Christmas pudding de Nancy Mitford

Résultat de recherche d'images pour "nancy mitford"Nancy Mitford, de son vrai nom Nancy Freeman-Mitford, fut une romancière anglaise (Londres 1904-Versailles 1973), très connue par ses oeuvres, mais aussi par son rôle dans la vie mondaine de l’entre-deux-guerres. Elle était l’aînée de six  soeurs Mitford, filles du deuxième Lord Redesdale. Elle s’est installée à Paris puis à Versailles afin de se rapprocher de son compagnon Gaston Palewski avec qui elle était liée depuis 1945. On  doit à Nancy Mitford la classification anglaise snobinarde entre les U (=Upper class, aristocratiques) et les non-U (=la petite bourgeoisie)

J’avais lu d’elle « A la poursuite de l’amour » de 1945 (« The pursuit of love »), un roman drôle et mordant, délicieusement anglais, plein d’auto-dérision et qui narre les tribulations amoureuses et familiales d’une jeune aristocrate anglaise, avec beaucoup de traits autobiographiques.

« Christmas pudding » date de 1932, c’est le deuxième des romans de l’écrivain parmi les huit qu’elle écrivit et l’un des moins connus.  Il se situe en plein dans les années folles et l’on sent déjà un vent de liberté et de modernisme dans les moeurs de la haute société anglaise. C’est l’histoire de plusieurs personnages autour d’Amabelle Fortescue, une femme vers la quarantaine qui a beaucoup vécu et qui sert de conseillère aux jeunes générations. Les jeunes filles rêvent de faire de beaux mariages les menant à l’opulence et à une certaine liberté. Les jeunes hommes sont tous des anciens d’Eton et obéissent à un rituel ancestral de dilettantisme éclairé, pas forcément très intellectuel. Ce qui prime, c’est de rester dans la « norme » et sauver les apparences.

La romancière décrit ses personnages de façon assez crue, sans épargner aucun vice ni défaut, mais aussi avec un esprit totalement loufoque qui peut aller jusqu’à la méchanceté. Par exemple, lorsque le jeune couple Monteath, qui cherche un parrain pour leur petite fille, se demande si la petite « sera vivante » jusqu’au baptême; ou lorsque le parrain pressenti dit qu’il préfère qu’elle se prénomme Paula plutôt que Pauline car c’est plus court, donc moins cher à faire graver sur la timbale (…la proverbiale pingrerie des anglais), etc.

Tous les personnages sont hauts en couleur et typés jusqu’à la caricature. Et sans manquer quelques piques contre les froggies (=frenchies), toujours moqués, mais toujours imités.

Quelques citations pour donner le ton…Le plus difficile de nos jours dans le fait de prendre de l’âge, disait-il, est que ceux de nos amis qui ne sont ni morts, ni mourants, ni en faillite, sont en prison. C’est extrêmement déprimant, on  ne sait jamais si votre tour n’est pas près d’arriverVous avez toujours eu un point de vue tellement pragmatique, dit Amabelle d’un ton admirateur. Si j’avais une fille je lui dirais : « Marie-toi par amour si tu peux, cela ne durera pas, mais c’est une expérience intéressante et c’est un bon début dans la vie. Après, lorsque tu te marieras pour l’argent, pour l’amour du ciel, que ce soit pour beaucoup d’argent. Il n’existe aucune autre raison valable de se marier.« 

C’est un livre qui fait rire et sourire devant l’énormité des faits énoncés. C’est très drôle, mais aussi très féroce et cynique. Il y a des tonnes d’auto-dérision. Il n’y a que les anglais pour oser écrire des textes pareils. En tout cas je me suis régalée. C’est un peu dans l’esprit des romans de Vita Sackville-West, mais en plus fort et osé.

 

CHRISTMAS PUDDING, Christian Bourgois Éditeur 2014,  ISBN 978-2-267-02710-5

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