Prince d’orchestre de Metin Arditi

Metin Arditi (Ankara, Turquie 1945) vit en Suisse depuis l’âge de 7 ans. C’est un mécène, écrivain, physicien et homme d’affaires vivant à Génève, diplômé en génie atomique de l’EPFL, passionné de lectures choisies (architecture, histoire de l’art, philosophie, physique); il préside depuis 2000 l’Orchestre de la Suisse romande; il a fondé sa Fondation eponyme en 1988. C’est un cousin de l’acteur français Pierre Arditi.

Pour écrire ce livre il a réalisé des recherches durant 18 à 24 mois, sur la kabbale, le poker, la musique,  la statistique ou encore  l’analyse combinatoire. De plus, il a mené de nombreuses discussions avec un psychiatre, lequel joue un rôle de miroir qui sert à savoir si ce qu’il projette est juste ou a du sens. Les thèmes  de cette tragédie sont les blessures d’enfance, la solitude, l’exil et les difficultés de la filiation; c’est un écrivain de l’intime.

J’ai lu quelques livres de lui, en général je les ai aimés tous car ils explorent les profondeurs de l’âme humaine: L’imprévisible, La pension Marguerite, La fille des Longanis, Mon cher Jean( pour Jean de la Fontaine) et Victoria Hall.

C’est un très bon livre dont la première partie m’a touché plus que la deuxième, trop fantasque. L’écriture est très percutante car le livre montre des blessures de  l’enfance profondement enfouies dans la personnalité de l’adulte; personnalité qui peut éclater en mille morceaux lorsque l’on s’attaque à l’ego. Nous assistons à la vie réussie d’un chef d’orchestre que l’on s’arrache, qui a tout pour réussir: il est beau, il est riche, il a du succès avec les femmes, il a du talent, il est reconnu par les siens.

Ce chef d’orchestre va entamer sa descente aux enfers car il va croiser le Mal, le mal incarné par des gens plus riches que lui, des gens qui sont capables de tout y compris de faire sombrer les gens dans le néant si ces gens osent les contredire. Ces gens très riches vont l’initier au poker dans un cercle très restreint et select, se réunissant dans des endroits ultra chics et misant des quantités d’argent de plus en plus excessives. Ainsi ils metttront toute leur puissance à anéantir ce chef d’orchestre qui a osé vexer une femme du groupe. Alors que le Maestro  rêvait de diriger une intégrale de Beethoven, ils vont pousser la vengeance jusqu’à créer une Fondation et nommer un autre chef d’orchestre, le faisant ainsi perdre tous ses moyens dans la direction d’un orchestre symphonique et l’entraîneront dans une spirale infernale qui l’amènera à la folie.

Il y a dans le livre des passages intéressants sur le jeu. Qu’est ce que c’est,  jouer? C’est prétendre anticiper le destin. Le poker oblige à ruser. À cacher. C’est un jeu violent. Vulgaire. Il réveille ce que l’homme a en lui de plus laid.

Ce chef brillant cache sous une carapace parfaite, des blessures d’enfance car sa mère l’a aimé moins que son frère aîné, mort foudroyé une nuit d’orage. Cette nuit là, celui qui deviendra un chef internationalement consacré va éprouver un sentiment de satisfaction devant la mort atroce de son frère car il pourra devenir enfin l’enfant préféré de sa mère. Mais cette carapace si bien construite va éclater en mille morceaux lorsque le Maestro aura son premier échec professionnel. Le tître vient du fait qu’il se considère un prince dans son métier, un prince à qui tout réussit.

J’ai aimé la montée en puissance de cette décheance, mais j’ai moins aimé la fin du roman, un peu bâclée, qui sent un peu trop le fait divers. Il me semble que le Maestro méritait une fin un peu plus pianissimo.

Il me semble qu’il existe un parallelisme entre les livres de Metin Arditi et certains livres  de la canadienne Nancy Huston qui sont batis aussi  sur des blessures de l’enfance ou de l’enfantement.

PRINCE D’ORCHESTRE, Actes Sud 2012,  ISBN 978-2-330-01256-4

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