Une femme aimée d’Andreï Makine

 

Écrivain d’origine russe (Sibérie 1957), mais de langue française. Il a demandé l’asile politique en France en 1987 au début de l’ère Gorbatchev. Il a aussi publié des livres sous le pseudonyme de Gabriel Osmonde. C’est le livre Le testament français de 1995 qui l’a lancé à la notoriété, un roman autobiographique qui obtint 3 prix: le Goncourt, le Goncourt des Lycéens et le Médicis. Livre écrit dans un français impeccable et un peu désuet, imbibé de mélancolie (l’âme slave?) où le narrateur dit comment il vit sa « francité » , c’est à dire la langue et la culture françaises, léguées par une grand mère française, ce qui l’a rendu différent de ses contemporains et lui a volé en quelque sorte une partie de sa jeunesse russe. Cette « francité » va l’inciter à s’installer en France et il va rêver de ramener en France sa vieille grand mère. Après la mort de celle-ci, il apprendra qu’il n’est pas de son sang mais qu’il a été adopté par cette femme…

Une femme aimée est un livre sur Catherine II de Russie, née princesse allemande (elle garda son accent allemand jusqu’à sa mort) Sophie d’Anhalt-Zerbst qui monta sur le trône de Russie à l’âge de 14 ans en épousant le futur tsar Pierre III . Ce sera un parti pris de la part de Makine, qui ne se veut pas un biographe soucieux d’exhaustivité, mais un écrivain qui traque le secret dissimulé derrière les apparences et le jeu social. Puis, entre nous,  qu’aurait pu dire Andreï Makine qui n’ait déjà été révélé par d’autres sur la Grande Catherine II ?

Le titre du livre émane de l’hypothèse selon laquelle la grande amoureuse qui fut la tsarine de toutes les Russies, ne fut jamais vraiment aimée par ses nombreux amants qu’elle couvrit d’honneurs, de titres et de richesses. Pas un seul ne  l’aurait aimée, et ses amants  furent nombreux; il existe  un doute sur le tout dernier amant, Lanskoï âgé de 22 ans (et elle de plus de 50 !) qui ne montra aucune ambition ni demanda aucune prébende; une légende persiste comme quoi elle aurait été prête d’ abandonner le trône et de partir en Italie avec lui. Il faut dire que cette femme  se considérait comme la « pauvre impératrice », alors que pour l’Europe elle était la Grande Catherine.

C’est un livre que je n’ai pas aimé, le trouvant un peu confus et répétitif. Ayant lu il y a quelques semaines Le roman de la Pologne de Béate de Robien (cf billet du 12 juillet),  il était question à plusieurs reprises de la tsarine (qui détestait la Pologne !),  dans le chapitre sur le Roi Poniatowski. L’envie me vint de compléter la masse d’informations sur Catherine II qui est dans le livre de  Béate de Robien, par ce livre de Makine, mais je me retrouve devant  un personnage caricatural, décrit principalement autour de sa gymnastique d’alcôve, que les historiens ont appelé pudiquement sa « fièvre utérine » .

Catherine II était aussi autre chose: un bourreau de travail ( 15 heures par jour), un personnage d’ une simplicité dans l’habillement et dans les goûts culinaires,  ayant une addiction  affirmée pour la prise de tabac ainsi que pour le café très fort, une passion pour le théâtre (elle a écrit des pièces), etc.

Il y a une double histoire dans le livre de Makine : nous avons la vie d’Oleg Erdmann, russe d’origine allemande, cinéaste  de 30 ans de notre époque, qui doit tourner un film sur la tsarine, film qui se doit d’être racoleur, très axé sur la vie sexuelle de l’impératrice, reprenant tous les poncifs connus : une femme despotique mais éclairée, féministe avant l’heure et nymphomane, amie des philosophes et ennemie des idées de la Révolution française. Ce film doit  appâter les masses et conquérir l’audimat coûte que coûte. La vie de cet Oleg dans la Russie post glasnost est consternante de vulgarité et la corruption est présente à tous les niveaux;  ce jeune réalisateur a vécu le communisme puis le libéralisme sauvage, il se débat avec la censure et avec les voisins de son appartement communautaire tout en travaillant la nuit dans un abattoir pour subvenir à ses besoins.

Ayant publié aussi un billet récent sur un livre de Jean d’Ormesson, je constate avec étonnement la filiation spontanée des personnages au fil de mes lectures,  puisque dans le roman de Makine il est question, à la Cour de Catherine II, d’un marquis d’Ormesson, un des rares français à trouver grâce aux yeux de l’impératrice…

Lecture qui m’a plutôt agacée, ne m’apprenant rien de nouveau sur le personnage historique et sans intérêt majeur dans le contexte moderne.

 

UNE FEMME AIMÉE, Éditions du Seuil 2013,  ISBN 978-2-02-109551-7

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