Sombre dimanche d’Alice Zeniter

Alice-Zeniter-Prix-de-la-Closerie-des-Lilas-2013Alice Zeniter est un écrivain et dramaturge française née en 1986 en Basse Normandie, avec une formation de normalienne. Elle a enseigné le français plusieurs années à Budapest. Son premier livre a été publié à l’âge de 16 ans; celui- ci a reçu , entre autres prix, le Prix Inter 2013.

Sombre dimanche est le nom d’une chanson célèbre en Hongrie, composée par Rezsö Seress et qui va donner le titre au  roman  et dont voici quelques paroles:

Sombre dimanche, / les bras chargés de fleurs blanches, / un dimanche matin, poursuivant mes chimères, / la charrette de ma tristesse est revenue sans toi.

J’ai beaucoup aimé ce livre , écrit de façon sobre, directe et percutante pour nous embarquer dans la saga de la famille Mandy à Budapest où le grand père du grand père actuel avait construit une petite maison dans les champs en bordure de la ville, maison qui, vers 1890, sera déjà presque entièrement entourée de rails, mais la famille Mandy continuera à l’ habiter, parce qu’ils sont enracinés dans leur passé malgré leur vie réglée par le passage des trains .

La chute du communisme n’apportera pas le bonheur, loin de là. La troisième génération sera encore, si cela se peut, plus malheureuse, plus perdue dans un monde devenu encore plus impitoyable.

Toute l’histoire récente de la Hongrie va transparaître à travers les membres de cette famille: le grand père  Imre Mandy qui se soûle à la palinka (eau de vie ) pour noyer le désespoir d’avoir mal aimé sa femme Sara; Sara la grand mère qui mourra à 35 ans, d’un excès de communisme, selon son mari; le père Sál Mandy, taciturne et qui tient un petit café-tabac à la gare, il est le seul à ne pas porter le prénom d’Imre, comme c’était la tradition chez tous les mâles premiers-nés de la famille (et nous saurons pourquoi!); la mère Ildiko, guichetière au bureau des voyages intérieurs des chemins de fer hongrois et qui rêvait de tenir le bureau de l’international; la fille Agnès Mandy qui ne sera plus la même après son histoire d’amour avec le professeur français, et notre héros, Imre Mandy qui va grandir sous nos yeux tout le long du roman et qui aura aussi du mal avec son destin.

Le constat est dur, car a un moment, le grand père dira que, « en Hongrie, ceux qui ne sont pas satisfaits émigrent. C’est bien. C’est mieux. Avant ils se pendaient. C’était l’émigration à l’hongroise »(page 188).

Livre très attachant, mais aussi intéressant car probablement un vrai témoignage sur la Hongrie moderne et sur les budapestois. Le récit ne baignera jamais  dans le pathos, malgré les histoires sombres; il y a pas mal d’humour, parfois assez décapant ; l’écriture peut être aussi crue, sans jamais tomber dans la vulgarité. Le langage de l’écrivain se met au service de ses personnages, faisant apparaître cette histoire sur un ton juste et vrai, assez  mélancolique . Merci Françoise P. pour ce cadeau.

La chanson triste qui donne le nom au livre et qui revient comme un leitmotiv , je vous la livre en version française avec  Claire Diterzi

SOMBRE DIMANCHE, Éditions Albin Michel 2013,  ISBN 978-2-226-24517-5

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