La promesse de l’aube de Romain Gary

Romain Gary, de son vrai nom Roman Kacew, fut un diplomate et un grand écrivain français (Vilnius 1914-Paris 1980). Il est le seul écrivain français à avoir reçu deux fois le Prix Goncourt: en 1956 pour Les racines du ciel et en 1975 pour La vie devant soi, cette deuxième fois sous le pseudonyme d’Emile Ajar  avec lequel il a signé 4 romans. La supercherie  sera connue qu’après sa mort (de façon volontaire) en 1980, à l’âge de 66 ans.

La promesse de l’aube (1960) est un grand livre et pour moi un chef d’oeuvre, un livre immense par la qualité de l’écriture, par son contenu et la manière dont il aborde le sujet: beaucoup d’humanité et de hauteur  transcendent en lisant le livre. La fin du roman m’a donné des frissons et j’ai du me recueillir quelques instants avant de pouvoir passer à autre chose. Comment ai-je pu rester si longtemps sans l’avoir lu? Mais le mal est réparé et je l’ai même acheté pour le faire lire ou redécouvrir autour de moi. Quand des livres de cette envergure me passent dans les mains, je ressens la nécessité de  partager tant d’émotions, car il faut lire beaucoup d’ouvrages pour arriver de temps en temps,  à des pépites  comme celle-ci. Le titre du livre est contenu dans une belle phrase de la page 749...avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais.

Un film a été tourné  en 1971 par Jules Dassin  avec dans le rôle de la mère, Melina Mercouri, la femme du réalisateur. Une pièce de théâtre a été aussi montée et interprétée en 2013 par Bruno Abraham-Kremer au Théâtre des Mathurins.

La promesse de l’aube est un roman paru en 1960 fait d’autobiographie et de fiction qui va nous narrer par le menu l’errance du petit Roman Kacew avec sa mère à travers la Lituanie, la Pologne puis finalement la France que sa mère adorait passionnément. Cette mère a élevé toute seule ce fils et l’a inondé d’un amour fou, exclusif et envahissant comme rarement cela a été décrit. En même temps cette mère excessive, castratrice, souvent hystérique, avait des exigences inouïes envers ce fils, notamment l’exigence de la défendre corps et âme sans se poser des questions. L’enfant comprendra très vite que cette attitude est définitive et non négociable,  et il éprouvera souvent de la honte. Cette mère, cette vraie mamma-juive, exigera l’excellence dans tous les domaines à son pauvre garçon, lequel n’aura pas d’autre choix que d’essayer de devenir le meilleur en musique, en sport, en littérature, en diplomatie, en donjuanisme, bref en tout, mais le meilleur.

Je cite page 743…c’est ainsi que la musique, la danse et la peinture successivement écartées, nous nous résignâmes à la littérature, malgré le péril vénérien. Il ne nous restait plus maintenant, pour donner à nos rêves un début de réalisation, qu’à nous trouver un pseudonyme digne des chefs-d’oeuvre que le monde attendait de nous. Je restais des journées entières dans ma chambre à noircir du papier de noms mirobolants. Ma mère passait parfois la tête à l’intérieur pour s’informer de l’état de mon inspiration. L’idée que ces heures de labeur auraient pu être consacrées plus utilement à l’élaboration des chefs-d’oeuvre en question ne nous était jamais venue à l’esprit...

On comprend qu’avec une telle pression Roman Kacew a eu beaucoup de mal à positionner une personnalité, à trouver sa voie et une voix dans le diktat imposé par la mère, laquelle, avec une attitude persévérante et intransigeante,  fera du fils un être à sa disposition .   Il y a dans ce livre des scènes d’une drôlerie incroyable, désopilantes, mais l’émotion n’est jamais loin. L’écrivain  Gary (il a mis très longtemps à trouver ce pseudonyme) a beaucoup d auto-dérision  et le lecteur a autant envie de rire que de pleurer.

En ce qui concerne la vie amoureuse du jeune Roman Kacew, cela aurait pu être mille fois pire. Sa mère lui avait accordé un tel degré de dévotion que Romain Gary avait la barre un peu trop haute : difficile de trouver une femme prodiguant tant de bienveillance et de foi en lui. Malgré cela, Romain Gary a pu connaître le bonheur auprès de différentes femmes et notamment il s’est « marié » selon les rites tribaux avec une gamine africaine de seize ans de laquelle il a du s’en séparer car elle avait contracté la lèpre. Parmi les femmes qui font une brève apparition, il y a Ilona Gesmay, une jeune juive hongroise de quatre ans son aînée qui a du retourner dans son pays; elle avait l’avantage de plaire à sa mère, entre autres parce qu’elle la croyait une riche héritière.

Lorsque Roman Kacew part à la guerre comme aviateur, il y a beaucoup d’anecdotes incroyables sur cette période très mouvementée de sa vie;   il en ressort un amour fou pour la France lui venant surtout de sa mère. Elle le lui avait inculqué depuis sa tendre enfance. Ses galons de lieutenant lui ont été refusés en raison de sa naturalisation trop récente et il a du faire face avec courage  à cet acte odieux tout en le cachant à sa mère car elle n’aurait pas supporté pareil affront . Page 803 nous lisons…l’amour, l’adoration, je devrais dire, de ma mère pour la France, a toujours été pour moi une source considérable d’étonnement. Qu’on me comprenne bien. J’ai toujours été moi-même un grand francophile. Mais je n’y suis pour rien: j’ai été élevé ainsi. Essayez donc d’écouter, enfant, dans les forêts lituaniennes, les légendes françaises; regardez un pays que vous ne connaissez pas dans les yeux de votre mère, apprenez-le dans son sourire et dans sa voix émerveillée…

Romain Gary fera  la guerre dans l’aviation française pendant la période connue comme la Libération, pour la très grande fierté de sa mère. Il sera reconnu et médaillé par le Général De Gaulle en personne, en raison du travail accompli, souvent avec témérité. La fin du roman est merveilleuse, j’ai été submergée par l’émotion. Mais je vous laisse la découvrir,  c’est un monolithe d’amour.

Voici quelques images de Romain Gary et la présentation du livre:

LA PROMESSE DE L’AUBE, Biblos 1990,  ISBN 2-07-072097-7

3 réflexions sur “La promesse de l’aube de Romain Gary

  1. J’ai lu ce livre il y a trois ou quatre ans mais je suis sure de l’avoir trouvé très touchant, très émouvant .
    Et pour aller encore plus loin, je crois me souvenir aussi d’une scène du film au bord de la mer à la lumière de l’aube…
    J’espère ne pas me tromper, c’était au début des années ’70… Mais en tout cas ça a été un des moments marquants de ma naissante francophilie!

  2. à Romain Gary,
    Après la lecture de la description de ton livre dans ce blog, j’ai voulu et j’ai lu ton livre, l’autobiographie de ta jeunesse.
    Romain, quelles extraordinaires aventures ont fait de toi ce héros de la dernière guerre mondiale et par quelle chance, as tu pu survivre!
    Et si je ne suis pas un héros, je sais maintenant pourquoi: ma mère ne m’a pas tant promu au firmament de la société; j’ai une excuse!
    Enfin, j’ai eu beaucoup de plaisir à te lire, à me noyer dans ton univers mental plein de bonne humeur, d’optimisme, de simplicité et d’une belle grandeur naturelle.
    Repose dans l’honneur de la France!

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