Malarrosa d’Hernan Rivera Letelier

Hernan Rivera Letelier est un poète et écrivain chilien (Talca 1950); il a commencé sa carrière littéraire avec des prix de poésie. Actuellement il écrit presque exclusivement autour du thème des mines de salpêtre du désert d’Atacama, remémorant des personnages qui ont réellement existé et  tout un monde qui a disparu  après avoir connu un essor incroyable entre les années 1810-1930. Hernan Rivera Letelier est un « enfant de la balle », c’est à dire qu’il a vécu avec ses parents toute son enfance dans les « oficinas salitreras » (= mines de salpêtre) comme on les appelle au Chili. Non seulement il a vécu là son enfance, mais il est retourné travailler dans ces mines jusqu’à l’âge de 19 ans. C’est un écrivain totalement auto-didacte, ce qui m’inspire un profond respect. Avec sa prose populaire, riche et très truculente, il a su redonner vie à des endroits et des personnages avec une rare virtuosité .

Son oeuvre commence à être importante, environ dix-sept titres pour le moment. Outre le fait qu’il sait donner à ses personnages des noms originaux et très évocateurs, je trouve qu’il possède une vraie magie pour choisir les titres de ses livres. Malheureusement certains des  titres ne rendent bien que dans sa langue vernaculaire, leur traduction en français les rendant plus insipides.

Malarrosa date de 2008, c’est le titre que la traduction française a accordé à « Mon nom est Malarrosa« . C’est un roman qui réunit la quintessence de l’art de Rivera Letelier, c’est à dire, ce décor fabuleux de la pampa chilienne aride, une « oficina salitrera » appelée Yungay, ( voilà exactement ce qu’était Yungay: un mirage surgi dans la partie la plus ingrate du désert d’Atacama), un titre bien explicite, des personnages et des situations récurrents dans sa bibliographie (mineurs, petits commerçants, patrons, escrocs de tout poil, joueurs, saloons, bagarres à profusion, allumés de tout poil, et le personnage « starisé » par excellence, la prostituée des maisons closes, un vrai « must » de la pampa). Un monde assez interlope avec ses lois et ses us, mais d’une drôlerie incroyable. Les scènes tournent parfois au western « à la chilienne » avec de la castagne, des morts au kilo, une justice approximative, la java alcoolisée incontournable dans des lieux abandonnés à la main de Dieu. Il y a à peine quelques semaines j’ai lu ce roman en espagnol et la curiosité me vint de savoir si j’allais éprouver le même enchantement en le lisant en français: la réponse est oui, bravo au travail de la traductrice Bertille Hausberg qui a su rendre les passages drôles aussi désopilants.

Malarrosa est le nom d’une gamine, dont le prénom Malvarrosa,  a été mal orthographié à la naissance et  c’est devenu Malarrosa. Elle perdra sa mère de tuberculose trop tôt et prendra en charge son pauvre père, un joueur de poker invétéré , de bas étage. La gamine, en dehors d’une maturité incroyable, est dotée de pouvoirs  étranges comme de retrouver des objets perdus ou de maquiller à la perfection les morts. Ainsi, nous irons d’aventure en aventure et de tripot en tripot et nous vivrons un véritable western où les colts sont le plus souvent remplacés par des poings mortifères. Cette petite épopée permet de se faire une idée assez précise de ce que fut cet univers. Bien sûr, il y a dans les romans de Rivera Letelier du réalisme magique, mais mélangé à des histoires vraies qui s’approchent du reportage ethnologique.

Ces mines de salpêtre ont été à l’origine de fortunes colossales au Chili et ailleurs, car le nitrate était très demandé comme fertilisant et comme un constituant de la poudre. Mais l’exploitation du nitrate naturel  s’est éteinte quand en 1929 le nitrate synthétique a été découvert par les allemands Fritz Haber et Carl Bosch. Le prix en 1930 est tombé de 90% ce qui sonna le glas de ces mines. Des milliers d’ouvriers ont été licenciés du jour au lendemain sans aucune indemnisation, ce qui fut à l’origine de manifestations sanglantes où l’armée a tiré sur les civils occasionnant beaucoup de morts. Dans le livre il est question plusieurs fois du massacre de Saint Grégoire puisque le papa de Malarrosa a été sauvé in extremis par un fort en bras qui deviendra plus tard son garde du corps pendant les parties de poker.

Le désert d’Atacama est un des déserts les plus arides de la planète avec 105 000 Km carrés entre le Pacifique à l’ouest et la Cordillère des Andes à l’est. Il ne pleut pas sur ce désert ou alors une précipitation minime chaque 15 à 40 ans, et dans certains secteurs du centre, il n’est pas tombé une goutte d’eau depuis…400 ans! Les variations thermiques sont extrêmes avec moins 25 la nuit et entre 30 et 50 °C dans la journée. Ce n’est pas pour rien que ce désert chilien a été choisi par  la SAFER (Sample Acquisition Field Experiment with a Rover) pour tester le véhicule que la Terre enverra vers la planète Mars en 2018, afin d’étudier la nature du sol martien.

Voici un auteur que j’aime beaucoup car il est avant tout très authentique et il emploie la exacte faconde pour nous narrer ce monde disparu.

MALARROSA, Métailié 2011, ISBN 978-2-86424-709-8

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s