Franz et François de François Weyergans

Afficher l'image d'origineÉcrivain et réalisateur franco-belge (Bruxelles 1941), diplômé de l’IDHEC, membre de l’Académie française depuis 2009 au fauteuil 32 (fauteuil réputé « maudit », vacant pendant 8 ans, à la suite des décès de Maurice Rheims et d’Alain Robbe-Grillet et occupé auparavant par un suicidé, un plagiaire et un proscrit, ceci pour l’anecdote…). C’est tout un personnage que François Weyergans; les gens qui le connaissent disent qu’il a peu changé, possédant toujours une démarche  arachnéenne et son zézayage à la Françoise Sagan.

Franz et François est un livre que François Weyergans a écrit en hommage à son père, l’écrivain et critique littéraire belge Franz Weyergans, écrivain d’inspiration catholique aux antipodes de ce que ce fils prodigue écrira plus tard. Dans un livre de Franz Weyergans intitulé L’Enfance de mes enfants, on pouvait lire ces phrases prémonitoires: « Le père qui cède à l’amour possessif est perdu, il étouffera ses enfants sous sa présence, et son amour lui sera retourné en haine. C’est qu’il s’aime lui même en croyant aimer ses enfants. Les attentions, les cadeaux, l’aide, les conseils, c’est à lui même qu’il les adresse. Ses enfants sont en lui. Il les a dévorés ».

C’est un très beau livre, très émouvant, très érudit sous des aspects de facilité, écrit par quelqu’un qui est passé maître dans l’art de la digression. Il y a dans ce livre d’innombrables passerelles vers d’autres livres, vers d’autres sujets comme le cinéma, des lieux, des personnes connues ou inconnues. Ce qui est sûr c’est que ce livre lui a coûté un énorme travail d’introspection. On le sent si écrasé par ce père tutélaire, érigé en véritable statue de Commandeur. On comprend la souffrance et l’effort  qui ont été nécessaires à François Weyergans pour émerger et affirmer une personnalité qui tienne la route, forcément en flagrante opposition avec celle du  père. Page 400 nous lisons ceci : Quand je n’étais pas d’accord, j’aurais dû lui répondre et lui tenir tête. Je ne l’avais jamais fait. Le contredire était impensable. Il m’avait imposé avec une telle violence sa vision du monde depuis ma naissance, et même depuis ma conception, que j’en avais perdu à tout jamais le goût, le désir, le pouvoir ou les moyens de l’affronter.

Vingt quatre années ont été nécessaires pour aboutir à ce livre qui est un cri d’amour envers ce père avec lequel le dialogue a été si difficile de son vivant, avec lequel les relations ont toujours été tendues, lui, le seul enfant mâle, probablement dépositaire de tous ses espoirs de continuité, d’obéissance, de soumission.

L’écrivain travestira à peine son nom de famille pour devenir François Weyergraf et coucher sur le papier toute sa souffrance en tant que fils de Franz Weyergraf, ayant eu du mal à s’assumer, après des années de psychanalyse et de chimiothérapie anti-dépressive. Un enfer. Il osera après tant d’années, enguirlander son père sur le papier pour son rigorisme, pour sa soumission à l’hypocrisie d’une époque et, en même temps, il essaiera d’expliquer à ce père,  à posteriori,  son inconséquence, l’aberrante logique de ses propres actes (cf Laurent Robert de l’Université de Liège, 2010).

Très bon livre, bien écrit, paraissant d’une grande sincérité.

 

FRANZ ET FRANÇOIS, Grasset et Fasquelle 1997, ISBN  2-246-47281-4

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