Préméditation de Chi Li

Chi Li est née à Wuhan, province de Hubei (Chine),  en 1957; Wuhan est l’un des trois centres urbains de Chine avec 10 millions d’habitants. Son père était un paysan pauvre et sa mère venait d’une famille aisée de propriétaires terriens. Elle a exercé la médecine pendant 5 années avant de se consacrer à l’écriture ; elle est diplômée de la Faculté de langue et littérature chinoises de l’Université de Wuhan. Actuellement  une huitaine de ses romans ont été traduits au français. Elle est considérée comme la fondatrice et l’élément le plus représentatif  du courant néoréaliste chinois. Elle a publié ses premiers livres sur la communauté chinoise à la fin des années 80.

Son écriture est délicate et ironique, mêlant humour et lucidité, mettant en scène le quotidien, la concision ( ses romans sont courts et précis),  privilégiant l’onirisme poétique plutôt que le discours moralisateur.

Préméditation (2002) est l’un des rares romans « non urbains » qui se déroule au milieu de paysans et de soldats avant la création de la République Populaire de Chine.

Il y a des éléments historiques importants dans le roman: la guerre civile entre communistes et nationalistes, la guerre sino-japonaise, la prise de pouvoir des communistes en 1949, la révolution de Mao et la réforme agraire. Le sujet est la haine farouche qui voue un ancien nanti au parvenu, ancien paysan élevé au rang des nantis par l’effort, mais surtout l’éducation.

Wang Liegou voue une haine meurtrière à Ding  Zongwang car autrefois sa famille était riche et puissante, mais elle dilapida le patrimoine dans les fumeries d’opium. En revanche les Ding, gens instruits, s’enrichirent grâce au commerce des cigarettes. Les deux garçons s’élevèrent ensemble et apprirent les arts martiaux. Ding Zongwang fera un beau mariage alors que Wang Liegou devra se contenter d’une épouse laide au visage grêlé ce qui attisera  sa haine encore plus .  Puis Wang s’enrôlera dans l’armée à la seule fin de tuer Ding à la première occasion. Tout le roman est la vaine tentative de Wang pour tuer Ding avec les avatars historiques comme toile de fond.

J’ai éprouvé une certaine difficulté avec tous ses noms chinois et ce fond historique assez mal connu par moi; fort heureusement il y a les textes en bas de page pour se remettre dans le contexte historique. C’est nécessaire.

L’écriture de Chi Li est par moments poétique et page 28 nous lisons: […]ce fut par un après-midi du début de l’automne. Les nuages crépusculaires étaient dorés. Des éclats de lumière multicolores brillaient au loin, sur la rivière Xiang, et aussi tout près, sur les étangs. Les hautes herbes jaunissantes s’étendaient à perte de vue, se courbant bruyamment sous le vent  les unes après les autres dans un mouvement ondulatoire qui se propageait jusqu’à l’horizon.

C’est un récit tonique et rythmé, jalonné de surprises et teinté d’humour naïf avec une narration à la façon d’ une fable où la grande Histoire se trouve réécrite dans le langage des passions individuelles et nous délivre un message moderne un peu manichéen: le propriétaire foncier, riche et cultivé s’oppose au paysan pauvre, méchant et  borné. Il se dégage une morale de la lecture de ce roman, même si Chi Li ne se veut pas moralisatrice: le savoir est un bien précieux et peut aider à s’en sortir.

Ceci, traduit en langage bouddhique pourrait se lire : rien ne vaut la Connaissance.

PRÉMÉDITATION, Actes Sud 2002( Chi Li 1995),  ISBN 2-7427-4094-5

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