Et mon coeur transparent de Véronique Ovaldé

Écrivain français (Le Perreux 1972), éditrice chez Points. Ce roman, Et mon cœur transparent est  sa cinquième publication et obtint le Prix France-Culture Télérama 2008. Son septième roman, Ce que je sais de Vera Candida a été recompensé aussi par plusieurs prix. L’écrivain possède un style particulier, faisant fi de la ponctuation, ce  qui rend son récit fantaisiste et savoureux, assez spécial. On dit d’elle qu’elle est la reine du mot juste.

Celui- ci est le premier livre que je lui lis,  livre qui se lit bien avec une intrigue entre le polar, le roman psychologique et le genre fantastique. C’est  un style peu fréquent: passablement original car l’écrivain joue avec les mots et la ponctuation, ce qui déstabilise complètement la lectrice que je suis…L’explication du titre nous l’avons page 77 quand Lancelot s’accoude au parapet du pont Omoko où Irina s’est tuée:…Il sent la sueur de son corps qui refroidit et s’évapore. Il frisonne. Le pont est un endroit à fantômes. l’air est limpide  et mon coeur transparent.

Analysons les choses:

Le choix des mots. Véronique Ovaldé choisit des mots dans des contextes très différents pour nommer les personnes et les endroits, ces noms sont évocateurs de personnages connus, comme celui du personnage principal, Lancelot, (nom qui nous projette directement dans un passé lointain avec les chevaliers de la Table Ronde), où le choix du prénom russe d’Irina, ou le prénom « bégayant » de Marie Marie de l’agence immobilière qui s’habille en « pivoine géante » (sa manie du rose), ou le choix du nom de la rivière Omoko, ce qui évoque le Japon, et ainsi de suite. Les noms des villes sont aussi inventés, mais évocateurs comme Milena ou Catano…La ponctuation n’existe pas , cela a été largement signalé à propos de ce livre, et cela constitue une originalité parce que chaque lecteur va imprimer à sa lecture un souffle et un tempo qui lui sera propre. Véronique Ovaldé non seulement joue avec les mots, mais elle possède  le don de la formule originale. Ainsi page 8 elle nous parle de Lancelot qui vient de rencontrer sa future femme, Irina, lequel Lancelot pouvait penser que « un rire pouvait être chaud et laineux« . Les objets et les êtres peuvent se définir de manière originale, comme ce camphrier, arbre qui revient souvent dans le récit comme un mantra, ce qui apaise Lancelot. Ou la citation d’ opossums ou des merles albinos (où va-elle-chercher cela?). Ou à propos des médicaments que Lancelot doit prendre pour supporter l’absence d’Irina, » ils servent à le tranquilliser et n’amener à son esprit que des pensées mièvres avec filtre rose layette« . Et le jour qu’il abuse un peu du Valium et s’endort, comateux,  sur le sol du garage, « se réveille plusieurs heures après, gelé, avec l’impression effrayante qu’un nid de tarentules a élu domicile dans son cerveau, ça grouille, ça tisse de la soie et c’est venimeux » !

C’est un polar parce que notre personnage principal, l’éthéré Lancelot va perdre sa bien aimée dans un accident de voiture et nous ne saurons pas le fin mot de l’histoire que chaque lecteur va devoir se raconter sotto voce avec tous les indices que l’écrivain aura semé d’ici de là…(le final est ouvert et  le lecteur ne doit pas tout gober, mais cogiter un peu).

C’est un roman psychologique parce que les personnages vivent des situations bien précises, et ils sont bien campés et réagissent d’une façon fort inattendue. Le premier paradoxe qui m’a interpellé est le suivant: Lancelot est un personnage assez flou, falot, un peu caméléonique qui s’adapte à des tas de situations de façon ahurissante; mais j’ai été sidérée par la facilité avec laquelle il abandonne son épouse Elisabeth après 3 lustres de vie commune;  le falot Lancelot se décide à franchir le pas avec une détermination et aisance qui ne cadre pas avec le personnage: quelle est la force centripète qui décide cet homme à quitter le domicile conjugal aussi aisément? Cela va faire rêver beaucoup de femmes, car en général la gente masculine est très parcimonieuse sur ce sujet… Puis, il va épouser Irina et sera follement épris de cette créature mais ne saura rien sur sa vie présente ni antérieure…L’écrivain sème des pistes, mais ne donne pas la clé, au lecteur de cogiter encore et de se poser la question philosophique suivante: connait-on les gens, même les plus proches?.

C’est un roman fantastique par moments car Lancelot voit disparaitre au fil du livre des objets de son cadre habituel, avec une telle régularité que par moments le lecteur se demande si en plus des barbituriques qu’il ingère comme des bonbons (pour apaiser sa peine), le cher homme ne fume pas de la moquette. Ainsi au fil des pages, le lecteur ahuri  apprend la disparition de l’armoire de l’entrée, de la pendule du buffet, de la table basse à côté du canapé, etc.   Ce côté réalité parfaite/ irréalité, me fait penser au  livre Kafka sur le rivage du japonais Murakami, comme la babelienne qui signe « le-mange-livres » l’a déjà suggéré  , …(nous sommes sur un plan on ne peut plus réel, et PAF ! il se passe quelque chose de si incongru que le lecteur reste baba, interloqué cherchant à toute allure l’explication cartésienne…). Non seulement Lancelot voit disparaitre des objets, mais il a aussi le don du dédoublement (il parle avec Paco Picasso au téléphone et imagine la chambre dans le détail, comme s’il y était).

Bref,  un petit roman fort original et divertissant, car plein d’humour décalé. Il se lit très vite, mais les personnages vous hantent après avoir refermé le livre.

 

ET MON COEUR…, J’ai lu N° 9017(Éd. de l’Olivier 2008),  ISBN 978-2-290-01469-1

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