Le Tour du doigt de Jean Anglade

Capture d’écran 2015-03-09 à 11.29.54Jean Anglade est un écrivain français (Puy de Dôme 1915) très prolifique (une centaine de publications !), avec plusieurs casquettes: romancier, biographe, historien, essayiste, humoriste, traducteur de l’italien, poète et scénariste. Il a intégré l’École Normale d’instituteurs de Clermont Ferrand et poursuivi en autodidacte des études pour devenir professeur de lettres en 1944. Il deviendra ensuite agrégé d’italien en 1947.
On le connait comme « le Pagnol auvergnat » et aussi comme « le patriarche des lettres auvergnates »; c’est une référence littéraire en Auvergne, comme notamment Alexandre Vialatte, Henri Pourrat, Lucien Gachon, Aimé Coulaudon, Marie-Aimée Méraville, Jean-Émile Bénech et Pierre Moussaire.

Sa littérature est une littérature de terroir, avec des romans savoureux et hauts en couleur, faits d’ un mélange d’humour et de bon sens paysan, de malice et de franchise crue; en fait, ses livres sont de véritables documentaires sur l’Auvergne bien que le romancier dise « ma véritable région, ce n’est pas l’Auvergne, c’est l’Homme ». Et il a bien raison car cette lecture  m’a permis de découvrir un écrivain qui dégage une profonde connaissance de l’âme humaine.

Le Tour du doigt date de 1977 et sa lecture m’a été proposée dans le cadre de « masse critique » de Babelio, le réseau de lecteurs. C’est la première fois que je suis sollicitée dans ce cadre; je remercie ici Presses de la Cité et Babelio de  la confiance accordée.

J’ai beaucoup aimé ce livre. Il est écrit de façon claire et agréable bien qu’il raconte des faits archi ressassés par la littérature; il retient  notre attention par le sujet,  par la qualité de l’écriture avec des passages très cocasses.

Le cadre est l’Auvergne profonde (près de Thiers) en 1913 où le protagoniste, Jules Vendange, fils de paysans intègre l’École normale d’instituteurs à Clermont Ferrand, ce qui constitue déjà un bel exploit . La Grande Guerre arrivant, Jules Vendange est propulsé en 1915 à l’âge de 17 ans, comme maître remplaçant pour assurer une classe comportant 48 élèves,  certains  aussi jeunes que lui !

Ces élèves normaliens n’avaient pas droit au titre « d’étudiants », réservé aux universitaires en licence ou doctorat. Les élèves instituteurs sont considérés comme des créatures hybrides, ni chair ni poisson, à peine nommables :élèves-maîtres, chiens, ex, chapeaux, canaques, normaliens, normalos, normaliches…

Jean Vendange avait une grande particularité : il n’aimait pas le fromage ! Voici ce que J. Anglade écrit :on peut chez nous ne pas aimer la politique, la lecture, le poisson, ne pas aimer les curés, les médecins, les gendarmes, les rats-de-cave, rien de tout cela ne tire à conséquence, mais ne pas aimer le fromage, c’est faire insulte à un héritage millénaire de la province, à une de ses gloires et de ses raisons de vivre.

Le rappel aux armes arrive en septembre 1916 et il part se battre sur le Chemin des Dames où il perdra une jambe en juillet 1917, ainsi que beaucoup d’amis et de connaissances dans cette guerre  des tranchées si atroce. Dans le roman la description de la guerre est excellente, très imagée, donnant l’impression de visionner un film, sans pathos ni digressions inutiles. Puis en 1919, quand la guerre contre la Bochie s’est terminée, que le conflit s’est éteint, les auvergnats rescapés comme Jules Vendange peuvent se promener bras dessus bras dessous avec l’ennemi car ils n’ont rien contre le Boche à condition qu’il soit estropié. Kaiser kaputt !

Puis c’est le retour au pays, la reprise des études, le ratage du béhesse (Brevet Supérieur), le début dans la vie active dans des conditions pour le moins très difficiles, l’arrivée de l’amour et le temps qui passe, si véloce, la découverte du don de rebouteux.( Quand je me retourne pour revoir le chemin parcouru, toutes ces années me semblent aussi lointaines que les Croisades. Et cependant, chacune m’apportait sa charretée de peines et sa brassée de plaisirs, les uns et les autres se sont fanés, quand j’ouvre le vieil herbier de ma mémoire il n’en tombe qu’un peu de poudre).

A la fin du livre nous avons l’explication pour « le Tour du doigt »: des hommes nous n’avons plus rien à espérer. Du ciel, nous attendons seulement un départ en douceur quand nous en aurons terminé avec notre tour du doigt.

LE TOUR DU DOIGT, Presses de le Cité 2015 (Julliard 1977),  ISBN 978-2-258-11598-9

Une réflexion sur “Le Tour du doigt de Jean Anglade

  1. Bonjour,
    Voilà une aventure qui est un véritable témoignage sur le vécu des élèves-instituteurs de la République, combattants de la guerre de 14/18. Ce roman nous montre que la guerre, ayant sorti ces hommes de leur moule administratif, leur a donné une indépendance de comportement qui leur a valu le mépris de leur administration…
    Ce roman est instructif !

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