Le complexe d’Eden Bellwether de Benjamin Wood

Benjamin Wood est un écrivain britannique né en 1981, qui s’est lancé d’abord dans une carrière d’auteur-compositeur autodidacte dès l’âge de 17 ans. Cinq années plus tard, il a repris des études d’écriture scénaristique et des études de photographie, puis il est parti au Canada préparer un master en creative writing.

Ce livre, Le complexe d’Eden Bellwether, est un premier roman très bien accueilli par la critique: un pavé de presque 500 pages, paru en Angleterre en 2012 (The Bellwether Revivals) et en France chez Zulma en 2014, l’éditeur Zulma qui publie des livres aux  couvertures colorées ravissantes ; ce livre obtint  le Prix FNAC 2014.

Un deuxième livre vient de paraître au Royaume Uni sous le titre The Ecliptic, l’histoire d’une artiste peintre à la fin des années 50.

Benjamin Wood s’est servi de sa première passion, la musique, pour écrire ce livre;  il a dû aussi se servir de l’expérience de sa mère qui a travaillé comme infirmière dans une maison de retraite. Pendant l’écriture du livre B. Wood a occupé une toute petite chambre à Cambridge afin de décrire au mieux le cadre du roman tel que nous le rêvons, avec ses collèges prestigieux, ses bâtiments impeccables, un ciel instable avec des ondées incessantes, le rituel du thé-scones , et des alumni voulant briller à tout prix….

C’est un bon et copieux roman, qui démarre comme un thriller avec une construction machiavélique. J’ai ressenti quelques longueurs et essoufflements dans certains descriptifs intellectuels, musicaux ou psychologiques, mais globalement le  roman est assez captivant et il constitue un coup de maître pour une première publication.

Nous sommes à Cambridge où un groupe de copains universitaires est mené par Eden Bellwether; ces jeunes gens discutent inlassablement autour de  la musique, de la psychologie, des mathématiques, de la littérature, etc.

Il est très  difficile de s’introduire dans un tel milieu universitaire, mais  Oscar Lowe, un humble aide-soignant en quête de culture et de reconnaissance, sera séduit un jour par la musique jouée par Eden Bellwether à la chapelle du King’s College; Oscar s’arrêtera pour l’écouter et à cette occasion il sera ébloui par la présence d’Iris Bellwether, la soeur d’Eden, elle même violoncelliste et étudiante en médecine à Cambridge. Oscar est issu d’un milieu modeste, il est intelligent, il aime la culture et la lecture, mais il doit travailler comme aide-soignant pour gagner sa vie, car il a décidé de se désolidariser de son milieu familial trop rustre.  Eden Bellwether, en revanche, est né avec une cuillère d’argent dans la bouche, il fait l’admiration de ses parents et de ses amis, qui ne discernent pas en lui des signes évidents de désordre mental. Mais Eden ne fait pas l’admiration de sa soeur, car elle est en quelque sorte son « souffre douleur ».

Eden Bellwether est un personnage assez perturbé,  brillant mais très manipulateur; il envoûte son entourage et s’acharne sur sa sœur Iris . Eden pense détenir le pouvoir de soigner les gens via l’hypnose qu’il pratique en se servant de sa musique . Mais ce garçon incarne son propre paradoxe car malgré un cerveau brillant, il ne saisit pas que, à l’évidence, ses « pouvoirs curatifs » ne s’appliquent pas à lui même ni à son désordre psychique.

Oscar est conscient du piège dans lequel il est tombé et voudra rapprocher Eden Bellwether d’Herbert Crest un spécialiste des troubles de la personnalité, bien connu du Professeur Paulsen qu’il côtoie à la maison de retraite.

Il y a dans ce roman un effet miroir avec le film d’Alain Resnais « L’année dernière à Marienbad« , film qui est mentionné deux fois dans le livre : effet miroir par la construction labyrinthique, par l’omniprésence de la musique et par la présence des acteurs fantomatiques et en même temps que sensuels…

Mais Eden Bellwether ira beaucoup trop loin dans ses agissements, notamment avec sa sœur et sa mère et personne du groupe ne pourra éviter le drame.

Ce livre rappelle un autre gros pavé, lui aussi une première publication, celui  du suisse Joël Dicker: La vérité sur l’affaire Harry Quebert: mais ici le roman est encore plus trépidant et tourne autour de l’édition. D’un autre côté Le complexe d’Eden Bellwether est aussi un campus novel, à rapprocher du Roman du mariage de Jeffrey Eugenides , du Roman d’Oxford de Javier Marías, ou de Stoner de John Williams, parmi tellement d’autres…

Marina Landriot de Télérama a écrit à juste titre que ce roman aurait pu aussi bien s’appeler Le Complexe d’Oscar Lowe car Oscar aussi exerce sans relâche le pouvoir de guérir ceux qu’il croise dans son humble monde d’aide-soignant en silence et sans attendre de récompense ni de reconnaissance. Deux hommes pour une même cause : cacher ses fragilités.

Ce livre est une immersion dans le monde de la folie et du génie. Il y a une approche intéressante sur la personnalité narcissique appelée « complexe de Dieu », faite d’un mélange d’arrogance, de perversion et de domination. Il y a aussi un questionnement sur le pouvoir de la musique et de l’hypnose sur la guérison et la douleur : le rationnel contre l’irrationnel. Le livre touche aussi le thème de l’espoir…

LE COMPLEXE D’E.B., Éditions Zulma 2014,  ISBN 978-2-84304-707-7

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