Le magasin des suicides de Jean Teulé

Jean Teulé a été soufflé par le Magasin des suicides version film d'animation de Patrice Leconte. Photo AFP /Jean Teulé (Normandie 1953) est un auteur de BD et écrivain de 14 romans à succès, traduit dans 19 langues. En septembre 2013 j’ai commenté dans ce blog son livre Charly 9 qui m’a beaucoup plu, reconnaissant le style caractéristique et  l’humour décalé de l’auteur.

C’est en faisant des recherches sur Jean Teulé que j’ai appris que son livre  Le magasin des suicides de 2007 avait connu un grand succès de librairie, raison pour laquelle je n’ai eu de cesse que de le lire. Ce livre a inspiré un premier film d’animation à Patrice Leconte, tourné en 2012 dont voici la bande annonce :

http://www.youtube.com/watch?v=xu2Jm496_UA

C’est un livre férocement drôle, un bijou d’humour décalé et sur un sujet totalement original sur le suicide et le business du suicide, à  lire à la deuxième personne, et à rire à gorge déployée. La devise du magasin tenu par la famille Tuvache, depuis 10 générations est « Vous avez raté votre vie? Avec nous,  vous réussirez votre mort !« . La règle d’or de la maison: ne jamais dire au revoir, mais adieu, car les gens ne doivent pas revenir. Dans ce livre tout est dérision et imagination débridée autour des objets qui peuvent conduire à un suicide réussi, il aurait pu s’appeler aussi suicide-mode d’emploi car tous les moyens sont bons pour ces prospères commerçants Tuvache et leur boutique boulevard Bérégovoy. Tous les noms de personnages et de lieux du livre ont attrait à des suicidés célèbres, bien sûr: le père est Mishima Tuvache, la mère Lucrèce (Lucrèce Borgia, empoisonneuse célèbre), le fils aîné,  20 ans, dépressif chronique, anorexique et inventeur de génie est Vincent ( Van Gogh, of course), la fille cadette Marilyn (Monroe), 17 ans est une ado mal dans sa peau et le benjamin de 6 ans, c’est Alan pour Alan Turing, fondateur de la science informatique, autre suicidé célèbre. Mais le petit Alan n’est pas du tout comme le restant de la tribu, il a été conçu lorsque les parents Tuvache testaient un préservatif troué-maison pour ceux qui veulent mourir par contamination sexuelle. Ce petit est la joie de vivre et voit tout d’un œil optimiste ce qui perturbe la famille, créant la zizanie entre eux. Il va être leur rédempteur par la joie.

Le fils aîné, Vincent,  travaille sur la conception d’un parc d’attractions fatal, comme une fête foraine pour les gens qui veulent finir avec la vie. Au stand de tir, les clients paieraient mais pour être la cible. Dans les allées des larmes ruisselleraient, douces,  le long des joues de la clientèle, parmi les odeurs de fumée des frites et des champignons vénéneux qu’on y vendrait. Des orgues limonaires moudraient des chansons tristes. des manèges à éjection propulseraient les gens comme des lance-pierres au-dessous de la ville. Il y aurait une très haute palissade d’où les amoureux se jetteraient, ainsi que d’une falaise, en se tenant par la main. Des rires sanglotés dans le fracas des roues d’un train fantôme fileraient d’un faux château gothique plein de pièges cocasses et tous mortels : électrocution, noyade, des herses aiguisées s’abattraient dans le dos. Les amis ou parents venus accompagner un être accablé repartiraient avec une petite boîte contenant les cendres du désespéré car il y aurait au bout du manège un crématorium où tomberaient les corps l’un après l’autre. Mais  écoutez parler Monsieur Mishima Tuvache …On  n’ est pas des assassins, tout de même. Vous rendez-vous compte, c’est interdit. Nous, on fournit ce qu’il faut mais les gens se débrouillent. C’est leur histoire. On est là juste pour rendre service en vendant des produits de qualité, poursuit le commerçant qui conduit le client vers la caisse.(page 23). Voilà vous avez un aperçu du style.

Dans nos sociétés occidentales et judéo-chrétiennes, la mort et le suicide sont des tabous, car mettre fin à ses jours est un péché dans les religions monothéistes.

Mais vous le savez, le meilleur remède à la vie et à la mort c’est…le rire.

LE MAGASIN DES SUICIDES, Éditions Libra Diffusio 2010 (Julliard 2007),  ISBN 978-2-84492-378-3

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