Le dernier Lapon d’Olivier Truc

 

Olivier Truc est un journaliste français d’origine  méridionale (Dax 1964), installé dans le grand Nord depuis 1994. C’est un spécialiste des pays baltes et nordiques où il est correspondant des journaux Le monde et Le Point. Il est aussi documentariste pour la TV française (avec deux documentaires  primés).

Ce polar,  Le dernier Lapon, est son premier roman:  il a reçu le Prix Mystère de la Critique et le Prix Quais du polar 2013. C’est un ethno-polar sur les Lapons et la Laponie,  ce vaste territoire qui va de la Norvège à la Finlande en passant par la Suède et la Russie.

Je trouve que c’est un livre très réussi, intéressant,  car il nous décrit ce grand Nord en maintenant notre attention jusqu’à la dernière ligne, non tant par le côté de l’intrigue policière que par la profondeur de ses personnages et l’étendue de ses connaissances sur la région.Il faut dire que l’habitat, cette toundra polaire,  est particulièrement rude, à peine compatible avec la vie humaine telle que nous la pratiquons. Les habitants originaires de cette partie du globe, ce sont les Lapons ou Samis qui parlent le same. C’est le même cadre que celui du bon polar d’ Åsa Larson Horreur boréale (publié en janvier 2012) et qui se passe à Kiruna, ville minière suédoise (=fer)  ville plusieurs fois citée dans Le dernier Lapon.

Les 500 pages du livre tournent autour de l’ assassinat,  de façon assez sauvage, d’un éleveur de rennes et de la disparition d’un tambour Sami porteur de messages. Dans cette toundra désolée, la profession d’éleveur de rennes est une des rares professions qui permettent de vivre. C’est une profession très difficile, très encadrée et qui possède sa propre police des rennes qui doit sillonner de façon permanente ces immensités enneigées et gelées la plupart de l’année, à l’aide de puissants scooters des neiges et d’équipements ad hoc. L’enquête est confié à Klemet Nango qui est d’origine Sami, un vrai Lapon et à Nina Nansen, sa nouvelle collègue depuis 3 mois, d’origine suédoise. Le mystère tourne autour des troupeaux de rennes et des minerais cachés sous la toundra, ces derniers attisent l’éternelle convoitise des hommes sans tenir compte de la biosphère et encore moins des humains.

Tous les personnages du livre sont bien campés. Mes préférences vont à Aslak, l’éleveur de rennes, droit, s’occupant à fond de son troupeau, insondable, s’occupant de sa femme qui visiblement est dérangée et pour laquelle nous apprendrons en temps et en heure le drame vécu; Berit la Lapone servante du paysan Olsen, tellement soumise et qui porte aussi une histoire terrible; Nina, la jeune policière, droite et aimant son dur labeur, mais qui a compris que pour prendre du grade au sein de la police elle doit passer par là; Klemet, le policier Lapon, tellement secret et partagé entre deux mondes, tellement maladroit avec les femmes parce que timide à l’excès;  et puis le parfait salaud du livre, un français géologue, Racagnal qui rime avec chacal, mais l’épithète est petit pour le personnage, car il incarne le mal, le vice, la cupidité démesurée…et tant d’autres personnages.

Les données transmises par Olivier Truc sont très intéressantes et ses personnages, terriblement attachants car profondément humains et crédibles dans leur cadre de survie. La temporalité du roman va du 10 au 28 janvier. Vers le 10 janvier c’est la nuit polaire, il n’y a pas d’ensoleillement du tout; le 11 janvier l’ensoleillement est d’une demi heure ! et ainsi de suite, jusqu’à la fin du roman, le 28 janvier lorsque l’ensoleillement atteint 5 heures. Les aurores boréales se succèdent et leur beauté céleste fait un peu oublier la rudesse de ces journées…Nina fascinée regardait le ciel s’animer. Une aurore boréale semblait prendre possession du firmament. Des apparitions verdâtres, verticales, discrètes, venant toujours de la même direction, se mouvaient lentement. L’aurore, les aurores ne semblaient plus vouloir s’arrêter. Elles se succédaient, serpentaient, incertaines et longilignes. La sarabande s’amplifiait. Le ciel clignotait secoué de pulsations. Une cavalcade sous un cône strié. Le ciel entier était  pris de convulsions lumineuses…(page 78)

Le meurtre n’est pas très intéressant ici, ce sont les us et coutumes de ce peuple de Lapons qui sont fascinantes. Comme par exemple celle des vieillards devenus un fardeau pour le clan et qui partent un soir de tempête se perdre à jamais dans la toundra.

LE DERNIER LAPON, Points Policier N° 3103,  ISBN 978-2-7578-3608

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