Intrigue à l’anglaise d’Adrien Goetz

Je récidive assez rapidement avec la lecture d’un autre livre d’ Adrien Goetz ; ce sera le quatrième   commenté dans le blog. Le dernier livre commenté c’était Une petite légende dorée, livre qui m’avait prodigieusement agacé (   billet publié le 10 août 2013 ).

Il faut dire que cette  lecture succède à celle d’un livre plutôt fastidieux et vide de sens, Cobra du cubain Severo Sarduy, exemple d’oeuvre néo baroque latinoaméricaine,  et que en revanche Intrigue à l’anglaise est un vrai  bain de fraîcheur et de cohérence.

Pour rappel et pour faire complet, Adrien Goetz est né à Caen en 1966. Il possède un doctorat en Histoire de l’Art, spécialisé dans la période romantique. Il est Maître de Conférences à Paris Sorbonne . Il a  reçu plusieurs prix dont le Prix de l’Académie Française 2007 pour l’ensemble de son oeuvre.

Intrigue à l’anglaise est le premier des trois volets (pour le moment) consacrés aux  aventures de la sémillante Pénélope Breuil (alias Péné), cette fois fraîchement nommée Directrice adjointe du Musée de la Tapisserie à  Bayeux. Nomination pas du tout du goût de Pénélope, puisqu’elle se verrait bien ailleurs, par exemple au Louvre au Département des Antiquités égyptiennes dont elle est une spécialiste. Elle file l’imparfait amour avec le bellâtre Wandrille, journaleux de son état,  gentil et attentionné avec elle: […] Avec Wandrille, elle les mouche toutes : il est beau, l’emmène le vendredi soir chez Maxim’s, comme dans les romans de Drieu la Rochelle, le samedi après-midi au bar du Ritz ou à la mosquée de Paris boire un thé à la menthe. Elle n’a aucune envie de lui parler de son métier, de l’entraîner au Louvre et aux expositions. Avec lui,  elle vit dans un monde auquel aucune de ses amies n’aura jamais accès.

Mais en même temps la frétillante Péné a des vues ambivalentes sur leur couple imparfait: […] comment peut-elle se laisser avoir par cette brute, elle, la chétive Péné, sérieuse, aimante, aimable, presque pas névrosée, l’aimer lui, le minable, le mondain, le médiocre, le médisant, le méprisable, le méprisant, le moche, qui se croit irrésistible, qui pense connaître le monde entier, être l’arbitre des élégances, le prince des gourmets, l’Apollon du Belvédère, lui qui n’a pas lu un livre depuis dix ans, et encore, c’était au lycée parce que c’était au programme du bac?

Le livre est basé sur l’énigme qui représente le manque d’environ 2-3 mètres d’une tapisserie de Bayeux qui en comporterait 70 et qui est en fait une broderie ! Cette tapisserie relate la conquête de l’Angleterre par les Normands et nul ne sait ce qu’il est advenu des trois derniers mètres ni ce qu’ils représentaient exactement. Cette grande tapisserie représente 1515 sujets, c’est à dire, 626 personnages, 505 animaux dont 55 chiens, 202 chevaux et mulets, et 37 édifices, 41 navires, 49 arbres… Vous pouvez rafraîchir le souvenir de cette fabuleuse tapisserie,  datant de 1046 en regardant le  site  proposé par le blog « Bienvenue à bouquinbourg ». Il vous faut le plug-in Quick Time Player pour l’ouvrir, mais cela vaut la peine:

http://panograph.free.fr/BayeuxTapestry.html

Peu importe qu’ Adrien Goetz prenne le prétexte pour nous relater une énigme historique, ce sera comme chaque fois, une avalanche d’informations, précisions, anecdotes, railleries (de  bon ton !), moult clichés et stéréotypes,  nous livrant un ouvrage facile à lire, sympa, enjoué, très parisien par sa légèreté , bon chic, bon genre, mais un peu cucul la praline tout de même.

Quelques extraits pour avoir une idée, dès la première page:[…] Pauvre Wandrille. Comme il lui manque ( à Pénélope). Avec son beau prénom, aussi réussi que le sien. Pénélope et Wandrille. Quel plaisir d’avoir des parents cultivés. On en souffre toute sa vie.

Et à la page suivante, nous lisons ( elle vient d’être nommée conservateur à Bayeux et le journal local lui dédie un article) : […] Je suis vraiment trop laide. Ils auraient pu attendre que j’enlève mes lunettes, les chiens. La seule chose que je puisse faire ici : perdre huit kilos, me faire prescrire de bonnes lentilles de contact, voir si des lentilles de couleur ça se remarque ou non, essayer de changer de coiffure, non, pour ça j’irai plutôt à Paris, jeter tous mes chemisiers à rayures du temps de l’École du Louvre, m’inscrire dans une salle de gym, faire des UV si je trouve un institut…De toute façon, ça n’est pas dans ce trou que je vais arriver à me caser. ( on croit lire Les parisiennes de Kiraz, ndlR)… Quelle triste vie, pauvre Péné, trois ans de préparation, le concours le plus difficile de France- une fournée de douze conservateurs du patrimoine, pour tout le pays, dont cinq conservateurs de musées, c’est assez peu. Quand on pense aux trois cents polytechniciens qui défilent chaque année-…pour finir ici.

A propos du Concours, page 18 :Toutes les mêmes,  ces conservatrices d’avant le concours, recrutées sur place, bagage minimum, mais qui ont gardé les clefs des réserves pendant dix ans, amies du maire et des chanoines, connaissant tout le monde, arrivées par la petite porte, indélogeables et incompétentes. En général  elles ont écrit le guide, deux ou trois livres, et tué le sujet. Et page 58 : Pénélope a eu la mémoire endommagée par ses concours, elle retient sans réfléchir toutes les dates, même celles qui ne servent à rien ( Ah ! les concours en France ).

A propos des profs de gym, page 25 : Les profs de gym, quand ils ne sont pas pervers, ils sont idiots. Sinon pourquoi seraient-ils devenus profs de gym ? ( il n’a pas provoqué l’ire du syndicat des profs de gym? Aïe).

A propos de Bayeux, page 63 : comme c’est joli Bayeux, on y resterait bien, ce serait si simple. C’est pratique, en cas d’assassinat, les urgences sont en face du musée.

Un clin d’œil metalittéraire avec la citation de La dormeuse de Naples, tableau disparu d’Ingres (et pendant de la Grande Odalisque du Louvre),  aussi   titre d’un des livres précédents de Goetz. Page 50 nous lisons: son ami Marc , antiquaire fouineur est tombé sur une copie à la mine de plomb de la La dormeuse de Naples  par Flandrin, un élève du maître. Et Marc cherche à fourguer sa trouvaille au père richissime de Dodi Al -Fayed, le dernier amant de la regrettée Lady Di. Car cet égyptien « cherche à progresser dans le beau monde ». Et page 51 nous lisons :…J’ai éliminé le musée de Bayeux, des pauvres, la reine d’Angleterre, radasse comme pas deux et je crois que si j’avais fait une offre ma vie eût été en danger, tu connais l’élégance des services secrets de Sa Majesté, le permis de tuer…

A propos du festival de Bayreuth, (dont les places sont retenues des années à l’avance par des happy few): Tu as des projets? demande Wandrille à Marc. » J’ai bloqué une semaine pour Bayreuth », répond-t-il. « Bayreuth? Démodé. Verdurin. Je ne savais pas que tu étais wagnérien? Et à Marc de répondre: » Je ne le suis plus; J’ai mis tellement longtemps à avoir les places… ».

A propos d’élégance : la cravate est le parangon de la fausse élégance, le vrai dandysme, c’est la chemise, la cravate doit s’effacer.

Bref, lecture à la Goetz, divertissante, assez spirituelle, mais aussi lassante par son côté un peu précieux, qui cherche l’épate dans la facilité érudite.

INTRIGUE À L’ANGLAISE, Bernard Grasset 2007,  ISBN  978-2-246-72391-2

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