La papesse de Claude Pasteur

 Claude Pasteur est une journaliste et écrivain français (1920) spécialisée dans les romans historiques. Elle  collabore aussi dans la Revue Historia.

La papesse est un prêt  et je dois dire que cette lecture ne m’ a pas passionné car elle touche une période historique beaucoup trop ancienne (IXème siècle), avec des noms que ne me disent pas grand chose, n’étant pas particulièrement versée dans le haut Moyen Age. En revanche, l’aventure humaine extraordinaire que nous narre Claude Pasteur a retenu toute mon attention, l’écrivain émet l’hypothèse que le pape  Benoît III ait été une femme déguisée,  hypothèse  étayée par aucun historien, bien que cette histoire rocambolesque et presque incroyable soit la seule qui pourrait éclairer cette énigme historico-religieuse .

C’est l’histoire de Jeanne, la fille unique d’un pasteur d’origine Angle (on ne disait pas encore Anglais) qui a décidé,  depuis son âge le plus tendre de devenir érudite. Pour accéder au savoir de l’époque, il fallait se rapprocher des abbayes, ce qui n’ était pas donné à tout le monde. De plus, le sexe féminin faisait barrière à l’accès de la connaissance, raison pour laquelle Jeanne décida de se faire passer pour un jeune homme en se faisant appeler Joannes Anglicus. Vers l’ âge de 20 ans elle revit un ami d’ enfance, le tendre Edwin que ses parents avaient placé a l’ abbaye de Funda afin de le former au savoir de l ‘époque. C est en recopiant des manuscrits de Galien que Edwin décida de se dédier a la médecine.

Lorsque Jeanne retrouve Edwin, ils décident de partir a la découverte de l ‘Europe des abbayes; vers cette époque l ‘Europe abondait de moines errants ayant abandonné leur abbaye, ne supportant plus le régime disciplinaire et les traitements qui y régnaient. Ce fut le cas d Edwin…Il faut imaginer ces deux jeunes parcourant l ‘Europe à pied et Jeanne déguisée en homme; son allure d’ éphèbe l ‘y aidait pour beaucoup.  C’est sur la route, quelque part entre la Germanie et l’ Italie que Jeanne se donna a son ami.

Ils arrivèrent a Athènes où le jeune homme décida de faire sa médecine, auprès d’ un grand médecin juif plein d ‘humanité et de savoir, mais Edwin mourra tres vite en contractant la maladie d’un patient.  Jeanne décidera de revenir en France et de poursuivre une formation de bon niveau, par exemple en recopiant de vieux manuscrits. Peu a peu Jeanne, devenue  Joannes Anglicus deviendra connu et apprecié, ce que lui permettra de rêver à son installation à Rome. Grâce à des contacts,  elle partira et s’ installera pour devenir très vite secrétaire du pape d ‘alors Léon IV. Son sérieux et la qualité de son travail feront que lorsque Léon IV mourra, Joannes sera pressenti pour lui succéder. Il faut savoir que au IX siècle on pouvait devenir pape, même pour les laïques; le fait de ne pas appartenir aux ordres majeurs n’était pas un obstacle non plus car un évêque ou un cardinal pouvaient les ordonner dans tous les ordres majeurs en une seule fois.

Elle serait devenue pape sous le nom de Benoît III et aurait régné deux ans et demi, entourée de savants et d’ érudits , ceci dans un climat très difficile (déjà !) fait d’intrigues à tous les niveaux:   la prévarication et la corruption étaient monnaie courante parmi le haut et le petit clergé. De plus sa supercherie faisait que Jeanne était constamment sus ses gardes et n ‘aimait pas du tout apparaitre en public.  Alors qu’elle était chaste et vertueuse, elle connut un ambassadeur saxon dont elle tomba éperdument amoureuse. Elle commit le péché de chair une seule nuit, aveuglée par la passion. Cet acte charnel d’une seule nuit a rendu la papesse enceinte et sujette par la suite à une crise de conscience extrêmement grave et lourde de conséquences. Elle aurait décidé d ‘accoucher, puis de confier l ‘enfant a un couvent et de reprendre la route de pèlerine afin d’ expier son péché. A cette même époque, un très grave séisme aurait frappé l ‘Italie et ce cataclysme s’en est suivi  d ‘une épidémie de peste et d’ une plaie de sauterelles. Dans ce chaos, elle aurait dû s ‘ enfuir mais elle a trop tardé et finalement elle aurait accouché en pleine rue, sans secours et serait morte de ses couches laissant un enfant mâle dont on a perdu la trace, probablement jeté dans le caniveau, comme cela se pratiquait dans les villes.

Ainsi finit l’ aventure extraordinaire de cette femme arrivée à la force du poignet à la plus haute instruction et fonction ecclésiastique. Peu de documents écrits (quatre) restent sur ce pape Benoît III élu en 855, le plus mal connu des papes de cette époque; parmi les documents originaux concernant la vie des successeurs de Léon IV, le plus ancien exemplaire  ne contient pas la vie de Benoît III; dans un autre exemplaire, l’épisode le concernant est manquant et les deux exemplaires qui nous soient parvenus, montrent un personnage doux et effacé, beau de visage, n’aimant pas se montrer en public.

Elle a été enterrée en dehors de la ville de Rome et elle avait prévu un épitaphe qui en dit long sur ses souffrances: « Qui que tu sois qui approches, priant le Christ pour tes crimes, / Apprends, je te prie, combien ce lieu est digne de larmes, / Dans ce repos glacé, le prélat Benoît III / A enfermé ses membres; que la terre les lui rende / S’il est placé hors du toit, sous la couverture de pierre, / C’est qu’il a jugé indigne de se mettre près des saints. »

 

LA PAPESSE, Olivier Orban 1983,  ISBN 2-85565-210-3

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