Spirales de Tatiana de Rosnay

Écrivain franglaise avec une vaste bibliographie et que j’aime beaucoup car elle sait très bien distiller  de  l’angoisse dans ses histoires, angoisse  qui va crescendo  jusqu’au dénouement final. Deux livres ont déjà été commentés ici  : Le cœur d’un autre en juin 2012 et Amsterdamnation en février 2013.

Spirales date de 2008 et c’est un excellent thriller psychologique. Tatiana de Rosnay, cette fois, ne s’attaque pas à l’étrangeté des lieux ni aux secrets des lieux,  mais à la profondeur et à la solitude incommensurable de l’âme humaine.

Le livre, très court, comme presque tous les livres de T. de Rosnay nous narre une faute.  La faute irréfléchie, incroyable de la part de cette belle femme de 50 ans, Hélène Harbelin, à qui tout semble avoir réussi dans la vie. Tout. C ‘en est presque gênant et le titre du roman est très bien choisi car elle va entamer une vraie spirale dans l’horreur à partir de son acte irraisonné et assez étrange. Ceci va déchaîner une prise de position chez le lecteur qui aura tendance à prendre parti,  pour ou contre cette femme. Mais Hélène Harbelin voudra sauver la face, non tant pour elle même que pour sa famille et son entourage. Hélène n’existe que par le reflet de son image si lisse et inattaquable, si parfaite, mais derrière ce miroir, il existe une énorme solitude; personne ne connaît Hélène: ni son mari, ni ses enfants ni ses innombrables amis et connaissances .

Il y a quelques faiblesses dans le roman, relatives notamment au côté policier et judiciaire, et il y a aussi quelques détails pratiques mal expliqués, mais  la spirale infernale qui se met en place est parfaitement efficace et par moments, elle nous plonge dans un état d’angoisse  insoutenable.

La fin du roman est  intelligente car l’auteur nous offre un final ouvert, afin que chaque lecteur porte un jugement avec ses a priori sur cette histoire assez scabreuse. Si elle nous avait proposé un final très cartésien et bien bouclé, nous aurions devant nous un quelconque fait divers, alors qu’ ici, nous devons réfléchir et même émettre quelques hypothèses :

– Et si cette femme bourgeoise, parfaite et tellement lisse, a imaginé, inventé de toutes pièces l’arrivée du jeune serbe dans sa cuisine parce qu’ elle commence un délire de persécution sur un fond de dépression

– Et si cette femme était en train de glisser doucement vers la folie, qui serait la résultante de cette vie si remplie , mais si creuse qu’elle subit depuis toujours et qui l’a éloignée de son propre moi et de toute réalité.

Parce que le fond du problème d’Hélène Harbelin est l’immense solitude dans laquelle elle se trouve, et ce, malgré tout ce monde autour d’elle, son aisance matérielle, son mariage équilibré, etc, etc. Quelque part, c’est une femme très frustrée pour qui les aiguilles du temps tournent sans vraiment la marquer.

Ainsi, la vie d’Hélène vue par son amie Armelle page 104:...il ne t’est jamais arrivé quelque chose de grave. Ton mari t’aime encore, ce qui est un miracle de nos jours, tes enfants ont réussi, il y a des petits-enfants, pas de problèmes d’argent, de santé, vous vivez bien. Tu n’as jamais travaillé, tu n’en a jamais eu besoin, tu ne sais pas ce que c’est la vie d’entreprise. Vous habitez un petit hôtel particulier, cité des Fleurs, vous avez une villa à Honfleur, enfin tu vois ce que je veux dire, tu ne peux pas te plaindre, Hélène, tu n’as pas le droit de te plaindre. Tout va bien dans ta vie. N’est-ce pas? « Mais qu’est-ce que tu en sais? dit Hélène doucement, sans ciller. Qu’est ce que tu en sais de ma vie ?

Page 129, encore  sur la solitude immense d’Hélène:.elle se rendit compte avec une certaine surprise, pour la première fois que ses amies ne se confiaient pas à elle. Personne ne le faisait. Elle ne savait rien de ses amies. Elle ne connaissait que les détails futiles, les habitudes, le cercle des fréquentations, le nom des petits-enfants. Et en retour, elle ne se livrait pas non plus. Elle avait passé des décennies entières à tendre l’oreille, à sourire, à prendre la main, à tapoter les poignets, sans écouter vraiment. Sans se donner. Sans s’investir. Et page 176, Hélène ressasse encore:…jamais elle ne s’était sentie si seule. Elle était écrasée par cette solitude. Elle se demanda si cette solitude avait toujours fait partie de sa vie, ou si c’était nouveau. Ou si c’était elle elle qui l’avait créée. Si c’était elle qui avait construit un rempart autour d’elle, à force de vouloir se protéger, à force de ne rien vouloir dévoiler.

Lisez page 70 et 79:  […] cette brave Hélène. « Sainte Hélène ». Si serviable. Si distinguée. Cinquante ans et une vie passée à se dévouer aux autres. Sa mère avait fait pareil. Sa grand-mère aussi. Exactement pareil. La mari, les enfants, la maison, les repas. Pourquoi Hélène trouvait-elle tout cela si rébarbatif aujourd’hui? Pourquoi avait-elle tant envie d’autre chose? De légèreté, de rire, de spontanéité. Tout ce qu’elle avait peu connu. Tout ce qui l’avait effleurée de loin, sans jamais la toucher, sans jamais la marquer. Et ses amies? Armelle, Solange, Françoise? L’une d’elles pourrait l’aider, lui donner des conseils. Mais elle n’avait pas envie de raconter des choses aussi intimes, finalement. De se livrer. D’exposer ses faiblesses, ses angoisses. De révéler que derrière son image lisse, contrôlée, c’était la panique. Il fallait bien qu’elle se débrouille toute seule.

Á la toute dernière ligne du livre nous lisons…un coup d’oeil dans le miroir. Quelque chose a changé. Quoi? Elle ne saurait dire. Les yeux, peut-être. Le regard. [ Qui disait que par les yeux on peut pénétrer dans l’âme humaine]

Livre très réussi par une orfèvre en la matière. Bravo.

SPIRALES, Livre de Poche 32873,  ISBN 978-2-253-12806-9

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