C’est une chose étrange à la fin que le monde de Jean d’Ormesson

Jean d ‘Ormesson est un écrivain, chroniqueur, éditorialiste, philosophe et académicien français (Paris 1925); il possède une vaste bibliographie ( plus de 60 publications !). Il  a publié son premier livre en 1956, mais  il a connu le succès à partir de 1971 avec La gloire de l’Empire.

De sa vaste bibliographie , j’ai lu , il y a quelque temps 3 autres livres: Une fête en larmes de 2005, un mélange de souvenirs, assez cabotin et brillant, très « vieille France », donnant une image d’un certain passé a la façon du Siècle des Lumières, très bien écrit, papillonnant, nostalgique, d’un dilettantisme heureux, mais non béat; Odeur du temps de 2007 qui est une « compil » de chroniques de Jean d’Ormesson dans Madame Figaro et Le Figaro, dont certaines sentent la « resucée », certes, le style est impeccable, mais pour certaines chroniques les personnages et les situations sont hors contexte, trop anciens; C’était bien de 2003, du pur d’Ormesson, cabotin et spirituel, à la manière d’un testament de la part d’un homme qui a aimé la vie à la folie, qui a ressenti du bonheur, avec une touche de passéisme charmant.

C’est une chose étrange à la fin que le monde date (déjà) de 2010,  l’écrivain n’a pas résisté à cette mode des titres à rallonge, mode qui offre l’inconvénient d’être difficile à retenir,  difficile de citer la phrase au complet, sauf peut-être si l’on connait bien les poèmes d’Aragon, puisque la phrase émane du deuxième poème sur les 14 du recueil Les Yeux et la Mémoire d’Aragon, grand ami de Jean d’ Ormesson. Voici la strophe, de toute beauté:

C’est une chose étrange à la fin que le monde / Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit / Ces moments de bonheur ces midis d’incendie / La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Ce livre est un ouvrage de réflexion sur le sens de la vie, sur le rôle de Dieu, sur la place de l’homme, tout ceci écrit avec la faconde qu’on lui connait, faite de grâce, de facilité, de rigueur, mais aussi d’un indéfectible optimisme, ce qui rend cet auteur sympathique.

Il y a  aussi un défi, car Jean d’Ormesson, grand littérateur devant l’éternel va confronter des données scientifiques fondamentales avec la littérature au service de la philosophie, le tout pimenté de cette gouaille un peu canaille -chic qu’on lui connait et qu’on apprécie; en tout cas c’est ce que je ressens. Aussi, le bonhomme peut tout se permettre, il peut dire tout ce qu’il veut et il le dira bien.

Jean d’Ormesson tient a appeler ce livre un  roman,  un roman de l’Univers qui traduit l’étonnement d’être au monde, dans un monde considéré par lui comme beau et étonnant. Page 166 il donne la clé: chacun sait que, si tout roman est une histoire qui aurait pu être, l’histoire elle même, d’un bout à l’autre, est un roman qui a été. Mais ce n’est pas seulement l’histoire qui est un roman, et le plus extraordinaire qui soit. L’univers tout entier, avec tout ce qu’il contient, est un roman fabuleux. C’est pour cette raison, et non pour attirer le chaland, que les pages que vous lisez se présentent sous la rubrique: roman.

On pourrait le considérer  comme un essai. Peu importe, c’est très plaisant à lire et il nous fait réfléchir dans une atmosphère plutôt optimiste que pessimiste; les années ne pèsent pas pour d’Ormesson qui est resté un jeune homme qui s’étonne encore de beaucoup de choses, notamment devant la beauté, devant l’exotisme de certains noms propres comme Chichicastenango (comme je le comprends).

La première partie du livre est un échange entre Dieu, qu’il nomme « le Vieux » et le narrateur (son alter ego), qu’il appelle « le fil du labyrinthe »; c’est assez drôle.

Voici une pensée du « Vieux »: Est-ce que j’existe? Dans la tête et le cœur d’une foule innombrable, oui, sans le moindre doute. Jamais rêve de gloire ou d’amour n’a occupé les esprits avec tant de force et de constance que la folie de Dieu. Sous les noms les plus divers, sous les formes les plus invraisemblables, il y a quelque chose qui court de génération en génération: c’est moi. Que feraient les hommes s’ils ne me cherchaient pas? Ils me cherchent-et ils ne me trouvent pas. S’ils me trouvaient, ils ne penseraient plus à moi. Parce qu’ils me cherchent sans me trouver, parce qu’ils me nient, parce qu’ils m’espèrent, la seule pensée de Dieu ne cesse jamais de les occuper tout entiers. Je suis un Dieu Caché. Dieu vit à jamais parce que les hommes doutent de lui.

D’aucuns ont signalé que ce livre faisait partie de leurs livres de chevet, afin de l’avoir sous la main et de le parcourir par petites touches. J’adhère totalement à cette idée. On se sent meilleur après l’avoir lu et ruminé.

 

C’EST UNE CHOSE…, Robert Laffont 2010,  ISBN 978-2-221-11702-6

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