Le jardin blanc de Stephanie Barron

Stephanie Barron est un écrivain et journaliste américain (New York 1963), de son vrai nom Francine Stephanie Barron, diplômée d’Histoire européenne à Princeton, ayant un Master d’Histoire à Stanford. Elle a un cursus très original puisqu’elle a travaillé pour la CIA comme analyste à la cellule anti-terroriste, pour se consacrer exclusivement à l’écriture à partir de 1992.

Elle a écrit une série de onze polars  qui redonnent vie à l’un de mes écrivains favoris, Jane Austen. J’ai lu et commenté l’un de ces onze opus en septembre 2014: Jane Austen et l’Arlequin, et je ne fus pas déçue par cette lecture:  un polar « soft » mais foisonnant en détails vrais et intéressants,  très bien documentés sur l’Angleterre de l’époque. Et en recherchant des informations sur la bibliographie de S.Barron, j’ai remarqué ce roman,  Le jardin blanc de 2009 qui mettait en vedette deux personnages fascinants pour moi: la tourmentée et talentueuse Virginia Woolf et la séduisante et excentrique Vita Sackville-West alias Madame  Harold Nicolson pour la ville.

Les Nicolson achetèrent dans le Kent le petit château de Sissinghurst en 1930 et en firent une vraie féerie avec le jardin: les dix hectares de terres limitrophes furent divisées en dix jardins à thèmes différents, séparés, mais communiquant les uns avec les autres.  Pour d’aucuns, la parcelle dite le jardin blanc ce serait la plus belle, le plus achevée, la plus réussie. Le château de nos jours est visitable; il a été confié à une Fondation mais les descendants Nicolson ont encore l’usufruit complet plusieurs mois par an…

L’imagination sans bornes de Stephanie Barron, une  historienne chevronnée, nous a concocté une intrigue incroyable et osée: Virginia Woolf ne se serait pas suicidée le 28 mars 1941 , mais elle aurait fait une fugue à pied vers son amie (et ex maitresse) Vita Sackville-West, car elle craignait un complot visant à la supprimer;  les Woolf habitaient  Monk’s House dans le village de Rodmell,  une propriété assez proche de Sissinghurst. Il faut savoir que plusieurs membres du  sélect Groupe de Bloomsbury, dont les Nicolson et les Woolf faisaient partie, habitaient le périmètre du château de Sissinghurst.

Ce Groupe de Bloomsbury réunissait des intellectuels et des artistes britanniques depuis le début du XXème siècle jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale. Ils étaient unis non pas par un lien social, mais plutôt par un lien intellectuel car plusieurs de ses membres émanaient de l’université de Cambridge, de Trinity et de King’s College, c’est à dire, d’un creuset très élitiste. Le nom vient du fait que plusieurs membres habitaient le quartier londonien de Bloomsbury. Ce Groupe, assez fermé, a été formé bien avant la notoriété de ses membres et leurs influences communes sont visibles dans leurs oeuvres. Ce qui soude le groupe, est leur hostilité envers le capitalisme, les guerres impérialistes et les attaques contre les pratiques répressives de la société pour maintenir l’inégalité sexuelle.

Aussi, plusieurs de ses membres étaient liés par une association sécrète appelée Les Apôtres ( Cambridge Apostles), réunissant les  étudiants de premier cycle  où le sentiment de l’amitié devait primer sur le sentiment de patriotisme, d’où une cohésion très forte entre eux. Par l’intermédiaire des Apôtres, les membres du Groupe de Bloomsbury rencontrèrent des philosophes analytiques comme Moore et Russell qui révolutionnèrent tant la philosophie anglaise.

L’écrivain Stephanie Barron se sert des dix jours après la disparition de Virginia Woolf, avant que son corps ne soit repêché de la rivière Ouse, alourdi de pierres, pour nous concocter une fiction où la dépressive Virginia aurait fui son mari, lequel faisait partie des Apôtres, afin d’échapper à un complot qui mêle le contre-espionnage Anglais. Partie assez compliquée, mais très documentée. L’intrigue se laisse lire surtout par les informations apportées sur Virginia et Vita et leurs cadres de vie, et la description minutieuse de la formation du jardin de Sissinghurst dont je vous laisse un lien pour apercevoir quelques perspectives de ce qui reste aujourd’hui du jardin blanc, jardin  conçu par Vita pendant la guerre.

http://www.invectis.co.uk/sissing/sswhite.htm

Ce que j’ai trouvé  très intéressant, c’est la confrontation entre les personnages modernes qui mènent l’action: la belle paysagiste américaine Jo Bellamy (aucune description bien détaillée n’est donnée sur sa personne, on sait qu’elle a trente ans, qu’elle est brune et qu’elle est belle. Mais elle doit être drôlement belle puisque tous les mâles qui l’approchent tombent amoureux d’elle !). Jo Bellamy doit reproduire le jardin blanc de Sissinghurst dans la propriété américaine d’un richissime homme d’affaires, Graydon Westlake d’East Hampton (NY), ce qui est la raison de son déplacement à Londres. Puis de Peter Llewellyn, Anglais expert en manuscrits pour  Sotheby’s. Le grand père de Jo Bellamy était Anglais et issu d’un village tout près du château de Sissinghurst, raison pour laquelle en 1941, alors qu’il était un garçonnet, il avait travaillé comme jardinier pour Vita car la main d’oeuvre était rare par ces temps de guerre . Jo va découvrir dans un appentis, un vieux cahier enfoui dans une caisse qui remet en cause la fin de Virginia Woolf et voilà notre fiction partie en flèche…

J’ai apprécié la confrontation de caractères entre les personnages Américains et Anglais du roman, tellement différents dans leurs fonctionnements et leurs raisonnements. Le côté décidé et sans chichis des Américains, direct (allant jusqu’à parfois manquer de manières) et le côté tellement alambiqué, compliqué des Anglais qui débordent de manières pour toutes les occasions: savoureux et sonnant juste.

Et ce roman, léger mais documenté, m’a rappelé un autre roman délicieux où il est aussi question de beaucoup d’horticulture; il s’agit du roman d’Elizabeth von Arnim, écrivain anglais, livre très autobiographique, écrit en 1898 et intitulé Elizabeth et son jardin allemand.

LE JARDIN BLANC, NiL 2009,  ISBN 978-0–553-38557-0

 

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