Comment Jésus est devenu Dieu de Frédéric Lenoir

Frédéric Lenoir est né à Madagascar en 1962. Il a plusieurs casquettes: philosophe, sociologue, journaliste, historien des religions, docteur et chercheur de l’École de Hautes Études en Sciences Sociales, Directeur du magazine Le monde des religions. Aussi, il aurait porté pendant trois ans l’habit gris des Frères de Saint-Jean sous le nom de Frère Nathanaël. C’est un être paradoxal qui aime se réveiller chaque matin avec les Variations Goldberg, alors que la plupart des gens les écoutent pour retrouver un sommeil…

J’ai voulu lire son livre afin de me cultiver et aussi parce que quelqu’un de mon entourage me l’a recommandé chaudement. Je dois avouer que je l’ai lu avec une certaine difficulté faite de lenteur de ma part car la masse d’informations divulguée est énorme et j’aurais voulu tout retenir. Impossible de tout retenir pour une personne qui ne pratique pas la théologie.

Car c’est bien d’un essai d’historien sur l’évolution de la pensée théologique qu’il s’agit, essai écrit dans un style clair et accessible, communément appelé de vulgarisation, ce qui n’enlève rien à la qualité de la teneur générale, comportant tout de même beaucoup de vocabulaire érudit , ce qui m’a rendu le livre très intéressant.

La question centrale est simple: QUI EST JÉSUS? 

Le livre tente d’expliquer comment Jésus de Nazareth est devenu Dieu. Le récit de Monsieur Lenoir est étayé par des connaissances historiques et religieuses   qui vont nous permettre de comprendre la naissance du christianisme. L’Église a fixé ses premiers dogmes au fil des 4 premiers conciles œcuméniques;  c’est le thème qui fera l’essentiel du livre, avec les querelles œcuméniques qui en résultaient à chaque fois. Et c’est au mérite de F. Lenoir de nous rendre accessibles, passionnants et compréhensibles ces épisodes de l’histoire de l’Église au cours des 5 premiers siècles de notre ère:  ces conciles ont été généralement convoqués par la volonté politique des empereurs romains afin de réduire les querelles religieuses plutôt  que par une préoccupation essentiellement théologique. Le livre explique, entre autres choses, comment à l’issue de débats passionnés, furent élaborés les dogmes de la sainte trinité et de l’incarnation. Il y a une très belle écriture page 308 lorsque F. Lenoir nous dit:…la théologie trinitaire m’apparaît comme une passionnante tentative d’explication rationnelle du mystère du Christ…comme une vaine tentative de rationaliser l’impensable, de dire l’indicible…

De nos jours le christianisme et la seule religion monothéiste qui affirme que son fondateur est à la fois homme et Dieu.

C’est la « substance » du Fils qui, en cette fin du IVè siècle, puis au Vè siècle, fait l’objet de toutes ces querelles aiguës: comment expliquer la double nature, humaine de Jésus, divine du Verbe? Sont-elles  à égalité dans le Fils, ou bien l’une l’emporte-t-elle sur l’autre? Et comment ces deux natures se concilient-elles avec l’unité de la personne du Christ? Le vieux débat sur la divinité du Fils resurgit: : le Fils est-il vraiment de la même substance que le Père? Est-il son égal? Les déchirures se font aussi autour du statut de l’Esprit: est-il pleinement Dieu? Dans ce cas, comment expliquer, comment comprendre le mystère de la Trinité, des trois personnes qui n’en font qu’une seule? (pg 274).

Querelles, querelles, querelles, luttes de pouvoir parfois sordides autour des conciles, on n’entend que cela à l’aube du christianisme. Je suis tout simplement effarée par la violence et la source de débats sans fin que la naissance de ce monothéisme a déclenché à l’aube de notre ère ( cf le sort réservé à Arius) et cela me fait comprendre pourquoi les conflits au Moyen Orient sont en fait sans solution pacifique (qui a raison?).

J’ai lu un article intéressant à propos de ce livre, écrit par le père jésuite P. Sesboüé paru dans Jésuites , qui n’est pas d’accord avec le contenu de ce livre.

Lecture  intéressante, utile, souhaitable dans ces temps de déliquescence généralisée. Il y a des années,  j’avais lu de lui La promesse de l’ange thriller médiéval autour du mythique Mont Saint Michel, ce qui m’avait intéressé, surtout la partie archéologique, mais je crois me souvenir que j’avais trouvé beaucoup de longueurs dans le roman…

COMMENT JÉSUS EST DEVENU DIEU, Poche N° 32522 (Arthème Fayard 2010),  ISBN 978-2-253-15797-7

Une réflexion sur “Comment Jésus est devenu Dieu de Frédéric Lenoir

  1. Juste un commentaire au sujet de « ces conciles ont été généralement convoqués par la volonté politique des empereurs romains » .
    Celui qui n’a pas lu le livre pourrait penser que les empereurs romains se sont comportés en Pape ; il n’en est rien. Le livre indique que les empereurs romains d’orient on su gérer les différends entre chrétiens un peu comme nos gouvernants actuels gèrent les conflits sociaux quand ces derniers prennent de l’ampleur: le gouvernement convoque alors les partenaires sociaux, les prie de se mettre d’accord et valide in fine leur accord de son pouvoir civil. Les empereurs dont notamment Constantin, n’ont jamais été à l’origine des différends. Au concile de Nicée, Constantin ne s’est pas mêlé a priori de l’expression de l’accord; mais en prenant en main la convocation et en donnant à l’accord le poids de son pouvoir, il a radicalement changé l’attitude du pouvoir romain vis à vis du mouvement chrétien. Et les chrétiens (d’orient) ne considèrent t-il pas Constantin comme un Saint?

    Jackbd

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