Toute passion abolie de Vita Sackville-West

Romancière anglaise (1892-1962) dont le nom de plume est Vita Sackville-West et à la ville, celui de Lady Nicolson. Sa palette est large: romancière, essayiste, poétesse, biographe, traductrice et…jardinière. Son oeuvre est vaste.

C’est une vraie aristocrate anglaise, qui fit un solide mariage avec Lord Nicolson, diplomate avec qui elle eut deux fils. Elle eut une liaison orageuse durant une année (dans les années 20) avec la romancière Virginia Woolf, laquelle lui dédia un livre après leur rupture: Orlando, publié à titre posthume par le mari éditeur de Virginia Woolf. Un  livre qui parle très bien de cette affaire, est celui de Christine Orban, Virginia et Vita, livre intéressant et fort bien écrit , paru en 2012 et commenté dans ce blog en février 2012.

Voici la voix de l’auteur émanant du passé, figée à jamais  dans les sillons d’un 78 tours, lisant son poème The land:

http://www.youtube.com/watch?v=AjXvkRhoXXs

En janvier 2013 j’ai commenté le premier livre lu de Vita Sackville-West; je fus subjuguée par la finesse de sa perception, par les  descriptions élégantes , par la justesse des points de vue, par la modernité de son jugement; il s’agit du livre Au temps du Roi Edward de 1930 (The Edwardians). Un régal de bout en bout.

Celui-ci,  Toute passion abolie (All passion spent) de 1931 a été  recommandé par Jooh du réseau de lecteurs Babelio ( ce réseau est une mine inépuisable de renseignements, et il est interactif en plus !). Après lecture de ce livre, je suis pareillement conquise: quelle finesse, quel tact, quel sujet universel, quelle profondeur dans l’analyse des différents personnages, quelle critique sociale aiguë, quelle modernité dans la perception des choses. Ce roman est une réflexion sur la vie que l’on ne s’est pas choisie, sur la vieillesse, sans aucun pathos ni mièvrerie, par une plume acide et ironique.  La thématique et l’écriture est post victorienne: le chemin épineux des femmes au début du XXè, époque régie par des codes sociaux stricts et dans laquelle les femmes disposaient d’un droit infime par rapport à leurs maris.

Cette fois, Vita nous raconte  l’histoire de Deborah Lee, jeune fille qui fera un très bon mariage, devenant Lady Slane, admirée de tous, épouse dévouée mettant en valeur la vie publique et sociale de son mari, important personnage du royaume, elle le suivra dans ses déplacements professionnels à l’étranger où il occupera de hautes fonctions; le couple aura 6 enfants qu’elle aimera plus ou moins. Il est vrai qu’ils sont odieux, caricaturaux. Lady  Slane incarne la fin du monde colonial anglais.

Or, à l’âge de 88 ans , Lady Slane sera veuve. Ses enfants décideront, au cours d’une réunion de famille de la prendre chez eux à tour de rôle, car ils estiment que leur pauvre mère est incapable de se prendre en charge.

Mais Lady Slane étonnera tout le monde déclarant   qu’elle souhaite se retirer à Hampstead, un petit village paisible, avec sa vieille servante française, Genoux , mais sans la présence de ses enfants, et surtout sans la présence des plus petits qui la fatiguent  beaucoup trop. Dans sa nouvelle résidence, qu’elle loue, elle se liera d’amitié avec son bailleur, avec son  chef de chantier et avec un ami de son plus jeune fils; ce dernier, collectionneur d’art,   a connu Lady Slane lorsqu’elle était vice-reine des Indes et il en était tombé éperdument amoureux; il le lui dira 50 ans plus tard ce qui fera plaisir à cette vieille dame qui mourra peu de temps après avoir connu une courte période de calme et de volupté.

Page 86, nous lisons:..Qu’ils semblaient loin, ces jours autrefois vécus dans la violence des passions excessives et brûlantes, où le cœur semblait prêt à se briser sous l’assaut de désirs complexes et contradictoires ! Le paysage était désormais monochrome, les traits identiques, les couleurs effacées, les paroles toutes abolies.

Car Lady Slane a une revanche à prendre, dans sa jeunesse elle rêvait de se consacrer à la peinture, mais elle a consacré toute sa vie aux siens et aux convenances.

Bref roman de 220 pages où chaque page est un bijou de sensibilité.

TOUTE PASSION ABOLIE, Livre de Poche 31231 2009,  ISBN 978-2-253-12627-0

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