L’homme pétrifié de Eudora Welty

Écrivain et photographe américaine (Mississippi 1909-2001), auteur surtout de nouvelles et de quelques romans du Sud américain; écrivain proche de Carson Mc Cullers et de Flannery O’Connor, et pourtant la plus injustement méconnue des trois. Elle est née seulement 12 années après Faulkner, considéré comme LE grand écrivain du Sud.

Elle a commencé à publier des nouvelles à partir de 1936 décrivant avec finesse la culture et les problèmes raciaux du Sud, particulièrement de sa ville natale de Jackson, dans le Mississippi. C’est une styliste elliptique, impressionniste, qui joue des silences et du mystère propre à toute vie. Elle est dans la suggestion des sentiments tenus qui dissimulent la violence et l’excès, l’inavoué et le secret, la misère, le racisme, l’abandon. La plupart de ses récits se déroulent dans la ville imaginaire de Morgana dans l’Amérique du Nord entre 1930-1940.

Son premier recueil est celui-ci, L’Homme pétrifié  qui date de 1941; mais Lost battles de 1970 est son premier succès public et La fille de l’optimiste lui valut le Prix Pulitzer 1973.

Voici une phrase de l’écrivain:[…]le plus important est d’aller jusqu’aux limites de son imagination. Ça demande de l’audace, de la liberté, pas tellement du courage. J’espère approfondir les relations entre les êtres humains. Je crois que c’est ce que fait la fiction.

Il existe une Fondation Eudora Welty depuis 1999 dans sa ville natale de Jackson, qui s’occupe de son legs littéraire et photographique.

Cet écrivain est peu connue en France bien qu’elle a reçu la distinction de Chevalier des Arts et des Lettres en 1987, puis la légion d’Honneur en 1996. C’est en lisant un livre de l’écrivain mexicain Sergio Pitol, grand lecteur lui-même, que j’ai croisé le nom d’Eudora Welty;  j’ai immédiatement eu envie de la lire. Elle est considérée par certains comme une des meilleures nouvellistes nord-américaines : la nouvelle est un art particulier et difficile. C’est un fait que le public des nouvelles n’est pas aussi vaste que celui des romans, mais un bon recueil de nouvelles est comme un bon récital de musique: un régal, et Miss Welty a un œil et une oreille aigus, aussi avisés, et aussi justes qu’un diapason.

L’Homme pétrifié ( A Curtain Green and Others Stories, 1941) est un panorama du Mississippi des années 30-40. On y côtoie blancs et noirs, riches et pauvres, vagabonds, chômeurs, gens à la dérive, femmes adultères, simples d’esprit, parias. À partir du quotidien le plus ordinaire, Eudora Welty nous fait basculer dans le malaise, l’ambiguité, le drame, le loufoque ou l’extravagant. Souvent c’est le lecteur qui doit imaginer la fin de la nouvelle car plusieurs d’entre elles ont un final ouvert. L’Homme pétrifié est un bien curieux titre pour cette compilation de 18 nouvelles et la moins réussie à mon goût est celle qui porte le titre éponyme de cet Homme pétrifié, où d’ailleurs je n’ai pas compris ce que l’ homme pétrifié avait à faire ici…La mort est présente dans la moitié des nouvelles de ce recueil, mais cette mort est parfois savamment mêlée à un contre-thème érotique: la « double honte et le double plaisir » de Clyde et Ruby Fisher, ou le rêve sensuel ruisselant  du jus des tomates de la vieille Sara, ou le jardin luxuriant où Mrs Larkin déploie une activité quasi instinctuelle.

Ce sont des nouvelles qui portraiturent trop bien ce Deep South américain où les lieux et les personnages sont observés avec une minutie d’entomologiste; les personnages sont très souvent des êtres marginaux ou anormaux, ce qui permet un descriptif encore plus surréaliste, plus cru. C’est un monde complet que celui de Miss Welty et cela coûte de s’arracher à cette ambiance sudiste. L’idéal, ce serait de lire les nouvelles au compte-goutte afin de les savourer intensément, car elles sont très différentes les unes des autres. Ces nouvelles m’ont  fait penser aux nouvelles de Truman Capote qui ne se passent pas dans le Mississippi, mais dans La Nouvelle Orléans: c’est encore le Deep South.

Belle découverte d’une Amérique un peu désuète, mais Oh combien authentique et aujourd’hui révolue.

L’HOMME PÉTRIFIÉ, Garnier Flammarion 1973,  ISBN 978-2-080-705075

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