Les Pissenlits de Yasunari Kawabata

Grand écrivain japonais du XXème, né à Osaka en 1899 et décédé à Zushi en 1972, où il s’est donné la mort par le gaz.

Premier Prix Nobel de Littérature japonaise en 1968; c’est un écrivain avec une vaste bibliographie ,  encore assez méconnu en France. Son oeuvre va au plus profond de l’âme et des sentiments humains avec pudeur. Kawabata  possède un attrait pour la Beauté, la solitude, la fatalité, l’érotisme, la folie, la mort. Son oeuvre se situe à la confluence du réel et du surréel, du métaphorique et de l’austère.

Dans ce blog j’ai commenté Tristesse et beauté en juillet 2013 et Les belles endormies en août 2013. Je récidive avec Les pissenlits, roman inachevé publié sous forme de feuilleton au Japon entre 1964-68 et édité en 1980, soit 8 ans après son suicide.

Voici un texte  que  son grand ami Yukio  Mishima lui a écrit: l’esthétique profondément ancrée dans le cœur des Japonais a toujours accordé à la « nuit » une place primordiale; mais il me semble que vos romans sont la première oeuvre à construire, en se basant sur la beauté et l’amour de la nature japonaise, des rêveries en pleine lumière. Dans votre oeuvre la chair, les sensations, l’esprit, l’instinct, tout ce qui relève du domaine physique et spirituel se marie dans un subtil accord tacite, comme le ciel bleu avec les nuages qui le teintent. Et le catalyseur de tout cela, c’est sans doute le mystère de cette « tristesse » chuchotante, si familière aux Japonais.

Le sujet de ce livre est le suivant: Hisano est le fiancé d’Inéko, cette dernière souffre d’une étrange cécité qui la prive d’une partie de sa vision,  sa mère la fait interner dans un asile de fous situé dans un village retiré afin que celle-ci guérisse et puisse épouser Hisano. Hisano n’est pas d’accord car il pense qu’il pourrait la guérir par son amour et les soins qu’il pourrait lui prodiguer. Mais la mère est d’un autre avis et pense qu’un traitement psychiatrique est nécessaire pour la guérir. Cette cécité partielle  pourrait provenir du terrible traumatisme qu’elle a subi en assistant  à la mort de son père dans un accident de cheval à propos duquel Inéko culpabilise beaucoup.

Dans ce livre, le lecteur se situe à écouter une conversation entre la  mère d’Inéko et son futur gendre; cette conversation est assez surréaliste et porte sur l’étrange mal dont souffre Inéko: une cécité sporadique devant le corps humain. Inéko est donc internée dans cet asile où fleurissent les pissenlits à l’approche du printemps. Et dans cet asile , les pensionnaires son censés faire sonner la cloche du temple bouddhiste de Jôkô-ji qui portera vers le village proche d’Ikuta un son vecteur de leur désespoir au quotidien, malgré la beauté du village et l’approche du printemps avec les pissenlits en fleur. Le son des cloches est le seul lien entre le monde des fous et la petite ville d’Ikuta .

Kawabata décrit la nature et son rapprochement avec l’être humain dans un esprit shintoïste et japonais. Tous les éléments qui lui sont chers, sont présents dans ce roman: la nature avec le sentier bordé d’arbres étranges où fleurissent les pissenlits à profusion; la religion avec le temple bouddhiste Jôkô-ji; la bourgade isolée; la folie, mais surtout et avant tout, le thème de la mort, omniprésent.

Je pense que Yasunari Kawabata n’était pas remis du suicide de son ami et alter ego Yukio Mishima en 1970. Sans compter que depuis son jeune âge la mort n’a pas cessé de roder  autour de lui: ses parents puis ses grand parents sont partis très tôt.

Ce roman inachevé ne sera pas mon préféré, loin de là; bien que écrit dans le style épuré et profond de Kawabata, il reste trop imprégné de la mort et frôle par moments l’absurde et la folie. Obsession aussi de la part de l’écrivain pour les cloches qui jouaient déjà un rôle important dans Tristesse et beauté où Oki veut écouter les cloches de Kyoto avec son ancienne maîtresse.

La folie et l’absurde rôdent autour des trois personnages de ce roman car tous les trois ont des hallucinations. Étrangeté aussi des rapports entre le fiancé et la belle mère qui aborderont des sujets intimes, très intimes, qui normalement ne sont pas abordés, même dans nos pays occidentaux comme la sexualité du jeune couple…alors comment concevoir qu’une telle chose puisse être abordée au Japon, cela m’interpelle. Le côté érotique dans ce roman est  déplacé car abordé de façon étrange entre le futur gendre et la belle mère, ajoutant une part de confusion chez le lecteur.

C’est vraiment un roman psychanalitique, impregné de pathos et de désespoir.

LES PISSENLITS, Albin Michel 2012,  ISBN 978-2-226-23999-0

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s