Suite Française d’Irène Némirovsky

Suite française

Irène Némirovsky est une romancière russe (Kiev 1903-Auschwitz 1942) d’origine ukrainienne-israélite mais de langue française; c’est le seul écrivain a avoir reçu le Prix Renaudot à titre posthume pour Suite Française.

Irène Némirovsky est arrivée en France avec ses parents  à l’âge de 16 ans, fuyant la révolution bolchevique en 1919; la famille s’est installé à Paris dans le XVIème arrondissement et Irène passa son Bac en 1919. En 1924 elle obtint un certificat à la Sorbonne en littérature comparée.

Elle se maria en 1926 avec un ingénieur russe immigré en France, devenu banquier, Michel Epstein avec qui elle aura deux filles, Denise en 1929 et Elisabeth en 1937.

Irène devint célèbre en 1929 avec la publication de son deuxième roman David Golder chez Grasset, adapté au cinéma en 1931 par Julien Duvivier. En 1930 son roman Le bal est aussi un gros succès et adapté au cinéma par Wilhem  Thiele; c’est le film qui lancera Danielle Darrieux comme vedette. Irène Némirovsky deviendra une égérie littéraire parisienne, amie de Tristant Bernard et d’Henri de Régnier.

En 1935 on lui refuse la nationalité française ; en 1939 elle se fait baptiser catholique avec toute sa famille, mais en 1941 elle doit fuir Paris. La famille s’installera à Issy-l’Évêque où Irène sera arrêtée en juillet 1942 et menée à Auschwitz où elle mourra un mois plus tard, probablement du typhus.

Ses  filles seront cachées à Bordeaux sous de faux noms dans des familles françaises ;  dans leurs valises se cacheront quelques manuscrits dont Suite Française, un livre qui réunit  deux romans sur un total de cinq prévus, autour de l’Exode et de l’Occupation allemande. Ce manuscrit fut découvert par ses filles vers 1990 et publié en 2004 aux Éditions Denoël; il sera récompensé la même année par le Prix Renaudot accordé pour la première fois à titre posthume.

 Suite Française réunit deux livres : Tempête en juin et Dolce. Les autres livres qu’elle n’a pas eu le temps d’écrire, mais pour lesquels elle a laissé des notes manuscrites auraient du s’intituler : Captivité, Batailles et La paix.

Irène Némirovsky a soulevé quelques polémiques par son attitude à dépeindre les Juifs sous des aspects négatifs relatifs à l’argent.

Suite Française est un livre admirable, écrit directement en français, qui décrit l’Exode puis l’Occupation allemande. Les descriptions sont détaillées et d’une grande richesse. Un tel texte  n’a pu être écrit que par quelqu’un qui a vécu ces évènements. J’avais lu le livre il y a des années,  probablement trop vite, comme souvent lorsqu’il s’agit d’une première lecture; c’est la sortie du film homonyme demain à Paris qui m’a donné envie de relire ce livre, un de mes livres préférés.

L’Exode parisien est raconté avec un luxe inouï de détails. l’écrivain pensait que décrire les gens riches et aisés était plus porteur que de décrire les autres. Ces gens ont pour la plupart décidé de partir en exode à la dernière minute comme si ce voyage, ils ne pouvaient pas  l’envisager, comme si à la dernière minute la situation allait pouvoir se renverser. Aussi il faut dire qu’ils voulaient avant tout « sauver leurs richesses et leurs biens ». Pour des gens plus modestes comme le ménage Michaud, ce fut le départ « sauve qui peut » avec un bagage minimum, puis le retour sur un Paris occupé car il n’y avait aucune place pour eux dans les transports. Le chaos,  le manque d’information ou carrément la désinformation, régnaient partout. Alors qu’il faisait un temps splendide en juin 1940, une chaleur accablante sur les routes, et que les nuits étaient admirables malgré un pays en déroute. Mais surtout, c’était LA PEUR qui régnait à tous les niveaux, c’était la panique généralisée, le sauve qui peut…

Les personnages sont remarquablement campés;  les Péricand, ces grands bourgeois, peuvent être accueillis presque partout car ils possèdent des domaines et des connaissances dans toute la France; l’écrivain Gabriel Corte si féru de sa personne, si engoncé dans son importance, ne pense qu’à sauver ses manuscrits; Charles Langelet ne pense qu’à sauver ses chères porcelaines; les Michaud qui travaillent à la Banque,  sont sommés de se présenter à Tours tel jour à telle heure sous peine de se voir congédier alors qu’ils ont leur fils unique Jean Marie, sur le front.

Dans ce premier livre, admirable, l’épisode qui m’a le plus retourné est celui où le fils Péricand qui était curé, conduit en province tous les enfants de l’orphelinat fondé par son grand père, afin de les mettre à l’abri. Et il se fait assassiner par quelques uns d’entr’eux parce qu’il les a surpris en train de voler dans le château qui les hébergeait pour la nuit…une scène d’une sauvagerie et d’une crudité insoutenable :  la race humaine peut s’avérer très vile.

Dans le deuxième livre, Dolce,  nous sommes à Bussy, une petite bourgade près de Dijon où l’occupation allemande restera trois mois. Nous avons la description des gens de Bussy, les nobles, les notables, les paysans. Chaque classe vit l’occupation de manière différente, mais toujours difficile, douloureuse. Les privations et confiscations sont à l’ordre du jour, les dénonciations aussi, de français à français et parfois pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la guerre: règlements de compte, jalousies, médisance, parfois du simple mensonge.

Dans les notes laissées par I. Némirovsky, on peut lire la chose suivante :le plus important ici et le plus intéressant est la chose suivante:les faits historiques doivent être effleurés, tandis que ce qui est approfondi, c’est la vie quotidienne, affective, et surtout la comédie que cela représente.

Dommage que l’écrivain n’ait pas pu aller jusqu’au bout de son oeuvre parce qu’elle nous aurait écrit encore des pages admirables sur cette partie de notre Histoire encore très sensible.

Suite Française est aussi un film franco-britannico-belge qui sort demain 1er avril 2015, basé sur la deuxième partie du livre (Dolce), dirigé par Saul Dibb; il a été filmé en grande partie en Belgique, mais une partie a été filmée dans la Meuse dans le village de Marville (région de Lorraine). Dès que j’aurais vu le film j’écrirai mon ressenti par rapport au livre dans ce billet.

J’ai vu le film et je l’ai aimé parce qu’il m’a maintenu en haleine jusqu’au bout, parce qu’il est très beau, parce que les acteurs sont superbes (avec Kristin Scott Thomas, une de mes actrices fétiches), parce que je reconnaissais au passage beaucoup d’éléments du livre, mais montrés de façon libre et dans le désordre. Mais ils ont fait, comme très souvent, ce qu’ils ont voulu avec le sujet du livre; n’écrit-on dans les génériques en général, d’après le livre de… ». Bon , c’est le cas.. Il y a foult changements , libertés d’avec le texte original. Le but de tout cela, je pense, est de rendre le film plus dramatique, plus accrocheur, plus hystérique, alors que ce qui étonne dans le texte de Némirovsky est son calme et son détachement, presque une distance voulue par rapport à des évènements qui avaient lieu sous son nez. De plus, à ce moment de l’écriture du livre, elle se savait perdue.  Ils n’ont pas respecté la description physique extraordinairement précise des personnages faite par l’écrivain. Ils ont rajouté du morbide aux situations pour mieux vendre le film, c’est clair. Ils ont centré le film sur l’histoire d’amour (de séduction plutôt?) entre l’Oberleutnant von Valk et la malheureuse épouse qui était Lucile Angellier, confite dans sa solitude et sa frustration d’un mariage sans amour.

De toutes les façons j’admets que me laisser satisfaite d’un film tiré d’un de mes livres préférés, était mission impossible.

Suite Française

SUITE FRANÇAISE, Éditions de la Seine 2006,  ISBN 2738221335

Une réflexion sur “Suite Française d’Irène Némirovsky

  1. Oui, le film « Suite française » a cédé à la tentation du spectaculaire au détriment de la vérité du ressenti décrit dans le livre lors de cette période difficile de l’histoire de France. Ce livre « Suite Française » est un roman du réel de l’époque, c’est le seul témoignage auquel j’ai eu accès sur le vécu de cette période en dehors des faits héroïques de la résistance dont j’ai été largement abreuvé et qui devaient représenter quelques moments pathétiques pour la masse des citoyens, un peu comme le térrorisme que nous vivons avec une ampleur plus grande car les sanctions allemandes consécutives aux actes de résistance étaient souvent collectives et terribles. Ce livre est précieux, il nous dit comment le « français » a vécu les premières années d’occupation, je n’en connais pas d’autre sur cette période.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s