Love Song de Philippe Djian

Philippe Djian, l'auteur de "Love song", dans les studios de RTLRomancier et nouvelliste français (Paris 1949), compositeur de chansons pour son ami Stephan Eicher. Il a publié plus de 20 romans, c’est un auteur très suivi.

Ce livre , Love Song serait son 26èmè roman ! Et c’est la première fois qu’il plante son décor dans l’univers du rock.

Il y a très longtemps j’ai lu 37°2 le matin que j’avais bien aimé à l’époque, mais je ne suis plus en mesure de donner des précisions, trop de temps est passé.

Voyant son dernier livre sur le présentoir de la bibliothèque que je fréquente, l’envie m’est venue de relire un livre de Djian, devenu entre temps un auteur à succès. Le style du livre m’a surpris au début, presque déroutée, mais petit à petit la trame et le style m’ont attrapée comme une véritable toile d’araignée.

C’est l’histoire sentimentale mouvementée d’un rockeur très connu, un équivalent européen de Léonard Cohen, viscéralement amoureux de sa femme depuis 20 ans; celle-ci l’a quitté pendant 8 mois avec un musicien de son équipe, mais elle revient au bercail et il la reprend car pendant son absence il a vécu l’enfer. Je ne veux pas être un spoiler, car l’intérêt de cette histoire est qu’elle vous tient aux tripes et que vous irez de rebondissements en rebondissements, d’émotions en émotions encore plus fortes.

Ce qui change dans le style narratif de Philippe Djian, c’est le fait qu’il a travaillé sa prose, l’adaptant ainsi à un style narratif très intimiste, presque gênant puisque le lecteur se situe à l’intérieur du cerveau du personnage principal qui s’appelle Daniel,  et que ainsi,  nous allons vivre le véritable enfer cérébral, physique et sentimental de cet homme. Page 142 Daniel dîne avec Joël et Caro (Joël est son médecin) et il pense...J’aime autant que les choses se passent ainsi, qu’elles se couvrent d’un vernis qui les protège. Nous sommes amenés à nous croiser, à sortir ensemble, à donner de nos nouvelles, à nous fréquenter, à entendre quelques confessions, et s’il suffit de détourner le regard de temps en temps, s’il suffit de ne pas voir ce qu’on a sous les yeux, je suis pour. Je n’ai rien contre une petite dose d’hypocrisie si l’entente est à ce prix. Je les écoute parler et rire et ils sont parfaits. Ils jouent parfaitement leur vie. Ils sont bons.

Nous sommes dans un milieu un peu hallucinant: c’est le milieu de l’argent abondant et omniprésent, même si cet argent est durement gagné. À partir de là, nous sommes dans un milieu où les gens font tout à profusion et facilement: se droguer, boire, faire l’amour, commander des choses insensées et totalement hors la loi, avec une facilité telle que le brave lecteur se demande s’il est sur la même planète. Ce qui est fort dans le livre, est l’intensité avec laquelle Djian nous fait pénétrer dans le monde secret de Daniel.

L’amour fou qu’il porte à sa femme est absurde, mais tellement bien dépeint que c’est d’une beauté à couper le souffle. Ce livre met à jour l’irrationalité engagée dans les rapports familiaux, amoureux, professionnels ou sociaux. Page 157 Daniel parle de cette femme qui le hante, sa femme, Rachel…Elle sait quel détestable individu je suis quand je m’enferme, quel ours mal léché je fais quand je suis plongé dans mes chansons et que l’on frappe à ma porte. J’ai de la chance d’être tombé sur une femme qui ne veut pas tout.

C’est une histoire très forte dans un milieu très particulier où les gens se droguent et boivent plus que de raison, où les gens n’ont pas une vie très réglée ni disciplinée. Mais c’est surtout un milieu où les egos sont surdimensionnés, les gens des écorchés vifs, un milieu qui vit un peu en vase clos sous la dépendance de ragots de toute sorte et où les medias sont d’une puante omniprésence. Comment survivre dans de tels milieux ? Aussi, il décrit à la perfection toute cette faune qui entoure les artistes, terrorisés par des patrons plus financiers que directeurs artistiques. La toile de fond est cet univers d’hypocrisie et de chantage; celui des coulisses de l’industrie culturelle. Par ce biais, c’est un roman audacieux et provocateur, crédible jusqu’à devenir douloureux, même pour le béotien. Notre quotidien à tous n’est pas absent dans le livre, page 140 nous lisons (…) Parlons d’autre chose. L’Europe. Tu as vu ça. Quel immense gâchis, quelle tristesse, quelle honte. Ah cet acharnement des hommes à se donner les mauvais maitres. Tout ça me dégoûte.

LOVE SONG, Gallimard 2013,  ISBN 978-2-07-012215-8

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