Les boucanières d’Edith Wharton

Romancière américaine (New York 1862-France 1937), née Edith Jones, dans une famille appartenant à la haute société new-yorkaise. Elle passa son enfance en Europe (Paris, Allemagne, Florence) puis épousa Edward Wharton à 23 ans, dont elle divorcera en 1913.

En 1907 elle s’installera à Paris et fréquentera la haute bourgeoisie et des écrivains de premier plan; elle habitera d’abord place des États Unis, puis au 53 rue de Varenne. Ses grands amis parisiens aiment son « esprit masculin »: elle préfère s’entourer d’hommes plutôt que de femmes.

Elle publiera en 1920 son roman le plus connu Le temps de l’innocence que lui valut le Prix Pulitzer, décerné par la première fois à une femme. Un film magnifique fut tourné par Martin Scorsese en 1993 avec la belle Michelle Pfeiffer.

Les boucanières (The buccaneers) est son dernier roman, inachevé et publié en 1938 à titre posthume. Une nouvelle version a été fournie en 1993, enrichie de notes de l’auteur par Marion Mainwaring. C’est un roman excellent, très bien écrit et qui nous met en balance deux mondes antinomiques: l’Angleterre aristocratique, pétrie dans ses obligations, dans ses privilèges, et qui a parfois du mal à joindre les deux bouts. Et ce monde de nouveaux riches américains, prêts à se racheter un passé prestigieux,  même s’il faut mettre  un prix élevé.

Les boucanières raconte l’histoire  de 5 très jeunes amies new yorkaises, en âge de convoler; elles sont belles,  délurées et  les parents sont ces nouveaux riches assez mal vus chez  les américains de vieille souche qui les snobent de façon ostentatoire. Ces parents seront obligés d’ envoyer leurs filles en Angleterre afin de ferrer un bon mari, pas forcément riche, mais titré.

Toutes ces jeunes filles, fraîches et pourvues de solides fortunes familiales feront d’excellents mariages avec des aristocrates anglais . Mais elles n’ont pas été éduquées depuis leur enfance pour assumer les  devoirs et obligations inhérents à leur charge. Ainsi, certaines d’entre elles seront dépitées et assez malheureuses. Même la petite Annabel St George, la plus jeune d’entre elles, celle qui fera le mariage le plus mirobolant avec le Duc de Tintagel et Pair du Royaume ! Elle sera à coup sûr, la plus malheureuse, celle qui devra prendre la décision la plus shocking (drastique et osée).

Il y a une telle différence entre les deux milieux sociaux que le rôle d’une gouvernante est précieux, d’autant plus qu’elle est anglaise et qu’elle possède des références sérieuses pour avoir travaillé dans des familles aristocratiques aux mœurs rancis, mais sûrs.

Voici ce que une aristocrate anglaise, Lady Brightlingsea, exprime à propos des jeunes beautés américaines:...ils sont tellement étranges (les américains), ils parlent si vite que je ne peux les comprendre. Je suppose qu’on s’y habitue. Mais ce que je ne parviens pas à voir, c’est leur beauté, j’entends celle de leurs filles. Elles s’agitent sans cesse, jamais un moment de répit. On m’a rapporté que ma bru dansait au son d’instruments exotiques, comme une vraie ballerine. J’espère qu’elle ne porte pas de robes courtes…

A propos de Guy Thwarte, un noble  prétendant d’une américaine:…en vérité, le fils avait une nature aussi complexe que son père, était, comme lui, déchiré de sentiments contradictoires. S’ils éprouvaient un même amour pour l’ancien berceau familial, cette passion ne leur suffisait pas, chacun tenait à jouer le rôle que lui avait assigné le destin mais se sentait aussi à l’étroit dans ce rôle et luttait contre des tourments secrets, des tentations qu’aucun homme de leur rang, de leur valeur, n’aurait compris. Sir Hemsley (père de Guy Thwarte) avait profondément déçu le comté dont les membres espéraient que Guy réparerait les erreurs et négligences paternelles, qu’il se conformerait à ce que l’on attendait de lui: se conduire en bon cavalier, bon tireur, propriétaire avisé, magistrat consciencieux, et, à l’heure dite, l’heureux époux d’une femme dont la dot sauverait Honourslove (le manoir familial) des extravagances de Sir Hemsley.

Lorsque Guy Thwarte informe son père qu’il a invité les jeunes filles américaines prendre le thé, Sir Hemsley est furieux:..je suppose que c’est par égard pour mon dégoût pour ces chiqueurs de tabac, ces femmes peinturlurées traînant derrière elles leur rustaud de mari, que vous avez l’intention de polluer ma maison et de profaner nos derniers jours ensemble par cette invasion barbare...

La psychologie des deux milieux est suprêmement décrite. Nous avons là de vrais personnages, très loin de la caricature, même si le mariage raté du Duc avec la trop jeune et inexperte Annabel, paraît un peu trop énorme.  Ce roman n’est pas sans me rappeler d’autres histoires anglaises, comme celle racontée dans l’excellente série britannique Downton Abbey, mais aussi les histoires sentimentales récurrentes de Jane Austen où les mariages se font uniquement afin de garder les terres,  les domaines et les titres.

Les boucanières, c’est avec cet épithète péjoratif que ces nobles anglais, confits dans leurs certitudes, qualifient ces jeunes américaines qui cherchent un mari, ces « damnées boucanières« , ces femmes sans scrupules…(page 490)

Une série pour la TV anglaise fut tournée par Philip Saville en 1995, visible sur Youtube ( seulement en anglais) et par tranches de 5 minutes. Elle en vaut la peine, les images et les décors sont superbes, même si le texte est très abrégé et succinct par rapport à ce livre, que j’ai trouvé merveilleux et qui mérite certainement une relecture:

LES BOUCANIERES, Collection Points  2432,  ISBN 978-2-7578-1887-9

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s