Dans l’ombre de la lumière de Claude Pujade-Renaud

Claude Pujade-Renaud (France 1932), écrivain français « tardive » puisque tournée vers la littérature après l’âge de 40 ans. Elle a étudié la danse moderne à Paris, Londres et New York. Elle a reçu plusieurs prix pour ses   livres .

Dans ses romans et nouvelles on retrouve les thèmes de la création, notamment à travers la danse, la relation au corps, le deuil,  la mémoire et la présence des femmes; ces femmes qui ont vécu à l’ombre des grands hommes.

J’ai fait la connaissance de son oeuvre avec  La nuit la neige de 1996, livre que j’avais adoré, retrouvant un style nouveau , très sensuel et poétique, un rythme un peu incantatoire, telle une scansion métrique. Trop de temps s’est écoulé depuis cette lecture et je ne suis pas en mesure de vous résumer le livre, mais il est dans ma bibliothèque et je pourrais le relire…

J’ai lu aussi d’elle  Au lecteur précoce de 2001, un ensemble de nouvelles qui m’avaient paru remarquablement bien écrites sur les relations humaines, la puissance des mots, la communication; nouvelles très ancrées dans le réel.

Ce livre, Dans l’ombre de la lumière de 2013  ne m’a pas conquis, malgré un sujet passionnant: l’histoire de celle qui fut la concubine d’Augustinus, un manichéen, converti au christianisme et devenu Saint Augustin, l’un des 4 pères de l’Église latine, tellement connu de nous et cité souvent. Saint Augustin nous a laissé un écrit de toute beauté et actualité avec Les Confessions. Ce que je retiens surtout de cet homme, c’est qu’il a aimé de toutes ses forces et il sait le formuler. De lui j’aime citer : Aime et fais ce que tu veux, ou cette autre  : La mesure de l’amour c’est d’aimer sans mesure. Car avant d’être un saint, Augustinus était un homme, un père, un amant.

Claude Pujade-Renaud  a inventé cette histoire de toutes pièces, qu’elle situe  dans  Carthage en 371, car sur cette femme prénommée Elissa nous ne savons pas grand chose: elle fut la concubine d’Augustinus à partir de l’âge de 18 ans et pendant environ 15 années, elle lui donna un fils, Adeodatus qui est mort adulte en Italie. Dans l’Antiquité romaine, le statut de concubine n’était pas dévalorisé ni méprisé, mais les enfants appartenaient au père. Elissa a aimé son grand homme jusqu’à son dernier souffle, se remémorant leur amour et leur entente charnelle si parfaite; plus de 40 années plus tard elle ne l’a pas oublié et  elle se donnera la mort en se précipitant dans la mer du haut d’une falaise. Le récit est dans le style si particulier à l’écrivain et que j’apprécie, c’est à dire, incantatoire et poétique ce qui fait que le phrasé court s’incruste et tourbillonne dans notre cerveau. Nous apprenons des détails sur la vie quotidienne de l’Antiquité en Afrique du nord au moment de la chute de l’Empire romain, période trouble et violente avec l’arrivée des hordes barbares. Il parait que la situation dans la Rome assiégée était si dramatique que la populace  a pratiqué le cannibalisme pour survivre; ce détail je ne l’avais pas relevé auparavant.

Augustinus et Elissa étaient manichéens, cette religion fondée par le perse Mani au IIIè siècle, un syncrétisme de zoroastrisme, bouddhisme et christianisme et dont les principes fondamentaux étaient simples et stricts: réfuter le plaisir de la chair, ne pas tuer ni blasphémer . Cette religion s’introduisit dans l’Empire romain notamment en Egypte et en Afrique romaine et fut l’objet d’un décret de persécution en 297.

Elissa serait restée fidèle au manichéisme, probable raison de la répudiation de la part d’Augustinus; mais aussi répudiée parce que d’une classe sociale inférieure et victime des intrigues de la mère d’Augustinus, la redoutable Monnica, une chrétienne. Monnica a essayé de le marier ensuite avec une riche héritière, mais finalement le mariage n’aura pas  lieu.

Afin de vous montrer la sensualité du texte de Claude Pujade-Renaud, je vous cite un paragraphe où Elissa  se rappelle son amour avec Augustinus :…tu aimais la courbe de ma nuque, le parfum de mes cheveux. Ma passion des fleurs, des couleurs, la robe violette achetée à Rome, mes courgettes grillées sur la braise. Et ma patience, disais-tu. Tu aimais le terrier odorant de mes aisselles, mon rire, ma purée d’olives et d’anchois, le calme lisse de mon sommeil, ma discrétion tout au long du jour et mon impudeur dans la jouissance. Tu aimais m’entendre chantonner en me coiffant, rire et babiller avec notre fils. Tu aimais lorsque j’offrais mon visage à la pluie de septembre. Tu m’aimais. (page 225)

DANS L’OMBRE DE LA LUMIÉRE, Actes Sud 2013,  ISBN 978-2-330-01526-8

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