrompue saoudienne qui a décapité son père et frapper  « l’ami  » de l’Arabie Saoudite, c’est à dire les États Unis d’Amérique.

Tous les personnages du roman portent en eux une douleur, y compris l’assassin implacable qui est le Sarrasin, et ceci est dangereux parce que cela déclenche malgré nous un sentiment d’humanité et de compassion.

Pilgrim va nous entrainer des EEUU au Moyen Orient et en Europe à la traque d’un assassin impitoyable qui se meut aussi dans l’ombre comme lui même. La grande différence est que le Sarrasin est un assassin strictement isolé (d’autant plus dangereux) alors que Pilgrim a la CIA, le FBI et le Président des EEUU suspendus à ses basques.

Un énorme polar qui se lit avec délices malgré quelques faiblesses comme par exemple la vision un peu manichéenne des choses, comme le fait que Leyla Cumali ait pu devenir inspectrice de la police en Turquie, mais c’est pardonnable vu le plaisir et l’addiction que procure cette lecture. Un plaisir que je n’avais pas ressenti depuis la lecture fébrile de la trilogie Millenium.

JE SUIS PILGRIM, Le Livre de Poche N° 33697,  ISBN 978-2-253-00167-6

2 réflexions sur “Je suis Pilgrim de Terry Hayes

  1. Un homme. Seul. Un super espion, le meilleur. Il voulait raccrocher. Mais le président des Etats-Unis le rappelle, car lui seul peut sauver le monde d’une catastrophe imminente.
    Toute ressemblance avec Jack Bauer, ou les innombrables récits télévisés tirés du même moule hollywoodien, est aussi fictive que Jack Bauer. Pas question de culture ici, mais d’entertainment. Du blockbuster, en mode pavé. Et si on ne se muscle pas le ciboulot, l’index droit, lui, cravache. 800 pages éditées en plan-séquences efficaces. Des décors en cinémascope dressés en quelques lignes. Une histoire linéaire qui nous emporte dans son déroulement implacable. Il s’en passe des choses, en une page, sur chaque page. On en ressort étourdi, il nous manque un peu de sommeil.

    Mais aussi, par la circonstance d’une lecture parallèle au drame du 13 novembre, on en ressort aussi un peu penaud. Parce que si le récit accroche ses mousquetons à l’actualité, il prend vite la tangente, et nous éloigne d’une réalité que l’on n’a jamais eu autant besoin de comprendre. Parce qu’entre les lignes ciselées on ressent le mépris de l’auteur pour les cultures arabes. Parce que la géopolitique du roman est à l’envers du réel: le Sarrasin, self-made man terroriste, veut détruire l’Amérique pour affaiblir le royaume des saouds, alors que les journalistes de ce bas monde nous rappellent que les saouds financent les djihadistes avec l’argent des américains. Parce que le dénouement du roman est une échappatoire improbable – spoiler alert – assassiner des centaines de millions d’innocents, pas de problème, mais mon fils non il faut pas déconner. Le Sarrasin ne passe même pas le test d’Abraham.

    Alors on ne peut pas s’empêcher de faire l’inventaire opposé entre cette fiction et notre réalité douloureuse. Dans le coin fiction, nous avons un héros, qui déjoue tout seul l’entreprise d’un terroriste freelance, héros intelligent sans scrupule mais finalement humain. Dans le coin réalité, on a une dizaine de gamins paumés qui massacrent leurs voisins, nos voisins, nos amis et nos frères, malgré les efforts continus de dizaines de milliers d’agents du renseignement, de policiers, et tous les budgets et la technologie qui les appuient. Le contraste entre nos fantasmes héroïques que flattent le roman, et la réalité de notre vulnérabilité et impuissance, me donne des remords. Le plaisir de la lecture de 800 pages survoltées justifie-t’il de s’endormir un peu plus (fau)con, lorsqu’on n’a jamais eu autant besoin de culture et d’histoire pour prendre la mesure des dangers réels de l’époque ? Pour reprendre confiance en la liberté, en la fraternité, envers le vivre ensemble ?

  2. Voila un bon roman policier! De lecture facile et pris par les nombreuses descriptions et aventures parallèles le lecteur ne le lâche pas. On peut regretter que la fin du roman soit aussi classique: partir en voilier se ressourcer.
    Ce roman est d’autant plus prenant que dans son ensemble il nous ramène à une actualité dramatique.

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