Par un matin d’automne de Robert Goddard

Romancier anglais né en 1954 dans le Hampshire, auteur de romans policiers et de romans à énigmes. Il a étudié l’histoire à Cambridge puis travaillé dans le journalisme, dans l’enseignement et dans l’administration scolaires avant de se consacrer exclusivement à l’écriture. Il possède une vaste bibliographie ( plus de 20 romans depuis 1986) avec pour le moment, 3 ou 4 romans traduits en français par  Sonatine Éditions. Il a été redécouvert aux États Unis avec un grand succès. Actuellement l’écrivain vit en Cornouailles.

Celui-ci est son deuxième livre, (  titre original, In pale battalions), publié en 1988 et qui a été couronné par le Prix des lecteurs 2011, après la publication par Sonatine en 2010. C’est un livre foisonnant en personnages et histoires plutôt compliquées et riches en secrets de famille. L’ambiance est très british.

Voici l’exemple parfait d’un page turner; malgré la surabondance d’énigmes et la complexité du récit, nous sommes attrapés par une histoire à rebondissements comme j’en ai rarement lue. La narration se fait à travers les voix de plusieurs protagonistes de façon à ce que chaque témoignage apporte autant de certitudes que de doutes. L’auteur use et abuse des mystères, des secrets; c’est un roman à tiroirs, même s’il a par moments quelques longueurs. Mais,   franchement quel plaisir de lecture, et cela m’a donné très envie de  lire d’autres livres de Robert Goddard.

J’ai adoré l’ ambiance very british, feutrée à souhait, avec des décors bien plantés, où le mot apparences revient très souvent: sauver les apparences coûte que coûte, that is the question!…Le cadre m’a rappelé la série britannique Dowton Abbey; comme dans cette série, il y a une belle demeure, des maîtres empêtrés dans leurs apparences, des serviteurs dévoués, un protagoniste  américain opportuniste et louche en affaires qui essaie de profiter de la situation,  l’accueil d’officiers britanniques lors de la Première guerre mondiale ( à condition qu’ils fassent partie des gens bien nés); mais il y a aussi une grande différence:  dans Downton Abbey, le château est transformé en hôpital, alors qu’ici le château reçoit quelques officiers en convalescence; mais dans cet excellent roman, la famille aristocratique est impliquée dans des situations infiniment plus sordides et rocambolesques.

J’ai apprécié  la façon sobre, mais très efficace de raconter la Drôle de guerre de 14-18 qui a coûte à la Grande Bretagne plus de 73 412 disparus ,  sans tombe, tombés dans la Somme. Dans le prologue Goddard écrit: seul l’épais brouillard d’un matin d’automne parvient à dissimuler l’imposante arche de brique du mémorial des disparus de la Somme, témoignage de notre conscience collective.  Le récit de la campagne de la Somme, maintes et maintes fois évoqué en littérature, n’est pas sans rappeler d’autres bons livres sur le sujet, comme Les âmes grises de Philippe Claudel ou Un long dimanche de fiançailles de Sébastien Japrisot.

Mais ce qui m’a séduit le plus dans ce roman, c’est le style de Goddard pour enchaîner les énigmes qui se tiennent si bien  qu’il est impossible de lâcher la lecture par moments. De plus, c’est tellement bien construit, que la lecture devient un peu anxiogène pour le lecteur, attrapé dans une véritable toile d’araignée. Il est vrai aussi que pour un lecteur français, l’argumentaire développé dans ce livre manque de cartésianisme sur certains passages, ce qui est amplement pardonné, vu le plaisir que l’on a à suivre l’histoire, laquelle histoire démarre en 1990 où Leonora, 70 ans va raconter à sa fille Pénélope, 35 ans, des secrets concernant son histoire familiale. Ensuite le récit nous mène en 1916 où un drame terrible s’est joué au Domaine de Meongate… Pour finir, la saga familiale reprend dans le cadre de la deuxième guerre mondiale.

Les personnages sont bien décrits, sans aller très au fond de leur psychologie; et il y a par moments un petit air de Agatha Christie avec la parfaite description du décor et l’induction du lecteur par des indices qui tendent à l’écarter de la vérité. Je dois vous avouer que j’ai deviné deux énigmes, mais cela n’a enlevé en rien le vrai plaisir éprouvé à la lecture du livre jusqu’à la dernière ligne.

PAR UN MATIN…., Poche N° 32050 (Sonatine 2010),  ISBN 978-2-253-15836-3

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